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Le M23 réduit au silence Delcat Idengo, la voix des opprimés
*Bunduki za Kwetu», dernière chanson, dernier combat du chanteur.
Il n’avait pour seules armes que son micro et ses paroles tranchantes. Il n’avait peur de rien ni de personne. Lui, c’est Delphin Katembo Vinywasi, plus connu sous le sobriquet de "Delcat Idengo". Chanteur engagé, il a été froidement abattu hier jeudi 13 février à Kilijiwe, l’un des quartiers de Goma (Nord-Kivu), alors qu’il tournait le clip de sa dernière chanson «Bunduki za Kwetu» (NDLR : Les armes de chez nous en swahili).
Idengo a été exécuté d’une balle dans la tête par les terroristes du M23. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent son corps ensanglanté, étendu sur les pierres volcaniques.
À peine quelques jours plus tôt, il avait dévoilé «Bunduki», une chanson où il s’attaquait sans détour à l’occupation de M23, aux islamistes ADF, aux miliciens Codeco et même au gouvernement. C’est cet opus qui serait à la base de sa mort, selon certaines opinions.
UNE VOIX CONTESTATAIRE
Delcat Idengo était une voix contestataire qui dérangeait autant le pouvoir en place que les groupes armés. Critique à l'égard du président Félix Tshisekedi, des députés, de l’armée rwandaise (RDF) et du mouvement criminel du M23, il avait déjà payé le prix fort pour ses prises de position.
En 2021, il avait été arrêté et condamné à 10 ans de prison pour «outrage au chef de l’État», «démoralisation de l’armée» et «incitation à la révolte».
Enfermé à la prison centrale de Goma-Munzenze, il n’avait retrouvé la liberté qu’en décembre 2023, après une mobilisation populaire exigeant sa libération lors d’un meeting de Félix Tshisekedi en pleine campagne électorale à Beni.
ARRÊTÉ EN 2024
Mais sa liberté fut de courte durée. En 2024, après avoir participé à des manifestations contre la Monusco dans sa ville natale de Beni, il avait de nouveau été arrêté et incarcéré à la prison de Kangbayi, avant d’être transféré à Munzenze.
Fin janvier, à la veille de l’entrée des éléments du M23 dans Goma, il s’était évadé avec des milliers d’autres prisonniers. Mais au lieu de quitter la ville volcanique, il avait choisi de rester pour continuer la lutte à travers sa musique.
Depuis lors, l’artiste n’avait cessé de dénoncer l’occupation du M23 et l’inaction des autorités congolaises face à l’insécurité persistante dans l’Est du pays.
MANIFESTATIONS DE COLÈRE À BÉNI
À Beni, ville de naissance du chanteur, les activités socio-économiques ont été partiellement paralysées. La colère populaire s’est emparée des rues après l’annonce de l’assassinat Delcat Idengo. D'où, des manifestations spontanées ont éclaté dans plusieurs quartiers de la ville.
Des jeunes, bandeaux rouges sur la tête et sticks de bois en main, ont investi les rues et ruelles, exigeant la fermeture des commerces. Accompagnés par des motocyclistes, roulant à vive allure et klaxonnant bruyamment, ils ont transformé le centre-ville en un foyer de contestation.
SA MORT UN CHOC POUR GOMA, BUTEMBO…
Sa mort est un choc pour les habitants de Goma, Beni, Butembo et au-delà. Beaucoup le considéraient comme un héros, un porte-voix des sans-voix, un artiste qui avait osé défier à la fois le gouvernement, les groupes armés et les puissances étrangères, impliquées dans le conflit congolais.
Devenue figure emblématique de la musique révolutionnaire, Delcat Idengo était bien plus qu’un simple chanteur. Il était la voix d’une génération en quête de justice et de liberté face à la violence qui décime la région du Kivu. À travers sa musique, il portait les aspirations et les espoirs d’un peuple meurtri.
L’assassinat de Delcat Idengo s’ajoute à la longue liste des victimes de l’agression rwandaise en RDC depuis l’invasion de Goma. Son combat ne s’arrête pas avec sa mort, l’artiste vivra à travers ses œuvres et continuera à inspirer ceux qui refusent de se taire face à l’injustice.
LES HOMMAGES SE MULTIPLIENT
Dans tout le pays, les hommages se multiplient sur les médias et réseaux sociaux. L’assassinat de Delcat Idengo a suscité une vive émotion à travers tout le pays, des institutions officielles aux figures de l’opposition, en passant par les artistes et militants.
Pour beaucoup, il restera un visage emblématique de la résistance congolaise. Son engagement et son courage forcent le respect et rappellent que l’art peut être une arme puissante contre l’oppression.
LE GOUVERNEMENT RÉAGIT AVEC FERMETÉ
Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, a réagi avec fermeté « »Ni l’horreur, ni la terreur, encore moins le recours intempestif aux armes contre les civils innocents ne pourront éteindre la flamme de la résistance à Goma et dans tout le pays »
L’opposant politique Martin Fayulu a exprimé son indignation dans un message poignant publié sur X (anciennement Twitter) : «Qui a assassiné l’artiste musicien Idengo Delcat à Goma, et pour quelles raisons ? La nation perd un patriote engagé pour la cohésion nationale. Je pleure la disparition d’Idengo. Mes condoléances à sa famille et à tous les patriotes. Il est plus que temps que cette guerre prenne fin. L’humanité avant tout ! »
Le Ministère de la Culture, condamne ce meurtre
« C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris l’assassinat de l’artiste Delcat Idengo, évoluant à Goma. Voix engagée, il portait, à travers sa musique, les aspirations et les espoirs de toute une génération. Son parcours témoigne de la puissance de l’art comme expression de liberté et de résistance. Sa disparition brutale, causée par les assaillants du M23, est une perte douloureuse pour le monde culturel et pour la nation tout entière». Le ministère a adressé ses pensées à la famille de l’artiste, à ses proches ainsi qu’à tous ceux qu’il a inspirés par son combat et son art.
Le musicien et activiste Alesh a exprimé son choc et sa colère sur les réseaux sociaux : «Tuer un artiste d’une balle dans la tête !?? Juste pour une chanson !!!??? La mort de Delcat Idengo m’a grandement attristé. Aborder le genre de thématiques que des chanteurs comme nous abordons est un risque, et le risque est réel. Aux plus jeunes qui veulent suivre cette voie : savoir quand reculer, et quand avancer. Prendre des risques, mais raisonnablement. Paisible transition, cher artiste ! »
Christian-Timothée MAMPUYA