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Cinq ans pour changer le monde
(Par Raïssa Malu, consultante en éducation)
Alors que nous entamons cette année 2024 avec optimisme et détermination, nous nous apprêtons également à débuter une période quinquennale qui promet d’apporter des transformations significatives. Permettez-moi de vous détailler les raisons de ces changements et la manière dont ils se dérouleront.
Des objectifs interconnectés
Vous n’êtes pas sans savoir que les Nations Unies ont établi 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) qui tracent la voie vers un avenir meilleur et plus durable pour tous. Ces ODD ont été conçus pour répondre aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés, y compris la pauvreté, les inégalités et le changement climatique. Nous nous sommes tous engagés à atteindre leurs cibles respectives d’ici 2030. L’année 2024 marque le début de la dernière période quinquennale pour collaborer à leurs réalisations avant la phase finale d’évaluation.
Bien que mon réflexe soit de concentrer l’attention sur l’éducation, il est important de noter que les 17 ODD sont conçus de manière interdépendante pour traiter les divers aspects du développement durable. L’éradication de la pauvreté (ODD 1) et la faim zéro (ODD 2) sont des priorités fondamentales, car elles sont intrinsèquement liées à presque tous les autres objectifs. La bonne santé et le bien-être (ODD 3) sont essentiels pour une société prospère, tout comme une éducation de qualité (ODD 4) est cruciale pour l’autonomisation des individus, filles et garçons, et l’égalité des sexes (ODD 5). L’accès à l’eau propre et à l’assainissement (ODD 6) et à une énergie abordable et propre (ODD 7) sont des fondations vitales pour le développement communautaire.
Ces besoins de base sont complétés par des objectifs visant une croissance économique durable. Le travail décent et la croissance économique (ODD 8) sont liés à l’industrie, l’innovation et l’infrastructure (ODD 9), formant un cadre pour le progrès économique et technologique. La réduction des inégalités (ODD 10) est essentielle pour assurer que les avantages de la croissance sont largement partagés, tandis que des villes et communautés durables (ODD 11) fournissent un environnement de vie sain et résilient. La consommation et la production responsables (ODD 12) sont nécessaires pour préserver les ressources naturelles et minimiser les impacts environnementaux.
Les défis environnementaux sont abordés à travers des mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques (ODD 13), la protection de la vie aquatique (ODD 14) et de la vie terrestre (ODD 15). Ces objectifs reconnaissent l’interdépendance entre l’homme et la nature et la nécessité de préserver la biodiversité et les écosystèmes. La paix, la justice et des institutions efficaces (ODD 16) sont fondamentales pour garantir un environnement stable et équitable, nécessaire à la réalisation de tous les autres objectifs. Enfin, les partenariats pour la réalisation des objectifs (ODD 17) soulignent l’importance de la coopération mondiale et des partenariats multi-acteurs pour atteindre tous ces objectifs ambitieux.
Ainsi, les ODD représentent un plan holistique et intégré, reconnaissant que le développement durable ne peut être atteint dans un domaine sans progresser dans les autres ni sans l’implication et l’action de toutes et tous. Nous avons 5 ans pour y faire des avancées majeures.
Un Congo plus uni et solidaire
Vous le savez aussi peut-être, le secteur de l’éducation en République Démocratique du Congo s’est doté d’une Stratégie Sectorielle de l’Éducation et de la Formation (SSEF) pour la période 2016-2025. L’année 2024 marque la revue sectorielle finale de la SSEF, une étape cruciale pour définir les nouvelles cibles pour la période suivante, 2025-2030.
Le système éducatif congolais de 2025 était conçu autour de trois axes stratégiques essentiels, chacun reflétant un aspect crucial de l’évolution nécessaire pour un enseignement adapté aux défis futurs. Premièrement, l’accent était mis sur la promotion d’un système éducatif plus équitable pour soutenir la croissance et l’emploi. Ce volet comprenait la mise en œuvre de la gratuité effective de l’école primaire, l’extension du cycle d’éducation de base à huit années, et l’adaptation des formations pour faciliter l’insertion sociale des jeunes.
Deuxièmement, le focus était porté sur la création des conditions nécessaires à un système éducatif de qualité. Cela impliquait l’établissement de systèmes de suivi et d’assurance qualité, ainsi que la création d’un environnement éducatif propice à l’apprentissage. Ces orientations visaient à améliorer la qualité globale de l’éducation, en s’assurant que les infrastructures et les méthodologies d’enseignement soient adaptées et efficaces.
Enfin, le troisième axe stratégique se concentrait sur l’instauration d’une gouvernance transparente et efficace du système éducatif. Cela passait par le renforcement de la gouvernance à travers l’établissement de normes claires et de mécanismes transparents de gestion des ressources, ainsi que par l’optimisation de la gestion pour une efficacité accrue. Ce pilier est essentiel pour garantir que les ressources éducatives sont utilisées de manière optimale et que le système éducatif peut répondre de manière agile et responsable aux besoins changeants de la société.
En 2024, l’ensemble des acteurs du système éducatif congolais et ses partenaires se rassembleront pour évaluer les progrès accomplis. Ils détermineront les nouvelles cibles nécessaires pour réaliser la vision d’un Congo plus uni et solidaire.
Au programme
Entre-temps, pour les cinq prochaines années, des mesures concrètes sont prévues qui mobiliseront à la fois les financements extérieurs (via notamment le Projet d’Equité et de Renforcement du Système Educatif, PERSE, et le Projet d’Apprentissage et d’Autonomisation des Filles, PAAF) et le budget de l’État.
Au niveau de l’enseignement primaire, outre les initiatives déjà mises en œuvre en faveur de la mécanisation, la budgétisation et le paiement des salaires des enseignants, des avancées significatives sont envisagées pour leur formation initiale. Dans cette optique, plusieurs instituts de formation des maîtres seront érigés dans diverses provinces. Il sera également nécessaire de mener une réflexion approfondie sur le profil des enseignants de l’éducation de base, qui comprend les six années du primaire et le cycle terminal de l’éducation de base (les deux premières années du secondaire). Le processus de recrutement des enseignants dans les écoles publiques sera amélioré. La construction de nouvelles salles de classe devrait se poursuivre. Et la mise en œuvre de programmes d’alimentation scolaire, associée à la gratuité de l’enseignement primaire, devrait continuer à stimuler la fréquentation scolaire.
Dans l’enseignement secondaire, l’accent sera mis sur la construction d’écoles modernes dans les régions éloignées, le recrutement d’enseignantes afin de rendre les écoles publiques plus sûres notamment pour les filles, et la modernisation des programmes éducatifs. Concernant la formation initiale et continue des enseignants, les actions se concentreront sur l’amélioration de leurs compétences pédagogiques ainsi que sur leur développement professionnel pour renforcer la qualité de l’enseignement. En complément, des mesures de supervision au niveau provincial sont prévues pour assurer une mise en œuvre fluide et efficace des initiatives de formation.
Des efforts seront déployés pour améliorer la publication de données fiables et actualisées sur le système éducatif. Ces informations serviront à l’élaboration des politiques publiques plus efficaces et efficientes ; c’est-à-dire des politiques qui non seulement réussissent à répondre aux besoins et défis de la société, mais le font également de manière économique et rationnelle, en maximisant l’impact tout en minimisant l’investissement des ressources.
Lutte contre les violences basées sur le genre dans l’enseignement
Au cours des cinq prochaines années, des actions significatives sont également prévues pour renforcer la sécurité et l’inclusivité dans le secteur de l’éducation, en mettant un accent particulier sur la lutte contre la violence basée sur le genre (VBG). Ces mesures comprennent l’instauration de politiques strictes, telles que la signature obligatoire du code de bonne conduite par le personnel éducatif, afin de prévenir la violence, l’exploitation et les abus sexuels ainsi que le harcèlement sexuel dans les établissements scolaires.
Des efforts seront aussi déployés pour renforcer les compétences en gestion des plaintes, avec une attention particulière à la formation de responsables, notamment des femmes, dans les écoles secondaires. Des systèmes de signalement confidentiel, tels que des hotlines, seront mis en place pour faciliter l’accès aux services d’aide pour les victimes de VBG. Des protocoles respectueux de la confidentialité seront établis pour assurer une prise en charge adéquate des victimes. Ces mesures visent à promouvoir un environnement éducatif sûr et égalitaire, favorisant l’épanouissement de tous les élèves.
La part belle au numérique
Des actions concrètes seront entreprises pour intégrer de manière significative le numérique dans l’éducation. Parmi ces actions, une attention particulière sera portée à l’équipement des écoles en salles de classe numériques. Ces dernières comprendront des équipements tels que des dispositifs numériques pour les enseignants et des projecteurs, ainsi que d’autres équipements définis selon les besoins spécifiques de chaque établissement.
Des efforts seront également déployés pour renforcer l’interaction enseignants-élèves grâce à diverses ressources pédagogiques, y compris des plateformes d’apprentissage en ligne, des applications éducatives, ou des logiciels interactifs. Cela comprend l’amélioration des infrastructures numériques, le développement des compétences des enseignants dans l’utilisation de ces outils, et l’évaluation de l’apprentissage pour garantir l’efficacité de la technologie. Ces initiatives visent à moderniser et à rendre l’enseignement plus adaptatif et interactif.
Prospective
Bien qu’aucune action concrète ne soit prévue actuellement, je propose un scénario qui pourrait accélérer le processus de transformation. Les ODD démontrent que le développement durable nécessite une approche holistique et intégrée. Ainsi, pour les cinq prochaines années, il serait bénéfique d’intégrer la Recherche Scientifique et l’Innovation Technologique au secteur de l’éducation pour une cohérence accrue.
Cette stratégie innovante, que l’on pourrait nommer «Secteur Éducatif et de l’Innovation Intégrée», promet une synergie entre éducation et innovation, stimulant l’économie de la connaissance et renforçant la recherche appliquée. Elle favorise le développement de compétences avancées et la collaboration interdisciplinaire. Cependant, sa mise en œuvre nécessite une planification rigoureuse, des ressources adéquates, une gestion harmonieuse pour surmonter les différences institutionnelles et culturelles, ainsi qu’une coopération étroite entre le Gouvernement, les institutions éducatives, les centres de recherche et le secteur privé. Ce méga secteur symboliserait l’union de la création et de l’application de connaissances nouvelles dans une variété de disciplines et de contextes sociaux, essentielle pour aborder les défis complexes de notre temps.
Remarque finale
Cet article avait pour but de vous informer et de vous préparer aux étapes qui vont marquer le secteur de l’éducation au cours des cinq prochaines années. Les enjeux sont non seulement nationaux, mais aussi globaux. L’amélioration du système éducatif au Congo aura un impact positif sur les conditions de vie locales et contribuera à l’échelle mondiale à l’atteinte des 17 objectifs de développement durable. Car en fin de compte, tout est interconnecté.
Cette année et les prochaines représentent une opportunité unique de développer de nouvelles compétences, d’identifier de nouveaux talents et d’explorer en profondeur la République Démocratique du Congo. Ce qui compte est d’œuvrer à l’épanouissement du plus grand nombre, en particulier des filles, des femmes et des jeunes, en mettant l’accent sur l’éducation, les sciences et les technologies. D’ici là, je vous souhaite les meilleurs vœux ! Science is fun, join us !