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Assemblée nationale : Gary Sakata sauve le fauteuil du VPM Jacquemain Shabani
Le vice-Premier ministre en charge de l'Intérieur, Jacquemain Shabani, a échappé de justesse à une tempête parlementaire qui aurait pu sceller son sort politique. Alors que son nom semblait promis à un vote décisif, la motion de défiance initiée contre lui a finalement été déclarée irrecevable, mercredi 29 avril 2026, à l'Assemblée nationale.
Et contre toute attente, celui qui a joué un rôle clé dans ce retournement de situation n'est autre que le député Garry Sakata. Par une motion incidentielle soulevée en pleine plénière, il a réussi à stopper net l'examen de la démarche engagée par son collègue Laddy Yangotikala Senga.
Tout commence dans une atmosphère lourde, lorsque la motion de défiance est officiellement présentée devant les députés. L'objectif affiché est clair : engager la responsabilité politique du VPM de l'Intérieur sur la situation sécuritaire du pays. Mais très vite, le débat quitte le terrain politique pour glisser vers un enjeu technique : la validité de la procédure elle-même.
C'est là que Garry Sakata intervient. Son attaque est méthodique, presque chirurgicale. Il ne s'attaque pas au fond du texte, mais à sa base juridique : les signatures.
Selon lui, plusieurs irrégularités entachent la motion. Sur les 55 signatures annoncées, six poseraient problème. Certains noms ne correspondraient pas à des députés en fonction, d'autres auraient été formellement contestés par leurs supposés auteurs. Plus encore, des erreurs matérielles dans les listes alimentent le doute.
Dans l'hémicycle, les exemples cités frappent par leur simplicité mais leur efficacité politique : des noms mal orthographiés comme "Imani" au lieu de "Amani" ou "Pua" au lieu de "Puwa". Pour Sakata, ces détails ne sont pas anodins, ils traduisent une fragilité structurelle du texte.
LA RÈGLE DES 50 SIGNATURES
Au-delà des erreurs, c'est une règle fondamentale du Parlement qui devient l'arme principale : l'article 235 du règlement intérieur de l'Assemblée nationale. Celui-ci impose un minimum de 50 signatures valides pour qu'une motion de défiance soit recevable.
Le calcul est simple, mais implacable. En retirant les signatures contestées, le total tombe à 49. Une unité en moins suffit à faire s'écrouler toute la procédure.
"J'invite les honorables députés à déclarer cette motion irrecevable", plaide Sakata, ouvrant ainsi la voie à une issue purement procédurale.
C'est ici que le rapport de force change. Le débat sur la responsabilité politique du ministre disparaît. Il est remplacé par une question de conformité administrative.
UNE MOTION ÉTEINTE AVANT LE DÉBAT DE FOND
La suite est rapide. La motion incidentielle est soumise au vote. La majorité des députés la valident. Et avec elle, c'est toute la procédure de défiance qui s'effondre avant même d'avoir été débattue sur le fond.
Le président de l'Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, entérine la décision avec une formule sans ambiguïté :
"L'approbation de cette motion incidentielle met fin à l'examen de la motion de défiance. Ce n'est donc pas le lieu d'engager ni débat ni vote de celle-ci".
LA MAJORITÉ SOULAGÉE
Ainsi, le sort de la motion est scellé non pas par un vote politique, mais par une irrecevabilité technique. Une victoire de la procédure sur l'affrontement idéologique.
Du côté de l'Union Sacrée de la Nation, la réaction est immédiatement positive. André Mbata Mangu salue une décision qu'il présente comme un signe de discipline institutionnelle et de maturité démocratique.
Il insiste sur l'absence de vainqueurs et de vaincus, cherchant à désamorcer toute lecture de crise interne.
Mais derrière ce discours d'apaisement, l'épisode révèle une réalité plus complexe : la majorité présidentielle n'est pas homogène.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les signataires de la motion provenaient de plusieurs groupes parlementaires de l'Union Sacrée, illustrant des lignes de fracture internes. AFDC-A, Dynamique Agissons, proches de figures comme Bahati Lukwebo ou Sama Lukonde, ainsi que des courants liés à Kamerhe ou Katumbi, figurent parmi les soutiens de la démarche.
Géographiquement aussi, la contestation est révélatrice : une forte concentration de signataires vient des provinces de l'Est, notamment de l'Ituri et de la Tshopo, zones régulièrement confrontées à des défis sécuritaires.
YANGOTIKALA : VICTOIRE SYMBOLIQUE
Pour l'initiateur de la motion, Laddy Yangotikala Senga, la lecture de l'événement est tout autre. Il refuse catégoriquement de parler d'échec.
Dans son analyse, la motion n'était pas une attaque personnelle contre le ministre, mais un signal politique adressé à l'exécutif sur la question sécuritaire.
"Le plus important, c'est de sécuriser la population. Le reste importe peu", affirme-t-il.
Et d'ajouter :
"Je n'ai pas échoué. Je crois qu'à partir de maintenant ils vont commencer à sécuriser la population".
Christian-Timothée MAMPUYA