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Madilu System : 18 ans après, la rumba n’a pas oublié son «Grand Ninja»
Le 11 août 2007, la rumba congolaise perdait l’une de ses plus grandes figures. Ce jour-là, aux Cliniques universitaires de Kinshasa, Jean de Dieu Bialu Makiese, célèbrent connu sur scène sous le sobriquet de plus connu sous le nom de Madilu System ou «le Grand Ninja s’éteignait à 57 ans, des suites d’une longue maladie. L’illustre disparu venait tout juste de mettre sur le marché son dernier album, "Bonne humeur", contenant plusieurs chansons à succès. Notamment, mélancolique et Kupanda. Depuis, chaque 11 août de chaque année, les mélomanes congolais et d’ailleurs se souviennent de cet artiste au timbre vocal spécial.
C’est comme si Madilu était vivant, souriant, micro à la main, prêt à embarquer son public dans un voyage au cœur de la rumba congolaise à travers des opus comme "Eau bénite", Assistante sociale", "Biya", "Bonheur" ou encore "Mario". Pourtant, dix-huit années se sont écoulées depuis que le chanteur a rejoint son mentor l'immortel Franco Luambo Makiadi dans le panthéon des immortels.
NATIF DE KISANTU
Né en 1950 à Kisantu, dans le Kongo Central, Madilu grandit au rythme des guitares et des voix chaudes qui nourrissent l’âme congolaise. Dans les années 1970, il affûte ses armes au sein de l’orchestre Bamboula de Noël Nedule, avant de passer par Yosha et Pinduleur. Ambitieux et créatif, il fonde Pamba Pamba en 1975. Mais, son destin prend une autre direction lorsqu’il rejoint "Afrisa International" de Tabu Ley Rochereau, puis le mythique TP OK Jazz de Franco Luambo Makiadi.
Chez Franco, Madilu devient plus qu’un simple chanteur : il est une voix complice. Celle qui dialogue avec la guitare du maître dans des morceaux inoubliables comme «Non», «Mario» ou «Mamou». Sa voix, à la fois caressante et puissante, raconte l’amour, la trahison, la vie — toujours avec cette pointe de mélancolie qui le distingue des autres.
Après la mort de Franco en 1989, Madilu prend son envol en solo avec Ok System. En 1994, il signe un triomphe avec Sans commentaire et son titre phare «Ya Jean», considéré comme l'hymne des ambianceurs. Quelques mois avant sa disparition, il offre à ses fans Bonne humeur, un album à la fois dansant et introspectif, où brillent Mélancolique et Kupanda. Ironie du destin : ce dernier sourire musical précède de peu son départ.
En ce lundi 11 août, comme chaque année, la RDC se souvient. Dans les bars de Bandal, les enceintes crachent Pouvoir ou Bonheur; à Matonge, les anciens racontent encore «le Grand Ninja» aux plus jeunes, comme une légende vivante. Madilu n’est plus là pour improviser ses refrains. Mais sa voix continue de traverser les générations, portée par cette rumba qui refuse de mourir.
Lui-même l’avait prouvé toute sa vie : les grandes voix ne s’éteignent jamais. Elles se glissent dans les souvenirs, les fêtes, les chagrins… et elles chantent encore.
Christian-Timothée MAMPUYA