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Mifor : la RDC enclenche la bataille du fer pour accélérer son industrialisation
Dans la salle bleue de l'Immeuble Intelligent, à Kinshasa, le ton était résolument stratégique hier lundi. Sous la conduite du ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, les délégués de la future Commission interministérielle du projet Mifor (Mines de fer de la Grande Orientale) ont posé les jalons d'un chantier aux ambitions colossales : faire du fer un nouveau pilier de la transformation économique de la République démocratique du Congo.
Au cœur des échanges: le pays détient le fer encore largement sous-exploité. Avec des réserves estimées entre 15 et 20 milliards de tonnes, la RDC se hisse parmi les géants mondiaux du minerai de fer. Un potentiel que le Gouvernement entend désormais industrialiser, au-delà de la simple extraction.
Extraire et transformer
Le projet Mifor se présente ainsi comme une architecture intégrée. Il ne s'agit pas seulement d'extraire, mais de transformer. À terme, la production devrait atteindre 50 millions de tonnes par an, avec une montée en puissance envisagée jusqu'à 300 millions. Une grande ambition adossée à un vaste programme d'infrastructures : une dorsale ferroviaire reliant Bunia à Banana, des investissements énergétiques structurants, et surtout, l'émergence d'une industrie sidérurgique nationale.
Dans cette vision, la production d'"acier vert" à partir du gaz du lac Kivu incarne la volonté d'inscrire la RDC dans les standards de l'industrie décarbonée. Une orientation qui traduit un basculement stratégique : passer d'une économie d'exportation brute à une chaîne de valeur intégrée, créatrice d'emplois et de richesse locale.
Reste le défi de la concrétisation
Le ministre des Mines a également clarifié le modèle économique. Il s'agit d'un recours assumé aux partenariats public-privé pour le développement industriel, combiné à un contrôle étatique sur les infrastructures stratégiques. Une équation délicate, entre attractivité des investissements et préservation de la souveraineté nationale.
Au-delà des chiffres et des projections, cette réunion marque surtout une montée en régime de la coordination interinstitutionnelle. Le projet Mifor s'inscrit dans la vision portée par le président Félix Tshisekedi, sous la houlette de la Première ministre Judith Suminwa visant à faire du secteur minier non plus une rente, mais un moteur de croissance durable et inclusive.
Reste désormais le défi de la concrétisation. Car entre ambition industrielle et réalité du terrain, la RDC joue ici bien plus qu'un projet minier : elle engage une partie de son pari de transformation économique.
Jérémie ASOKO