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Concession Centrale Park (L’Shi) : le Gnl Kasongo Kabwit piétinerait-il la justice ?
Un scandale foncier aux relents d’abus de pouvoir secoue la ville de Lubumbashi. Au cœur de l’affaire, Madame Marceline Monga Tshola, veuve et propriétaire légale d’une vaste concession acquise en 1961, se bat contre ce qu’elle qualifie de « spoliation orchestrée » par le Service national, une structure étatique censée œuvrer pour l’intérêt général, mais qui se retrouve aujourd’hui accusée de s’accaparer des biens privés.
Mardi 3 juin, ce site a vécu la démolition spectaculaire d’une vingtaine des maisons des Congolais sans sommation aucune, encore moins sans jugement à leur encontre. Mais ce n’est pas tout. Une cinquantaine de personnes ont été raflées au nombre desquelles 12 policiers qui étaient là sur réquisition du Parquet général. La rafle a été opérée par des éléments envoyés par l’auditeur a.i Neney Yembe qui dit agir sur ordre de l’Auditorat général soutenu par la présidence de la République dont dépend le Service national du tout puissant Général Kasongo. Des sources sur place à Lubumbashi rapportent qu’un des policiers, encore dans un cachot de la 22ème Région militaire, a été passé à tabac et serait même fracturé. D’autres innocents, maçons de leur état, sont gardés arbitrairement et ce, sur ordre de l’auditeur Neney soutenu par Kinshasa.
Les faits sont désormais documentés. Deux rapports officiels de la Division du Cadastre de Lubumbashi-Ouest, datés respectivement du 20 janvier et du 14 mai 2025, confirment que la concession litigieuse, d’une superficie de 6 hectares 70 ares et située dans le lotissement Joli Parc, quartier Kabulameshi, appartient bel et bien à Madame Monga Tshola. Cette dernière détient un Certificat d’Enregistrement en bonne et due forme Volume XII, Folio XII du 7 septembre 1961 jamais annulé ni frappé d’aucune mesure administrative ou judiciaire.
Pourtant, lors d’un contrôle effectué le 5 mai 2025 sur instruction de la justice, il a été constaté que cette parcelle est actuellement occupée par des individus opérant sous couvert d’un autre certificat d’enregistrement : Volume 324, Folio 99, émis le 6 octobre 2018 et attribué à trois particuliers. Selon plusieurs sources proches du dossier, ces derniers seraient de simples prête-noms, agissant en réalité pour le compte du Service national, qui se serait ainsi approprié illégalement la concession sous couvert de manœuvres administratives.
Les experts cadastraux sont formels : cette occupation constitue une violation manifeste du droit foncier en vigueur. Ils dénoncent des irrégularités flagrantes dans les modifications successives de superficie ainsi que des démembrements opérés sans base légale. Le rapport technique du 20 janvier 2025 avait déjà mis en lumière ces anomalies, recommandant la transmission urgente du dossier au Procureur Général près la Cour d’Appel de Lubumbashi.
Face à ce qu’elle qualifie de spoliation déguisée, Madame Monga Tshola, soutenue par un collectif d’avocats, a décidé de porter l’affaire devant les juridictions compétentes. « Il ne s’agit pas d’un privilège, mais d’un droit garanti par des titres régulièrement établis et jamais contestés depuis plus de six décennies », a déclaré l’un de ses conseils, dénonçant au passage «la dérive inquiétante d’une administration foncière gangrenée par les réseaux d’intérêts et le mépris des lois».
Ce dossier met à nu une problématique récurrente en République démocratique du Congo, où des structures publiques, censées protéger les biens des citoyens, se retrouvent paradoxalement impliquées dans des pratiques de spoliation foncière. Les cas de ce type, de plus en plus fréquents, alimentent le sentiment d’insécurité foncière et fragilisent la confiance des citoyens dans les institutions de l’État.
Au-delà de la situation personnelle de Madame Monga Tshola, c’est toute une opinion publique fatiguée des abus et des silences complices de certaines autorités qui attend de voir comment la justice va se saisir de cette affaire. L’enjeu est de taille : il s’agit de savoir si, dans le Congo d’aujourd’hui, le droit de propriété, garanti par la Constitution et les textes fonciers, peut encore être défendu face aux tentations prédatrices de certains services étatiques.
Didier KEBONGO