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Le silence de la C64, de la Cenco et de l'ECC interpelle quarante-huit heures après la naissance du FRN
Alors que Joseph Kabila a officialisé, le 12 octobre à Goma, la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire qui entend combattre le pouvoir de Kinshasa " par tous les moyens, y compris la force ", l'absence de réaction commune clairement établie de la Coalition Article 64 (C64), de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l'Église du Christ au Congo (ECC) soulève des interrogations.
En politique congolaise, certaines annonces ne laissent généralement guère de répit aux états-majors. À peine une déclaration est-elle rendue publique que les réactions fusent, les communiqués s'enchaînent et les réseaux sociaux se transforment en tribunes où chacun s'empresse de faire entendre sa voix. Mais, cette fois, le tempo semble différent.
Lundi 12 octobre 2026, depuis Goma, l'ancien président de la République Joseph Kabila a officialisé la naissance du Front pour la refondation de la nation (FRN), une nouvelle plateforme politico-militaire appelée à succéder à l'Alliance Fleuve Congo (AFC). À ses côtés figurent notamment Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, deux figures de l'ancienne coalition. Le nouveau mouvement revendique ouvertement le recours à la force pour combattre le pouvoir de Kinshasa.
L'annonce est loin d'être anodine. Elle constitue une nouvelle étape dans une crise sécuritaire qui, depuis plusieurs années, éprouve la souveraineté congolaise, particulièrement dans sa partie orientale.
Le FRN entend s'appuyer sur l'article 64 de la Constitution congolaise pour justifier son combat contre le pouvoir de Félix Tshisekedi. On signale des démissions et des désolidarisations au sein de l'entourage politique de l'ancien chef de l'État.
Pourtant, alors que l'annonce fait bouger les lignes politiques, une question s'impose : où sont passées certaines voix habituellement promptes à commenter les grandes évolutions de la vie nationale?
LA C64 FACE A L'EPREUVE DE LA COHERENCE POLITIQUE
Au banc des interrogations figure la Coalition Article 64, cette plateforme de l'opposition qui rassemble notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Augustin Matata Ponyo.
Lancée officiellement à Kinshasa le 19 mai 2026, la C64 a fait de la défense de l'ordre constitutionnel son cheval de bataille. En invoquant l'article 64 de la Constitution, ses initiateurs entendent faire échec à toute prise ou à tout exercice du pouvoir en violation de la Loi fondamentale. La plateforme s'est notamment opposée aux initiatives qu'elle considère comme susceptibles de remettre en cause l'ordre constitutionnel.
Dès lors, l'annonce de Joseph Kabila place cette coalition devant une équation politique particulièrement délicate.
Comment une plateforme qui revendique la défense de l'ordre constitutionnel peut-elle appréhender l'émergence d'un mouvement politico-militaire annonçant vouloir combattre les institutions établies par la force ? La question mérite d'être posée, sans pour autant préjuger des intentions de ses membres.
Car, au-delà des divergences qui opposent régulièrement le pouvoir et l'opposition, le recours aux armes constitue un sujet qui dépasse les querelles partisanes. Il engage la stabilité des institutions, la sécurité des populations et l'avenir du processus politique congolais.
Certaines indiscrétions rapportent que la C64 peine à harmoniser sa position sur la condamnation du nouveau mouvement. Selon elles, des divergences internes auraient empêché l'élaboration d'une déclaration commune, conduisant les responsables à envisager des prises de position individuelles.
Si ces informations se confirment, elles donneraient un éclairage supplémentaire sur les hésitations observées depuis l'annonce de Goma. Le silence apparent ne relèverait alors pas nécessairement d'une absence de réaction, mais pourrait traduire la difficulté de parvenir à une ligne commune.
En politique, l'unité de façade résiste parfois mal aux épreuves qui obligent chaque acteur à dévoiler ses priorités.
Il faut reconnaître que les leaders de la C64 ne partagent pas nécessairement les mêmes lectures de la crise sécuritaire dans l'Est.
Martin Fayulu, par exemple, a publiquement abordé la question de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa dans le cadre des consultations politiques envisagées autour de la crise congolaise. En août 2026, il plaidait pour leur participation à un éventuel dialogue national, considérant que les acteurs concernés devaient pouvoir expliquer leurs positions.
D'autres opposants ont régulièrement concentré leurs critiques sur la gouvernance de Félix Tshisekedi, la gestion des institutions et les risques qu'ils associent à une éventuelle modification de la Constitution.
D'ailleurs, les critiques n'ont pas tardé. Dans un entretien publié le 13 octobre par Le Potentiel, le député national Olivier Katuala a dénoncé ce qu'il considère comme le silence de plusieurs leaders de l'opposition et des principales confessions religieuses face à la nouvelle orientation de Joseph Kabila. Cette appréciation émane d'un acteur de la majorité présidentielle et doit être considérée comme telle, plutôt que comme une conclusion indépendante sur les motivations des personnes mises en cause.
Cette diversité de positions ne signifie pas, en soi, une adhésion au projet porté par Joseph Kabila. Mais elle rend d'autant plus nécessaire une clarification publique sur un sujet aussi sensible.
Car condamner le recours aux armes ne revient pas à soutenir le pouvoir en place. De même, dénoncer la gouvernance de Félix Tshisekedi ne saurait automatiquement être interprété comme un soutien à l'AFC/M23 ou au nouveau FRN.
C'est précisément sur ce terrain que l'opposition est attendue.
La défense de l'ordre constitutionnel ne peut être invoquée à géométrie variable. Elle suppose, au minimum, que les principes défendus soient appliqués avec cohérence, indépendamment de l'identité des acteurs concernés.
À défaut, le risque est grand de voir les divergences politiques prendre le dessus sur les principes proclamés.
CENCO ET ECC
L'autre interrogation concerne les confessions religieuses, notamment la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et l'Église du Christ au Congo (ECC).
Au fil des crises politiques et sécuritaires, ces deux organisations religieuses ont occupé une place importante dans le débat public congolais, notamment à travers leurs appels au dialogue, à la cohésion nationale et à la recherche de solutions pacifiques.
Leur implication dans les discussions relatives à l'avenir politique du pays leur a conféré une visibilité qui dépasse largement le cadre strictement religieux.
Dès lors, face à la naissance du FRN et à l'affirmation du recours à la force, leur parole est naturellement attendue par une partie de l'opinion.
Il ne s'agit pas d'exiger des responsables religieux qu'ils commentent chaque événement dans l'urgence ou qu'ils se substituent aux institutions politiques. Leur rôle n'est pas de prendre systématiquement position dans les affrontements entre acteurs politiques.
Cependant, lorsque la crise menace de s'enliser davantage et que la perspective d'une confrontation armée se précise, un appel à la désescalade, à la protection des civils et au respect des principes constitutionnels peut contribuer à éclairer le débat.
À ce stade, les éléments consultés ne permettent pas d'établir l'existence d'une déclaration officielle commune de la Cenco et de l'ECC spécifiquement consacrée à l'annonce du FRN dans les 48 heures considérées.
Il convient toutefois de distinguer l'absence de communiqué identifié de l'absence totale de réaction : les deux ne sont pas nécessairement synonymes.
Reste que, dans un pays où les initiatives religieuses ont souvent été sollicitées pour faciliter le dialogue politique, le silence apparent de ces institutions alimente inévitablement les interrogations.
Christian-Timothée MAMPUYA