Dernière minute
Société
Roland-Gilbert Okito Lumumba, ancien député national et fils du héros de l'indépendance congolaise, Patrice Emery Lumumba, est décédé hier mercredi 28 janvier à Kinshasa à l'âge de 67 ans.
Élu député pendant une dizaine d'années, Roland Lumumba s'est distingué non…
Culture
Forum éco
Enjeux de l’heure
Condamné en RDC mais se disant victime d'une justice instrumentalisée, l'ancien Premier ministre Matata Ponyo s'est exprimé sur TV5 Monde un an après la chute de Goma. De l'insécurité persistante…
Étranger
Il existe une faute qui n’est écrite dans aucun code, mais que les groupes sanctionnent avec une rigueur implacable : celle d’aller trop loin devant. Non pas l’erreur, non pas la trahison, mais l’…
Nation
Les bibliothèques congolaises viennent de s'enrichir avec un nouvel ouvrage intitulé : "Résolution 1325 : évolution après 25 ans, engagement pour la paix et la sécurité des femmes". C'est la…
Matata Ponyo : " La crise congolaise est d'abord une faillite du leadership "
Condamné en RDC mais se disant victime d'une justice instrumentalisée, l'ancien Premier ministre Matata Ponyo s'est exprimé sur TV5 Monde un an après la chute de Goma. De l'insécurité persistante dans l'Est aux limites des accords diplomatiques, en passant par la gouvernance économique et la crise du leadership, l'opposant en exil plaide pour un dialogue inclusif et affirme que la paix comme le développement de la RDC passent avant tout par une réforme profonde de l'État et de ses dirigeants. J. ASOKO
Vous publiez Politique économique dans un pays en développement. Mais l'actualité vous concerne aussi personnellement. En mai 2025, vous avez été condamné pour détournement de fonds publics et, depuis, vous avez quitté la RDC. Pourquoi avoir fui ?
Je dois d'abord préciser que, du point de vue du droit, je n'ai jamais été condamné. La Constitution congolaise exige que tout citoyen soit jugé conformément à la loi. Or, cela n'a pas été le cas en ce qui me concerne. Lorsqu'une procédure est menée en dehors du cadre légal, chacun a le droit de se protéger.
Vous dites-vous protéger. Contre quoi, précisément ?
Contre une justice instrumentalisée. Les lois et la Constitution ont été écartées dans le seul but de condamner quelqu'un qui a refusé de collaborer avec un régime que je considère comme profondément marqué par la corruption et le détournement des fonds publics.
Pourtant, vous avez toujours affirmé être prêt à vous défendre devant les juges.
Et c'est ce que j'ai fait pendant quatre ans. J'ai même refusé de rester à l'étranger lorsque certains me le conseillaient. J'ai toujours fait le choix de la dignité et de l'honneur. Je n'ai jamais cherché à me soustraire à la justice, mais à une parodie de justice.
Comptez-vous saisir d'autres instances judiciaires ?
Je reste convaincu que ce procès sera rouvert et que la vérité finira par s'imposer. Mon honneur et ma dignité ne peuvent pas être durablement salis. Je rappelle que j'ai été jugé exclusivement par des magistrats issus de la même communauté que le président de la République, ce qui pose un sérieux problème d'impartialité.
Vous parlez donc d'un jugement à caractère tribal?
Oui. Dans un pays qui compte plus de 450 tribus, le fait qu'un ancien Premier ministre soit jugé uniquement par des magistrats issus de la tribu du chef de l'État pose question. Pour moi, c'est un jugement à caractère tribalo-ethnique.
Venons-en à la situation sécuritaire. Il y a un an, Goma tombait aux mains des rebelles de l'AFC/M23. Comment résoudre une crise qui existait déjà lorsque vous étiez au pouvoir ?
Une guerre ne peut être gagnée que par une armée disciplinée. Et la base de la discipline, c'est la gouvernance. Lorsque j'étais Premier ministre, j'ai instauré des règles de gouvernance rigoureuses, y compris dans le secteur de la défense. C'est ce qui avait permis de contenir les groupes armés.
Mais l'insécurité était déjà présente à l'époque.
Oui, mais elle avait été maîtrisée. Aujourd'hui, on se focalise sur la rébellion sans en analyser les causes profondes. La racine du problème, c'est la mauvaise gouvernance. Jamais la RDC n'a été aussi mal gérée qu'aujourd'hui.
Vous évoquez un problème de leadership, thème central de votre livre.
Absolument. On ne peut pas comprendre la crise actuelle sans parler de déficit de leadership. Quand j'étais Premier ministre, avec un budget d'environ 16 milliards de dollars, les salaires étaient payés, les routes modernisées, des entreprises publiques créées. Aujourd'hui, avec un budget bien inférieur, tout est à l'arrêt : routes dégradées, entreprises en faillite, monnaie affaiblie.
Que pensez-vous des accords de Washington et de Doha censés ramener la paix?
Les accords externes ne peuvent produire aucun effet durable s'ils ne reposent pas sur la confiance entre les dirigeants et la population. Sans dialogue inclusif entre Congolais, ces accords resteront lettre morte.
Vous êtes aujourd'hui en exil, tout comme plusieurs figures de l'opposition réunies au sein de la plateforme " Sauvons la RDC ". Comment agir depuis l'extérieur ?
Nous travaillons avec la communauté internationale pour démontrer que la crise congolaise n'est pas d'abord une question de rébellion, mais de gouvernance. La gestion actuelle repose sur le clientélisme, le tribalisme et les réseaux familiaux.
Dernière question, en quelques secondes : selon vous, quel régime est le plus à même de favoriser le développement, démocratie ou régime autoritaire ?
Le développement dépend avant tout de la qualité du leadership. L'Afrique ne manque pas de ressources, elle manque de leaders. Trop de dirigeants gouvernent pour eux-mêmes. Or, l'histoire du développement économique montre que le progrès repose sur des dirigeants qui mettent l'intérêt général au-dessus des intérêts personnels.
Merci, Matata Ponyo. Je rappelle que vous êtes opposant et ancien Premier ministre congolais, auteur de Politique économique dans un pays en développement.