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Crise en RDC : L’étau diplomatique se resserre autour de Kagame
L’entrée dans la capitale provinciale du Nord-Kivu, Goma par le groupe terroriste de M23, soutenu par les Forces de défense rwandaises (RDF), a déclenché une onde de choc sur la scène internationale. Face à cette violation flagrante de la souveraineté de la RD-Congo, la communauté internationale commence à prendre la question au sérieux et des sanctions sont envisagées.
Sur le short liste de la communauté internationale : Le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Parlement européen exercent désormais une pression sans précédent sur Kagame de retirer à l’immédiat ses troupes du territoire congolais. Ainsi donc, l’isolement diplomatique de Kigali s’accroît, et les pressions économiques pourraient contraindre Paul Kagame à revoir sa stratégie. Lui qui se croyait tout permis, foulant aux pieds la convention de Vienne.
Depuis plusieurs mois, Kinshasa alerte la communauté internationale sur l’implication du Rwanda dans le conflit à l’est du pays. Si ces avertissements semblaient jusqu’ici être ignorés, l’entrée du M23 dans Goma a provoqué un réveil des chancelleries occidentales.
Lors d’une conférence de presse tenue à Washington le 30 janvier, le président américain Donald Trump a brièvement évoqué la crise entre la RDC et le Rwanda, la qualifiant de «problème très sérieux».
Interrogé sur une éventuelle intervention des États-Unis pour favoriser la paix en RDC, il a répondu : «C’est un problème très sérieux, je suis d’accord, mais ce n’est pas le moment d’en parler». La conférence était principalement consacrée à un accident tragique impliquant une collision entre un avion et un hélicoptère, ayant fait plusieurs victimes aux États-Unis.
Bien que ses propos restent évasifs, le simple fait que la question ait été abordée au plus haut niveau américain marque un signal fort.
Royaume-Uni exige le retrait immédiat
De son côté, le Royaume-Uni a adopté un ton bien plus ferme à l’égard de Kigali. Dans un communiqué publié sur son site officiel, le gouvernement britannique a exigé le retrait immédiat des forces rwandaises de l’Est de la RDC.
«Le 26 janvier, le ministre des Affaires étrangères britannique a déclaré au président Kagame qu’une attaque contre Goma provoquerait une forte réponse de la communauté internationale. Le 29 janvier, Lord Collins a clairement indiqué au Haut-Commissaire rwandais que les actions du Rwanda dans l’est de la RDC étaient inacceptables et a exprimé sa profonde préoccupation face aux informations selon lesquelles le M23 et les forces rwandaises avançaient à travers le Sud-Kivu en direction de Bukavu», peut-on lire à travers un communiqué sur le site officiel du gouvernement de Royaume-Uni.
Londres envisage même de revoir son soutien au Rwanda, une menace qui pourrait avoir des conséquences économiques importantes pour Kigali.
Des sanctions de l’UE contre le Rwanda
Choqué par la crise de Goma, le Parlement européen a convoqué une réunion d’urgence. Le Bureau a suggéré plusieurs mesures de rétorsion contre le Rwanda, pays accusé de soutenir activement la rébellion.
Parmi les sanctions envisagées figurent la suspension du mémorandum d’entente signé en février 2024 entre l’UE et le Rwanda, qui portait sur la collaboration dans cinq domaines, notamment l’intégration de chaînes de valeur durables pour les matières premières. Le Parlement souhaite également suspendre les événements sportifs internationaux prévus cette année au Rwanda.
Pour la présidente de la session, «l’Union européenne ne doit pas être un observateur passif» face à cette crise qui pourrait avoir des répercussions migratoires et économiques en Europe, notamment sur l’accès aux minerais critiques convoités.
Le représentant spécial de l’UE pour la région des Grands Lacs, Johan Borgstam, a jugé «intolérable» la présence des troupes rwandaises en RDC. Il a plaidé pour des «pressions robustes» sur Kigali, tout en soulignant la complexité du conflit qui implique d’autres acteurs comme l’Ouganda.
De son côté, la cheffe de la MONUSCO, Bintou Keita, a alerté sur la situation humanitaire grave, avec des violences sexuelles massives et le risque de prolifération des armes. Elle a appelé à un règlement politique concerté du conflit.
Le Parlement européen entend ainsi envoyer un «message fort» aux autorités rwandaises, tout en exhortant l’UE à «ne pas trahir le peuple congolais» face à cette nouvelle crise dans l’est de la RDC.
L’Allemagne suspend son aide au développement
L’Allemagne, quant à elle, a pris des mesures concrètes en suspendant ses consultations gouvernementales avec le Rwanda, prévues pour février.
Le ministère allemand du Développement et de la Coopération économique a déclaré :«Dans l’escalade de la situation actuelle, il ne peut pas y avoir de business comme d’habitude». Berlin conditionne la reprise de ses discussions avec Kigali au retrait des troupes rwandaises et du M23 de l’Est de la RDC.
«Les discussions sur la coopération et l’aide au développement ne pourront reprendre que lorsque le Rwanda et le M23 auront mis fin à l’escalade et se seront retirés de la région», a précisé le porte-parole du ministère allemand du Développement et de la Coopération économique.
Plus de 500.000 personnes
Sur le terrain, la situation sécuritaire et humanitaire à Goma et ses environs se détériore rapidement. Plus de 500.000 personnes ont été déplacées, selon la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba. Un chiffre qui fait froid au dos.
Dans la même lignée, Bintou Keita, cheffe de la MONUSCO, a alerté le Conseil de sécurité de l’ONU sur les risques de prolifération des armes et de catastrophe humanitaire. Elle a notamment dénoncé «le viol de plus d’une centaine de femmes» dans la région et souligné l’incapacité de la mission onusienne à défendre la ville.
Kinshasa exige des sanctions contre Kigali
Lors de la réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU tenue récemment, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba, a dénoncé la responsabilité directe du Rwanda dans la crise. Elle a rappelé que l’attaque des RDF a même coûté la vie à des casques bleus de la Monusco. «Jusqu’à quand le Rwanda continuera-t-il d’abuser de votre respect et de votre autorité ?», a-t-elle lancé aux membres du Conseil.
Le siège du gouvernement provincial de Nord-Kivu est sous occupation illégale l’armée rwandaise. Malgré une résistance de certaines unités congolaises appuyée par les jeunes patriotes de Wazalendo, le Rwanda et le M23 étendent leur emprise vers Bukavu, à 65 km au sud de Goma.
Toutefois, pour Kinshasa, l’objectif demeure clair : obtenir non seulement le retrait des troupes rwandaises, mais aussi des sanctions concrètes contre le régime de Kigali. Reste à savoir si ces premières condamnations seront suivies d’actes concrets pour enrayer la guerre qui ensanglante l’est de la RDC depuis plusieurs décennies.
Christian-Timothée MAMPUYA