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Suspension du DG William Kazumba: lorsqu'on veut noyer son chien, on l'accuse de rage !
Le Directeur général de l'Office de gestion du fret maritime (Ogefrem), William Kazumba Mayombo, est suspendu à titre conservatoire, le 23 janvier courant, par le vice-Premier ministre, ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba. Il est accusé d'avoir détourné un montant de 1,6 million de dollars américains. Le secteur des entreprises et établissements publics apprend la nouvelle comme une bombe.
Alors que William Kazumba s'apprête à répondre le 22 janvier 2026 à la première lettre du VPM Jean Pierre Bemba Gombo, une demande d'explications tombe pour le dossier du Fonds secret de recherche pour qu'il se justifie dans les 24 heures. A peine qu'il venait de répondre le même jour, comme on le voit à travers la capture qui a circulé sur les réseaux sociaux, un Arrêté ministériel de suspension lui sera transmis le 24 janvier autour de 16 h 00'.
Et le même jour, alors qu'il n'est pas ouvrable, une cérémonie de remise et reprise sera convoquée, moins de 24 heures après la suspension, sans même que les directions n'aient eu le temps d'apprêter leurs éléments, dans la précipitation, pilotée par le Secrétaire général aux Transports qui n'a pas été repris sur l'Arrêté pour son exécution, certainement du fait de la précipitation. La célérité avec laquelle le processus de sa suspension est enclenché ne peut que faire réfléchir sur le mobile de cette précipitation dans ce dossier.
Et profitant du fait que le DG Kazumba n'était pas officiellement notifié de cette cérémonie de remise et reprise, un procès-verbal de carence a été dressé et les portes d'accès de l'antichambre ont été scellés.
Un arrêt donne à cette période d'accalmie
Pourquoi ne pas accorder au présumé coupable 48 heures, comme de coutume, pour répondre à la demande d'explications mais plutôt 24 heures ? Pourquoi ne pas attendre les 48 heures traditionnelles pour la remise et reprise pour l'organiser quelques heures après la notification, en plus un samedi? A qui peut profiter cette façon d'agir ? En tout cas pas à l'Ogefrem qui, après une période trouble sous Patient Sayiba, vient de connaître une longue période de calme, de tranquillité, fruit du leadership de William Kazumba. Mais sa suspension constitue un arrêt de cette période d'accalmie.
Le pays a connu un ancien cas qui mérite quand même d'être évoqué. En 1994, le ministre des Transports et Voies de communication de l'époque, sous le Gouvernement Faustin Birindwa, avait suspendu 3 des 5 mandataires de l'Onatra, en l'occurrence Katende wa Ndaya Muledi, Ilondo Bangonda Loola et Otshinga Ongenda Kekumbe, respectivement Président du Holding Onatra, Directeur général et Directeur général adjoint de l'OTP (Office des Transports et des Ports, l'une des filiales du Holding Onatra).
Mais vu la façon si cavalière dont cette mesure avait été prise, le Conseil des ministres, saisi de la question, l'avait purement et simplement annulée, ayant refusé d'être couvert d'opprobre. En agissant ainsi, ce Conseil en était sorti grand aux yeux de l'opinion. C'est l'une des manifestations même d'un Etat de droit. Ce cas peut interpeller et motiver la Première ministre Suminwa et son Gouvernement pour étudier cette affaire dans la forme et le fond, et ne pas hésiter à corriger ce qui mérite d'être corrigé. Donc, réhabiliter William Kazumba en poste depuis septembre 2022.
NOUVELLE PLATEFORME FERI-AD-FERE
Par un Arrêté ministériel dont la copie s'est retrouvée sur les réseaux sociaux, le DG Kazumba a été suspendu. Les événements se sont déroulés très vite. En effet, quelques jours plus tôt, la même autorité s'est adressée au même Directeur général par une lettre de demande d'explications, pour avoir lancé une nouvelle plateforme logicielle pour la gestion des instruments de traçabilité de l'Ogefrem que sont la FERI-AD-FERE.
L'histoire remonte en 2003. Sous le mandat de Mme Mayuma Kasende, lorsque l'Ogefrem, en sa qualité de Conseil des chargeurs de la République démocratique du Congo et de membre de l'Union des Conseils des chargeurs africains (UCCA), s'était résolu de répondre aux exigences de cette institution continentale relatives à l'instauration dans le processus d'acheminement du fret en partance ou à destination des Etats membres, d'un Bordereau électronique de suivi des cargaisons (BESC). D'où la création par l'Ogefrem de la Fiche électronique des renseignements à l'importation (FERI), la Fiche électronique des renseignements à l'exportation (FERE) ainsi que l'Attestation de destination (AD). Ces instruments représentent aujourd'hui 1/3 des recettes de l'Ogefrem.
L'Ogefrem est propriétaire exclusif de la plateforme par laquelle ces outils sont émis. Elle a connu plusieurs améliorations depuis sa création jusqu'à ce jour. Sur le même ordre d'idées, l'Ogefrem entamera en 2024 des travaux de modernisation de sa plateforme notamment pour instituer la traçabilité du fret, ainsi que le paiement en ligne directement dans les comptes de l'Ogefrem.
AU COMMENCEMENT, C'EST L'AFFAIRE PADS
Au commencement, c'est l'affaire PADS qui est la rage dont on accuse le ''chien'' et pour lequel on tient à le noyer!
Et lors du déroulement de ces travaux, le ministère de tutelle recommandera à l'Ogefrem une société dénommée PADS Corporation, la même qui était impliquée dans le dossier Lignes maritimes congolaises (LMC), afin que l'Ogefrem abandonne sa propre plateforme, pour commencer à exploiter celle de PADS moyennant une rétribution de 10 %. Et, pourtant, partie de 80 % en 2003 avec la société BIMV, la rétribution versée par l'Ogefrem à ses mandataires établis dans plusieurs ports étrangers à atteint 40 %, pour être finalement de 15 % sous William Kazumba. Elle devait même être de 10 % si ce n'était pas une décision du Conseil d'administration qui l'a finalement maintenue à cette hauteur de 15 %.
Avec les améliorations dans sa plateforme et sa configuration actuelle, l'Ogefrem n'aura plus besoin des mandataires et va donc garder pour lui tout ce qu'il versait auxdits mandataires ainsi que les frais d'émission qu'ils encaissaient de 40 euros par FERI. C'est donc un gain important tant pour la République que pour l'Ogefrem qui, par cette action, récupère progressivement sa souveraineté numérique.
Il importe de signaler quelques traits sur la société que le Ministre tient à imposer comme intervenant exclusif dans la gestion de ses instruments de traçabilité : on note qu'elle n'a jamais géré un instrument de traçabilité, ni au Congo, ni ailleurs ; elle a conclu un contrat avec le Gouvernement pour la digitalisation des redevances du secteur des transports, notamment le Fonds maritime régional, la Redevance logistique terrestre, et les Droits de trafic maritime. Cependant, les frais administratifs perçus par l'Ogefrem ne constituent pas une redevance aux termes de la loi, mais une recette d'un établissement public disposant d'une autonomie de gestion. En outre, cette société n'a pas pu prouver en plusieurs mois de travaux, que sa plateforme est plus performante que celle de l'Ogefrem et n'a démontré aucune valeur ajoutée sur l'existant. Pas seulement. Elle a même recruté un ancien partenaire de l'Ogefrem qui a plagié le système de l'Ogefrem pour développer celui de PADS, malheureusement avec moins de fonctionnalités.
POURQUOI RAMENER OGEFREM EN ARRIERE ?
Face à la mauvaise qualité de services de cette société que l'on impose, l'on se demande pourquoi condamner William Kazumba, lui qui s'est investi à rendre l'Ogefrem souverain de ses produits et à l'amener à récupérer tout ce qu'il perdait au profit des Mandataires. Quand on veut noyer son chien, on l'accuse de rage dont il ne souffre pas !
Des esprits bien en place ont raison de se poser ces quelques questions face à la situation qui prévaut à l'Ogefrem.es : si on souhaite le bonheur des Congolais, est-il normal pour le ministère de tutelle de ramener l'Ogefrem en arrière en lui imposant une entreprise privée comme mandataire unique alors que cet établissement public est sur la voie de se débarrasser de tous ses mandataires ? Comment peut-on vouloir imposer à l'Ogefrem un logiciel d'un privé pour gérer des données d'un secteur aussi sensible que celui du fret, en plus en temps de guerre, alors que ce logiciel est moins performant que celui que possède l'Ogefrem? Est-il concevable de chercher à impliquer l'Ogefrem dans un contrat signé par le Gouvernement et PADS, et qui ne concerne pas cet Office? Est-il compréhensible de condamner un Directeur général du fait qu'il ait accordé 3 mois aux mandataires de son Office, dont les contrats courent encore avant de rompre ? Est-il normal de considérer la FERI comme une redevance alors qu'elle est un produit exclusif d'un établissement public avec autonomie de gestion ?
Tout compte fait, c'est donc ce dossier de PADS qui a tout déclenché, au point où sa non-exécution occupe une majeure partie des griefs imputés à William Kazumba dans l'Arrêté ministériel le suspendant.
Quant au dossier des décaissements au profit des services de sécurité en temps de guerre, on n'aurait même pas dû en parler connaissant le caractère sensible de ce secteur. Des investigations dans le compte de destination auraient suffi pour se faire une idée du caractère régulier des opérations. Cependant, on préfère imputer à William Kazumba 1.600.000 de dollars américains sans vérification préalable, au point de salir dans l'opinion l'image d'un gestionnaire réputé sérieux, rigoureux et soucieux de l'avenir de l'Ogefrem, comme en témoigne son plan d'investissement au premier rang duquel se retrouve le vaste et ambitieux projet du Port sec de Kasumbalesa.
Que les Hautes autorités du pays, notamment le Chef de l'Etat, s'implique dans ce dossier en tranchant pour qu'une fois pour toutes, le calme, la tranquillité et la sérénité règnent à nouveau au sein de l'Ogefrem.
Kléber KUNGU