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Du Congo qu’on nous promet à celui que nous voulons : La nécessaire symbiose entre offres des candidats et attentes du peuple
(Méditation citoyenne de Frank FIKIRINI MWENE-MBAYU)
La République démocratique du Congo est actuellement en pleine campagne électorale pour les prochaines élections présidentielle, législatives nationales et provinciales, municipales, etc. Chaque candidat, particulièrement ceux qui le sont à la présidence de la République, propose sa vision du Congo et ses pistes de solutions aux multiples problèmes d’insécurité, de pauvreté, de mal gouvernance, de sous-développement, etc. Il manque à l’évidence l’exigence du peuple comme pendante aux différentes offres des candidats au top-job. Nous osons esquisser en ces lignes ce qui paraît être fondamentalement ladite exigence sur base de repères historiques. Nous disons «repères», parce que la présente réflexion ne me situe pas du point de vue strict de l’histoire, dont l’apport se limite à lui fournir lesdits repères. C’est donc le substrat de l’histoire et les leçons qu’il faut en tirer pour l’avenir qui nous intéressent. Ainsi donc, la structuration du texte en termes de temps, ne renvoie pas à celui traçable sur la ligne du temps, mais du temps au sens d’ «essor de». Ce dernier peut être constaté sur plusieurs périodes de l’histoire.
Au commencement étaient les pères de l’indépendance. On pourrait à juste titre appeler cet essor «le temps des idéalistes».
Acte 1 : le temps des idéalistes
L’histoire du Congo indépendant a commencé avec les luttes glorieuses des pères de son indépendance. La célèbre chanson de Jeff Kabasele dit Grand Kallé sous le titre « Indépendance cha cha » a immortalisé à la fois leurs noms et ceux de leurs formations politiques : ASORECO, ABAKO, CONACAT, CARTEL, MNC, UGECO, ARAZI, PDC et PSA. Malheureusement, on n’en aura retenu que les noms. Aucun retentissement idéologique à proprement parler, à l’exception peut-être du lumumbisme – autre nom du nationalisme congolais –, quoique mal défini au point que les multiples partis politiques qui s’en réclament n’ont, dans les faits, rien de commun entre eux. Les noms des pères tout au moins, demeurent marqués au panthéon de l’histoire du pays : Bolikango, Kasavubu, Lumumba, Kalonji, Bolya, Tshombe, Kamitatu, Essandja et Thomas Kanza, ce dernier ayant même été, une génération après, ministre de la Coopération internationale, ministre du Travail dans le gouvernement du président Laurent-Désiré Kabila en 1997. Signe, s’il en faut, que les idéalistes ont et auront encore de la place dans cette société qui s’affranchit un peu trop du modèle éthique de ses fondateurs. Mais avec quel impact positif perceptible sur le devenir du pays, noyé dans le «kilelo» (à la mode d’aujourd’hui), c’est-à-dire affranchi des repères moraux et de l’exemple des excellents pionniers morts pauvres ?
Leçon 1 : Les leaders politiques de l’époque ont mené, par conviction, une lutte acharnée pour la liberté de leur peuple. Celui-ci a chanté et dansé (spécialité tropicale ?), non pour la liberté conquise, mais pour la « lipanda » (mauvaise traduction prouvant l’incompréhension du concept négocié) obtenue des Belges, à leur façon et selon leur agenda à eux.
Toute idée et tout schéma d’autodétermination réelle du peuple désormais dit indépendant, ont été étouffés dans l’œuf. Et pour être sûr que personne n’ose en avoir des germes dans son esprit sinon au péril de sa vie, le plus en vue d’entre les nationalistes, Patrice Emery Lumumba, fut assassiné.
Acte 2 : le temps des profiteurs
Il n’y eut pas le temps des fils, idéologiquement parlant, mais celui des profiteurs, c’est-à-dire des acteurs préoccupés, non par l’intérêt général, mais plutôt personnel, au point de renier le fondement du combat des pères de l’indépendance en brillant par le charlatanisme, le mensonge, la démagogie et autres frasques bassement mondaines sous le mode « eyaka deux fois te (cela ne se produit pas deux fois), il faut en profiter pour jouir des positions du pouvoir ».
Si à l’indépendance, être fiché «penepene na mundele» («proche du Blanc» ou pro-blancs. Raillerie faite sur le PNP à l’époque) était perçu comme une attitude de traitrise par rapport à la cause nationale, l’acte deux de l’histoire politique de la RDC en a fait une véritable stratégie de conquête et de conservation du pouvoir dont le seul ressort (plutôt pulsionnel qu’idéologique) est le fameux verbe pronominal «se retrouver» ou plutôt «me retrouver», puisque son sens praxique au Congo ne va jamais au-delà du «moi» égocentré, quelle que soit la façon dont on le présente pour convaincre de possibles alliés circonstanciels, en réalité futurs arnaqués au regard de la logique de fond. On s’en fout dès lors des étiquettes qu’on arbore les unes après les autres se moquant de leur contrariété et même de leur contradiction. Pourvu qu’on «se retrouve».
Dans ce contexte, l’action politique, au sens le plus noble du substantif, n’est plus ordonnée à la satisfaction des besoins du peuple, mais ceux littéralement animaux de ceux qui ont accès à la mangeoire. Ces derniers se maintiennent à des postes de pouvoir, non par la volonté du peuple, mais par celle de leurs parrains extérieurs. Depuis le coup d’arrêt plus que symbolique assené à la démocratie – au sens authentique – à travers l’assassinat de Lumumba, chaque politicien connu sur la place de Kinshasa a ses parrains occidentaux pour qui il roule (au sens plénier du terme) en définitive.
Les années des nouvelles rébellions (1996 – 2002) – la première ayant été celle des lumumbistes – mulelistes en 1964 – ont ajouté aux parrains occidentaux, ceux de la région, particulièrement rwandais et ougandais. Le tout revenant en somme à la dénégation consentie par les leaders locaux, du droit du peuple congolais à son autodétermination, chose qui empêcherait l’exploitation à son détriment des richesses de son sol et de son sous-sol.
Vus de l’Occident et finalement au regard de leur propre perception de leur rôle (à quelques exceptions près), les leaders au pouvoir en Afrique en général, jusqu’il y a peu (c’est-à-dire avant les révolutions intervenues récemment en Afrique de l’Ouest), n’auront jamais été plus que les «Kapita» coloniaux, chargés à la fois de bien garder « les coffres dont ils n’ont pas les clés » (l’expression est de l’ancien vice-Premier ministre belge Alexander De Croo) et, carrément, mâter leurs peuples pour les maintenir dans la docilité, en marge des enjeux réels de leur survie. La fameuse formule « panem et circenses » (le pain et les jeux) a été du menu. Pourtant ici, on nous a dit que ce n’est pas un royaume mais une République dans laquelle le souverain, c’est le peuple (cf. article 5 de la Constitution). Ce dernier n’entend plus se laisser berner au point d’être réduit en esclavage. Il ne veut plus cautionner – pour autant qu’il en soit conscient – le système qui le maintient en cette position ?
Certes, il dance et dance encore, pendant qu’on foule aux pieds ses droits. Il dance et dance encore pendant qu’on lui vole son vote. Il danse et danse encore, pendant qu’on lui vole son avenir. Il danse et danse encore à la gloire de ceux qui le déshumanisent. Puis, sous le poids de la souffrance, il se retourne vers Dieu pour que celui-ci vienne à son secours alors qu’il lui revient à lui de se libérer et qu’il le peut moyennant un peu de courage. Mais ce n’est plus pour longtemps, car l’éveil des consciences est en marche et ne s’arrêtera pas. Il vaut mieux que les prétendants au pouvoir en tiennent compte.
Acte 3 : le temps de la refondation
On remarquera bien que la formulation de ce troisième temps ne se réfère plus aux personnes mais à l’idée même de refondation, appelée à être largement partagée. Car jusqu’à date, c’est le paradigme de l’acte 2 qui continue d’être reproduit, malgré les tentatives néo-lumumbistes des Kabila père et fils, ce dernier ayant même confessé, du fond du paquet de secrets couverts par son silence légendaire, n’avoir pas réussi à changer l’homme congolais. Ce, après qu’il eut reconnu, en plein exercice du pouvoir, ne pas avoir trouvé 15 collaborateurs dignes de ce que la République était en droit d’attendre d’eux. Plus qu’une symbolique d’une classe politique anti-peuple, égoïste et «ventriote» (néologisme remplaçant le zèle pour la patrie par la passion de satisfaire les besoins du ventre dans une sorte de morale du porc).
Les pratiques conséquentes sont connues : confiscation de la souveraineté du peuple par une poignée de profiteurs, culte de la personnalité et déification du prince régnant («djalelo» hérité de l’époque Mobutu), justice sélective et politisée, caporalisation des institutions, etc.
Les jeunes générations, en tout cas les plus lucides d’entre les jeunes, en ont marre de ce paradigme social dont les effets se soldent dans ce qu’on appelle à Kinshasa «toza ko rond-point» (en lingala), pour dire qu’on tourne en rond. A cet égard, le verdict du tribunal historique des jeunes jugeant la gestion de leurs aînés est le même et sans ambages partout sur le continent. Heureusement que lesdits jeunes ne disent pas «inutile d’essayer, nos aînés ont échoué», mais s’engagent à révolutionner les choses.
De la nouvelle vague de révolutions qui déferle sur le continent africain, on peut retenir à tout le moins le dépit de la nouvelle génération face aux schémas avilissants qui ont fait leur temps. Il y a un évident besoin d’un vent nouveau que les jeunes ne veulent voir venir ni de l’orient, ni de l’occident, surtout pas du Nord.
Les jeunes Africains veulent voir l’émergence de pensées et des offres politiques assortis d’une praxis typiquement pro-africaine et assumée comme telle à travers des institutions arrimées à cette cause et formatées pour la faire triompher. Dire cela ne signifie nullement qu’on entend définir le sort de l’Afrique en disjonction avec l’Europe et l’Occident en général.
Les plus éclairés des leaders européens considèrent à juste titre l’Afrique comme étant l’avenir de l’Europe. Méconnaitre cette perception serait une erreur stratégique grave pour l’Afrique qui correspondrait à la politique de l’autruche. Par contre, l’Afrique peut compter à la fois sur ses jeunes et les jeunes Européens, nés après la colonisation (un peu à la manière des «born-free» sud-africains), pour construire de nouvelles relations affranchies du prisme colonial. Ce dernier doit être déboulonné à la fois dans ses racines internes et dans ses vaisseaux externes. Là se trouve l’enjeu de la vraie libération et du vrai développement pour l’Afrique. Nous attendons des projets qui puissent en promouvoir l’avènement.