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De Bunagana à Uvira, la RDC honore les victimes des zones sous occupation au nom de la paix et de la justice
* La RDC refuse l'oubli des zones sous occupation.
La République démocratique du Congo a commémoré, hier mardi 27 janvier, la Journée de la mémoire dédiée aux zones sous occupation, de Bunagana à Uvira. L'événement, organisé à l'Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, a réuni un parterre d'autorités gouvernementales, de parlementaires, d'acteurs de la société civile, de défenseurs des droits de l'homme, de représentants de la MONUSCO, du corps diplomatique ainsi que de partenaires internationaux.
Cette journée de réflexion et de recueillement a été conçue comme un espace de vérité, de responsabilité et d'engagement collectif face à la tragédie persistante dans l'Est du pays. Trois panels riches et structurés ont permis d'examiner, sans complaisance, les dimensions humaine, économique, sécuritaire et diplomatique de la guerre, tout en mettant en lumière les efforts actuels du gouvernement pour y mettre fin.
Dans son intervention d'ouverture, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a salué le leadership de la Première ministre, Judith Suminwa, soulignant son engagement constant depuis la résurgence de la guerre. Il a rappelé que la tenue de cette journée à l'Académie des Beaux-Arts n'était pas fortuite, mais traduisait un choix politique fort : investir dans la jeunesse, la mémoire et la conscience nationale.
LA MEMOIRE CONSTITUE UN ACTE DE RESPONSABILITE
" Cette journée de mémoire n'est ni un rituel de circonstance ni un exercice symbolique détaché de l'action. Elle procède d'un refus clair de l'oubli et de la banalisation de la guerre ", a-t-il affirmé, insistant sur le fait que la mémoire constitue un acte de responsabilité envers les victimes et l'avenir du pays.
L'activité s'est articulée autour de trois temps forts : une exposition photographique retraçant les souffrances endurées par les populations civiles, des panels thématiques et un moment de recueillement. Loin de toute recherche de sensationnalisme, l'exposition visait à confronter les consciences aux réalités de la guerre : crimes contre les civils, déplacements forcés, vies brisées et communautés détruites. " Voir, c'est reconnaître. Et reconnaître, c'est refuser l'impunité ", a martelé Patrick Muyaya.
Sur le plan humanitaire, les échanges ont mis en évidence l'impact dévastateur du conflit sur les femmes et les enfants, premières victimes des violences, des déplacements et de l'effondrement des mécanismes de protection sociale. Les intervenants ont rappelé que la paix durable ne peut se construire sur le silence ou l'oubli, mais sur la reconnaissance des préjudices subis, l'établissement des responsabilités et la justice pour les victimes.
La dimension économique de la guerre a également occupé une place centrale dans les débats. Plusieurs intervenants ont dénoncé une guerre de prédation, marquée par le pillage systématique des ressources naturelles congolaises, en particulier les minerais stratégiques, intégrés à des circuits illicites organisés et soutenus, selon eux, par le Rwanda.
Cette économie de guerre, ont-ils souligné, alimente la violence, détruit les économies locales et compromet durablement les moyens de subsistance des populations.
LA RDC N'A AUCUN PROBLEME AVEC LE PEUPLE RWANDAIS, MAIS AVEC UN REGIME ACCUSE
Abordant les processus de paix et de sécurité, les panels ont analysé les médiations en cours, les mécanismes régionaux et internationaux, ainsi que le rôle de la MONUSCO. Patrick Muyaya a rappelé la position constante de Kinshasa : la RDC n'a aucun problème avec le peuple rwandais, mais avec un régime accusé de bâtir son économie sur l'instabilité dans l'Est congolais. Il a réaffirmé les " lignes rouges " non négociables : l'intégrité territoriale et la souveraineté nationale sur les ressources.
Plusieurs membres du gouvernement ont pris la parole pour rassurer les populations des zones sous occupation. Le ministre de l'Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a affirmé que l'État n'a jamais abandonné ces territoires, rappelant la continuité des services publics, notamment l'organisation des examens d'État dans des conditions extrêmement difficiles. Il a également annoncé l'élaboration d'un plan de relance et de reconstruction des économies locales affectées par la guerre.
De son côté, l'honorable Erick Tshikuma a exprimé un message d'espoir et de détermination : " La libération a déjà commencé et ira crescendo ", appelant à une mobilisation nationale derrière le Président de la République et le gouvernement. Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a, quant à lui, mis en avant les avancées diplomatiques et les réformes internes visant à assainir les institutions et à couper les réseaux qui soutiennent la violence.
Au terme des échanges, un message fort s'est dégagé : cette Journée de la mémoire n'est pas un acte isolé, mais le point de départ d'un processus appelé à s'inscrire dans la durée. Elle traduit une volonté de convergence entre l'État, la société civile, les victimes et les partenaires, autour d'un objectif commun : restaurer la paix, défendre la souveraineté nationale et rendre justice aux populations meurtries de l'Est de la République démocratique du Congo.
Jérémie ASOKO