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Route Mokali : une artère muée en piste à obstacles à Kingasani
Au cœur de la commune de Kimbanseke, la route Mokali est aujourd'hui dans un état de délabrement avancé. Jadis essentielle pour la circulation des biens et des personnes, cette artère labourée par les usagers et les intempéries représente désormais un véritable danger public. Crevasses béantes, étangs d'eau permanents, tapis de boue, poussière suffocante… meublent à présent le quotidien des dizaines de milliers d'usagers qui l'empruntent. Reportage.
Principale voie asphaltée qui mène au quartier Mokali, en provenance du saut de mouton de Pascal, dans la commune de Kimbanseke, cette route a perdu de son bitume au fil de temps, au point de soumettre ceux qui la fréquentent à un parcours du combattant.
Automobilistes, motards et piétons luttent au quotidien pour avancer tant bien que mal sur ce tracé qui relie plusieurs quartiers densément peuplés. Ce qui aurait dû être un simple trajet de quelques minutes se transforme en un supplice interminable, rythmé par les klaxons de véhicules à l'arrêt, les cris des passagers exaspérés et les grognements de conducteurs impuissants.
UNE PISTE A OBSTACLES
Le danger est omniprésent. En saison sèche, un nuage de poussière enveloppe la chaussée, irritant les yeux, les poumons et la gorge des riverains et des passants. Certains tombent malades, souffrant de toux persistante, de conjonctivite et de troubles respiratoires. Mais, c'est pendant la saison des pluies que l'horreur atteint son paroxysme : les flaques d'eau se transforment en marécages, engloutissant motos et véhicules.
"Un jour, un taxi-bus s'est renversé en voulant éviter un énorme trou. Les passagers ont été projetés hors du véhicule et plusieurs ont été blessés. Heureusement, il n'y a pas eu de morts, mais la situation est catastrophique !", témoigne Patrick, un habitant du quartier Mokali.
Les enfants, qui empruntent cette route pour aller à l'école, doivent marcher dans la boue qui les trempent parfois jusqu'aux genoux. D'autres sont contraints de sauter d'un rocher à l'autre, risquant de glisser et de se blesser grièvement.
Les femmes enceintes, les malades et les personnes âgées n'ont d'autre choix que de subir cette souffrance quotidienne, au péril de leur santé et de leur sécurité.
OCCASION DE SURENCHERE
La dégradation de la route Mokali n'a pas seulement des conséquences humaines, elle affecte aussi gravement l'économie locale. Les commerçants peinent à s'approvisionner, les transporteurs augmentent leurs tarifs pour compenser l'usure prématurée de leurs véhicules, et certains chauffeurs de taxis et de motos refusent carrément de circuler sur cet axe.
"Nous sommes pris en otage ! Un simple trajet qui coûtait 500 FC est maintenant facturé à 2000 FC parce que les chauffeurs ne veulent plus risquer leurs véhicules. Ceux qui refusent d'augmenter les prix finissent par abandonner cette route", explique Maman Sylvie, vendeuse de légumes.
Les camions de ravitaillement évitent également cette voie, entraînant une augmentation des prix des denrées alimentaires dans les marchés environnants. L'économie locale s'étouffe, et les habitants, déjà fragilisés par la crise économique, sombrent davantage dans la précarité.
DES PROMESSES NON TENUES
Face à ce drame quotidien, la population n'a de cesse d'interpeller les autorités locales et provinciales. Mais, jusqu'ici, aucune mesure concrète n'a été prise pour réhabiliter cet axe vital. Les promesses s'accumulent, mais la route, elle, continue de se détériorer.
"Cela fait des années qu'on nous promet de réhabiliter cette route, mais rien n'est fait ! Les autorités viennent, prennent des photos, font des discours, puis disparaissent. Nous sommes fatigués de ces mensonges ! " s'indigne Jean-Claude, un leader communautaire.
La colère gronde. Certains habitants menacent de bloquer la route en signe de protestation, tandis que d'autres appellent à des actions plus radicales pour se faire entendre.
UNE BOMBE A RETARDEMENT
Si aucune action urgente n'est entreprise, la route Mokali deviendra totalement impraticable, isolant des milliers de familles et aggravant l'insécurité dans la zone. Déjà, des cas d'agressions sont signalés la nuit. Certains délinquants profitent du chaos pour dépouiller les piétons et les conducteurs piégés dans les embouteillages.
La réhabilitation de la route Mokali n'est pas une option, mais une nécessité absolue. Les habitants ne demandent pas du luxe, mais simplement le droit de circuler en sécurité. L'heure n'est plus aux discours : le gouvernement provincial doit agir avant qu'un drame irréparable ne survienne.
Jérémie ASOKO