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Martin Fayulu : " L'accord de Washington était un piège "
À peine signé à Washington sous l'égide du président américain Donald Trump, l'accord de paix entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame vacille déjà sous le fracas des armes. La reprise des combats au Sud-Kivu, marquée par la chute d'Uvira aux mains de l'AFC/M23, relance les accusations croisées entre Kinshasa et Kigali. Dans une interview sans concession accordée à France 24, l'opposant congolais Martin Fayulu dénonce un " accord-piège ", accuse le Rwanda de visées hégémoniques sur les ressources congolaises et appelle à l'application stricte de la résolution 2773 de l'Onu ainsi qu'à un dialogue national inclusif pour préserver l'intégrité territoriale de la République démocratique du Congo. Interview. Jérémie ASOKO
À peine l'encre de l'accord historique signé à Washington, sous l'égide du président américain Donald Trump, par Paul Kagame et Félix Tshisekedi, était-elle sèche que les combats ont repris de plus belle, notamment au Sud-Kivu. Les rebelles de l'AFC/M23, soutenus par le Rwanda, ont repris la ville stratégique d'Uvira. Kigali et Kinshasa s'accusent mutuellement de violations de l'accord. Selon vous, cette reprise des hostilités était-elle un accident ?
Non, ce n'est pas un accident. C'était parfaitement prévisible. Cet accord était un piège tendu par Paul Kagame à Félix Tshisekedi. Le président rwandais, sous la pression des sanctions européennes et américaines ainsi que de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, a cherché à se dégager de cet étau diplomatique. Il a poussé à un accord auquel il ne croyait pas et qu'il n'avait jamais réellement l'intention de respecter. Aujourd'hui, il est clair qu'il se prépare à la guerre. Cette guerre est avant tout économique, une guerre d'intérêts.
Vous évoquez le rôle de Paul Kagame, mais un autre acteur majeur est intervenu: Donald Trump. L'administration américaine a exercé une forte pression sur Kigali et Kinshasa. Donald Trump a-t-il été naïf ou complice ?
Je ne dirais pas qu'il a été complice. Donald Trump voulait surtout conclure un accord de partenariat stratégique RDC-États-Unis, et il l'a obtenu. Il avait certainement la volonté de faire avancer les choses. Mais il n'est pas dans la tête de Paul Kagame. Cette crise que l'on qualifie de sous-régionale est en réalité une crise internationale.
Elle implique plusieurs pays : la RDC, le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi, et même la Tanzanie. Le président Trump a probablement agi de bonne foi pour tenter d'arrêter la spirale de la violence, mais Paul Kagame, dans sa logique hégémonique, ne raisonne pas comme les autres.
Qui est, selon vous, responsable de l'échec de cet accord ? Le Rwanda seul ou aussi le président Félix Tshisekedi ?
Le Rwanda est coupable. Félix Tshisekedi est coupable. Ils sont nombreux à être coupables. Tous portent une responsabilité, notamment depuis le sabotage de la volonté populaire exprimée en 2018-2019, avec la complicité de Joseph Kabila, de Paul Kagame et de Félix Tshisekedi.
Aujourd'hui, si l'on veut réellement la paix, chacun doit respecter ses engagements. Cet accord était déjà déséquilibré, largement à l'avantage du Rwanda. Et pourtant, même cet accord favorable, Paul Kagame n'a pas voulu le respecter.
J'accuse Paul Kagame pour sa volonté de s'emparer des localités et des ressources congolaises. J'accuse aussi Félix Tshisekedi pour son incapacité, ou son refus, de construire une véritable cohésion nationale. Nous lui avons dit clairement : ce dont le pays a besoin, ce sont des dialogues nationaux inclusifs afin que tous les Congolais parlent d'une seule voix et affrontent ensemble cette crise.
Craignez-vous aujourd'hui une partition de la RDC ?
Depuis longtemps, je dis et j'écris que l'objectif final est la balkanisation du Congo. Paul Kagame ne viendra peut-être pas partout, mais il a besoin de relais. D'autres acteurs s'occuperont d'autres régions. Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est l'intégrité territoriale de notre pays.
C'est pourquoi j'en appelle à la communauté internationale, et en particulier au président Trump. Il peut arrêter cette guerre, en rétablissant les sanctions contre Paul Kagame et le Rwanda, et en exigeant l'application stricte de la résolution 2773. Cette résolution est claire : le Rwanda doit cesser tout soutien au M23 et à l'AFC ; ces groupes armés doivent se retirer de toutes les positions occupées, de Goma à Bukavu et ailleurs.
Que pensez-vous du processus de Doha, qui implique des discussions entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23 ?
Nous avons toujours dit que c'était une erreur. Mais une fois le vin tiré, il faut le boire. Ce processus devait permettre deux choses : faire taire les armes et appliquer la résolution 2773. Aujourd'hui, je ne vois plus son utilité.
Le processus le plus important est celui de Kinshasa, un dialogue entre Congolais. On agit comme si le peuple congolais n'existait pas. Pourtant, il y a plus de dix millions de morts, des millions de déplacés et de réfugiés. Les Congolais qui n'ont pas pris les armes doivent participer à la recherche de solutions.
Dans cet esprit de dialogue, Joseph Kabila peut-il faire partie de la solution, alors qu'il a été condamné à mort pour trahison et crimes de guerre ?
Nous parlons d'un dialogue national inclusif. Joseph Kabila a dirigé ce pays pendant 18 ans. Il a une responsabilité. Pourquoi le pays n'a-t-il pas une armée capable de se défendre ? Il doit venir l'expliquer. Tous doivent être là : Kabila, Nangaa, tous les Congolais. Nangaa est Congolais ; il doit dire pourquoi il a pris les armes. Il faut qu'il arrête.
Il s'agit de trouver une solution durable. C'est le sens de mon appel aux camps de la patrie, inspirés de l'article 63 de la Constitution, qui rappelle le devoir sacré de tout Congolais de défendre l'intégrité nationale. On ne peut exclure personne.
En conclusion, craignez-vous l'effondrement de la RDC ?
Il y a des raisons objectives de craindre la balkanisation et la dislocation du pays. Oui, c'est une crainte naturelle. Mais dans l'esprit des Congolais, le Congo restera uni et indivisible. Il existe un profond sentiment de vivre-ensemble, de Goma à Kinshasa, de Kasumbalesa à Beni. Les Congolais veulent rester unis, dans les frontières héritées de l'histoire et de l'indépendance.
Martin Fayulu, merci d'avoir répondu aux questions de France 24 depuis Kinshasa.