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Le Gouverneur honoraire de Kinshasa, Kimbembe Mazunga, réagit à notre article sur l'assainissement de la capitale
L'article publié ce matin par Forum des As sur la problématique de l'assainissement de Kinshasa appelle, à mon sens, quelques observations importantes.
La première est d'ordre méthodologique. Lorsqu'on entreprend de retracer l'action des gouverneurs qui se sont succédé à la tête de la ville de Kinshasa, notamment sur une question aussi complexe que l'assainissement et la lutte contre l'insalubrité, la bonne démarche aurait été d'approcher chaque ancien gouverneur encore en vie afin de recueillir son témoignage, son expérience, les moyens dont il disposait, les contraintes rencontrées ainsi que le bilan réel de son action. Cela aurait permis une lecture plus équilibrée, plus historique et surtout plus juste.
Ensuite, le titre même : "Kinshasa refuse de redevenir Léopoldville " pose problème. Pourquoi vouloir que Kinshasa redevienne Léopoldville ? De la même manière qu'on ne peut demander à la RDC indépendante de redevenir le Congo colonial, on ne peut faire du retour à Léopoldville une référence politique ou administrative.
Kinshasa est une ville confrontée à des réalités démographiques, sociales, économiques et environnementales totalement différentes de celles des années 1950 ou 1960.
Pour ma part, lorsque je suis arrivé à la tête de la ville de Kinshasa le 15 novembre 2005, la ville portait malheureusement l'image de "ville la plus sale du monde".
Quelques jours auparavant, une émission de télévision française de grande audience avait même posé, dans "Questions pour un champion", la question suivante : " Quelle est la ville la plus sale du monde ? " La réponse donnée était : Kinshasa.
Lorsque j'ai pris mes fonctions, j'ai déclaré publiquement devant la presse que je ne pouvais pas accepter d'être le gouverneur de la ville la plus sale du monde.
Et les résultats ont commencé à apparaître rapidement. En février 2006, lors de la visite du Roi du Maroc à Kinshasa, celui-ci, après son installation à l'hôtel, avait demandé un véhicule pour effectuer lui-même un tour de la ville. Tard dans la nuit, le Chef de l'État de l'époque m'avait personnellement appelé pour me transmettre la satisfaction du Roi, qui avait trouvé une ville propre.
J'avais refusé cette logique. J'avais répondu que l'assainissement de la ville n'était pas une opération de circonstance destinéée aux visiteurs officiels, mais une obligation normale du gouverneur dans l'exercice quotidien de ses responsabilités.
Je me souviens également qu'à l'occasion de l'arrivée à Kinshasa, en février 2006, des gouverneurs venus pour les activités liées à la promulgation de la Constitution, plusieurs d'entre eux avaient exprimé leur satisfaction quant à l'état de la ville.
C'est pourquoi je pense qu'il serait utile, pour écrire l'histoire de Kinshasa avec rigueur, d'organiser de véritables entretiens avec les anciens gouverneurs afin qu'ils expliquent :
- la politique qu'ils avaient mise en place ;
- les moyens dont ils disposaient ;
- les difficultés rencontrées;
- ainsi que les résultats obtenus.
Cela éviterait les généralisations et permettrait d'écrire une histoire plus fidèle de la ville.
Nous sommes encore vivants et disponibles pour partager notre expérience. Plusieurs chercheurs, auteurs et journalistes l'ont déjà fait dans le passé à travers des échanges approfondis.
L'histoire de Kinshasa mérite mieux que des raccourcis ou des comparaisons nostalgiques avec Léopoldville.
KIMBEMBE Mazunga