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Tshisekedi
Nation
Mardi 6 mai 2025 - 08:22

Accord Kinshasa- Washington : Tshisekedi jure de ne jamais “brader” les richesses du pays

* Le chef de l’Etat ’adressait aux journalistes à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse
 

Le président Félix Tshisekedi s'engage à ne jamais brader les richesses de la République démocratique du Congo. Il a, à cet effet, profité de la célébration de la 32ème Journée mondiale de la liberté de la presse à Kinshasa pour répondre fermement aux critiques liées aux discussions en cours entre la RD-Congo et les États-Unis sur les minerais stratégiques.

 

Dans une salle pleine à craquer, des journalistes, diplomates, membres du gouvernement et différentes personnalités de la société civile, attendaient des éclaircissement du Chef de l'Etat qui iraient au-delà des discours protocolaires. Averti, Félix Tshisekedi n’a pas esquivé cette préoccupation. D’entrée de jeu, il s’est attaqué à ce qui nourrit les conversations à l’heure actuelle. En l’occurrence l’accord sur les minerais stratégiques entre Kinshasa et Washington. 

En effet, depuis plusieurs semaines, le futur accord  entre la RD-Congo et les États-Unis sur les minerais agitent l’opinion publique. Dans les rues, sur les plateaux de  télé, à travers les radios comme sur les réseaux sociaux, une question revient avec insistance : le Congo est-il sur le point de céder ses ressources aux intérêts étrangers ? 

Inquiets, furieux, nombre de Congolais estiment qu'ils paient les frais du "bradage" des minerais du pays.

C’est donc devant une assemblée attentive que Félix Tshisekedi a choisi de rompre le silence. D’un ton ferme, les épaules droites, le regard direct, il a coupé court aux spéculations. 

« Je tiens ici, devant vous, à réaffirmer solennellement ce que j’ai toujours défendu : jamais je ne braderai les richesses de la République démocratique du Congo. J’en ai fait le serment devant la Nation, et je m’y tiendrai jusqu’au bout », a-t-il déclaré, le regard ancré dans celui de l’auditoire.

 

SERMENT

La phrase, presque martelée, résonnait comme un serment réitéré, un rappel à la promesse fondatrice de son engagement politique. Mais, elle trahissait aussi la pression, notamment celle de l’opinion publique, des voix critiques, de plus en plus nombreuses, qui s’interrogent sur les contours d’un partenariat stratégique avec Washington.

Tshisekedi ne s’arrête pas là. Il sait que les mots seuls ne suffisent pas. Alors, il s’adresse, directement à la presse. Cette même presse parfois accusée de relayer trop vite des informations non vérifiées, mais aussi perçue comme un rempart contre la manipulation.

L’appel est clair : face à la complexité des enjeux, les journalistes doivent redoubler de rigueur, croiser leurs sources, et s’appuyer sur les canaux officiels, avant de diffuser des informations sensibles.

 

LA PRESSE, UNE ARME REDOUTABLE

« La liberté d’informer est sacrée, mais elle exige plus que jamais rigueur éthique et loyauté envers la vérité et l’intérêt supérieur de notre peuple. Mesdames et messieurs, dans un pays en proie à une guerre d’agression, la désinformation devient alors une arme redoutable. Face à cela, que peut faire le journaliste congolais ? Il peut résister, il peut enquêter, il peut rétablir la vérité, il peut rappeler aux Congolais que la dignité d’un peuple commence par la maîtrise de son histoire, par la souveraineté de sa parole et par la défense de ses intérêts vitaux », a déclaré Félix Tshisekedi.

Le président le sait. La désinformation peut faire autant de dégâts qu’un conflit armé. Dans un pays meurtri par des décennies de conflits à l’Est et encore en quête de stabilité, la vérité est une arme puissante  à manier avec précaution.

Mais, en filigrane de son message, une autre réalité se dessine : les négociations entre Kinshasa et Washington sont bel et bien en cours. L’accord, encore en discussion, ouvrirait la porte à des investissements américains dans l’exploitation minière, en échange d’un engagement à construire des infrastructures vitales à l’instar routes, chemins de fer, barrages, projets énergétiques. Une promesse de modernisation, certes, mais qui ne va pas sans méfiance.

Tshisekedi marche sur une ligne de crête : celle qui sépare l’ouverture au développement international de la défense des intérêts nationaux. Et en cette journée dédiée à la liberté de la presse, il choisit d’inclure les journalistes dans ce défi collectif, les plaçant comme des alliés indispensables de la souveraineté.

Christian-Timothée MAMPUYA

 

ADRESSE DE SON EXCELLENCE MONSIEUR FELIX-ANTOINE TSHISEKEDI TSHILOMBO, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO, A L’OCCASION DE LA CELEBRATION NATIONALE DE LA 32ÈME JOURNEE MONDIALE DE LA LIBERTE DE LA PRESSE - Kinshasa, le 05 mai 2025

 

Honorable Président de l’Assemblée Nationale,

Honorable Président du Sénat,

Madame la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement,

Honorables Députés Nationaux et Sénateurs, 

Mesdames et Messieurs, les Membres du Gouvernement, 

Mesdames et Messieurs des Corps constitués, 

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chefs de mission diplomatique et Représentants des organismes internationaux,

Monsieur le Président de l’Assemblée Provinciale de Kinshasa, 

Monsieur le Gouverneur de la Ville de Kinshasa, 

Mesdames et Messieurs les journalistes et professionnels des médias,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec une vive émotion et un profond respect pour le rôle que vous jouez dans notre société que je prends la parole, ce jour, en ma qualité de garant du fonctionnement régulier des institutions, à la célébration nationale de la 32ème Journée Mondiale de la Liberté de la Presse. Cet événement, célébré chaque 3 mai, est un moment de réflexion, d’évaluation, d’engagement et de solidarité envers vous, journalistes, qui portez la lourde et noble responsabilité d’informer, d’éclairer et de défendre la vérité, parfois au péril de vos vies. 

Avant toute chose, j’adresse un hommage ému à la mémoire de vos collègues disparus, tombés dans l’exercice de leur apostolat. Leur héroïsme silencieux, leur intégrité exemplaire et leur quête inlassable de vérité enrichissent notre conscience collective et renforcent notre devoir commun de défendre la liberté d’expression.

En leur honneur, je vous invite à vous lever pour observer, ensemble, un moment solennel de recueillement.

[Moment de silence]

Je vous remercie.

 

Mesdames et Messieurs,

Cette journée n’est pas un simple rituel, mais bien plus, c’est un acte d’engagement solennel et un moment de veille collective pour un meilleur horizon. Car célébrer la liberté de la presse, en République Démocratique du Congo, aujourd’hui plus que jamais, c’est affirmer avec force notre attachement indéfectible à la démocratie, au pluralisme médiatique et à l’accès à la vérité, et ce, en dépit des tempêtes qui nous assaillent.

La liberté de la presse est un pilier fondamental de toute démocratie digne de ce nom. En République Démocratique du Congo, nous avons fait de ce principe une priorité, car une presse libre est le miroir de la société, la gardienne de nos valeurs et le porte-voix de notre peuple. Dès mon accession à la Magistrature Suprême, j’ai toujours affirmé mon engagement à protéger cette liberté, à promouvoir le pluralisme médiatique et à garantir un accès équitable à une information fiable et transparente. 

Le thème retenu cette année pour ce Forum national sur la liberté de la presse et de l’information est à la fois actuel et redoutablement pertinent : « Le journaliste congolais face au défi de l’intelligence artificielle : information et désinformation en ce temps de guerre d’agression rwandaise ». 

Jamais l’information n’a circulé aussi vite. Jamais la désinformation n’a été aussi pernicieuse. Et jamais la frontière entre les deux n’a été aussi fine.

Alors que notre pays fait face à une agression extérieure brutale qui viole notre souveraineté, il doit simultanément faire face à une autre guerre, plus insidieuse : celle de la manipulation, de la propagande, et du brouillage de la vérité. Cette guerre de l’information, où la vérité est systématiquement prise pour cible, est exacerbée par l’irruption de technologies de rupture telles que l’intelligence artificielle, qui bouleversent en profondeur les modes de production et de diffusion de l’information. 

Sur les réseaux sociaux, dans les discours politiques ou à travers des images fabriquées de toutes pièces, des outils d’intelligence artificielle sont utilisés avec une sophistication croissante pour semer la confusion, nourrir le doute et déstabiliser les esprits.

Certes, l’intelligence artificielle est une révolution technologique qui transforme notre monde à une vitesse fulgurante, car elle offre des opportunités extraordinaires pour les médias : des outils pour analyser des données complexes, pour produire des contenus plus rapidement, ou encore pour atteindre un public plus large. Mais elle comporte aussi des risques majeurs, notamment celui de la désinformation. 

Ces dernières années, notre pays a été la cible des fake news, de deepfakes et des campagnes de désinformation, souvent orchestrées par des acteurs extérieurs, visant à minimiser les crimes commis contre notre peuple et détourner l’attention de la communauté internationale, à alimenter la méfiance envers les institutions de la République, à attiser les divisions au sein de nos communautés locales et affaiblir notre cohésion nationale. 

En illustration de mon propos, je ne peux passer sous silence les nombreuses manipulations médiatiques autour du partenariat stratégique en cours de finalisation entre la République Démocratique du Congo et les États-Unis d’Amérique, concernant la valorisation de nos minerais critiques. Certains discours, parfois relayés sans vérification par une partie de la presse, évoquent à tort un prétendu bradage de nos ressources naturelles. Ces allégations sont non seulement infondées, mais relèvent souvent de campagnes orchestrées pour affaiblir notre souveraineté économique et miner les efforts de repositionnement stratégique de notre pays sur la scène mondiale.

Je tiens ici, devant vous, à réaffirmer solennellement ce que j’ai toujours défendu : jamais je ne braderai les richesses de la République Démocratique du Congo. J’en ai fait le serment devant la Nation, et je m’y tiendrai jusqu’au bout. J’en appelle donc à la conscience des journalistes : dans un contexte aussi sensible, votre responsabilité est immense. Veillez à toujours croiser vos sources, à vous rapprocher des canaux officiels d’information, et à ne jamais vous faire, même involontairement, les relais des ennemis de la Patrie. La liberté d’informer est sacrée, mais elle exige, plus que jamais, rigueur, éthique et loyauté envers la vérité et l’intérêt supérieur de notre Peuple.

Mesdames et Messieurs,

Dans un pays en proie à une guerre d’agression, la désinformation devient alors une arme redoutable. 

Face à cela, que peut faire le journaliste congolais ? Il peut résister. Il peut enquêter. Il peut rétablir la vérité. Il peut rappeler aux Congolais que la dignité d’un peuple commence par la maîtrise de son histoire, par la souveraineté de sa parole, et par la défense de ses intérêts vitaux. 

En ces temps de guerre, la liberté de la presse ne peut être dissociée d’un devoir de responsabilité patriotique. Elle appelle chaque journaliste à faire le choix conscient d’une information qui contribue à la défense de la patrie. Il ne s’agit nullement de travestir la vérité, ni d’imposer une pensée unique, mais d’un engagement lucide et éthique à rapporter les faits, rien que les faits, dans le respect strict de votre code d’éthique et de déontologie professionnelle.

Chers journalistes,

Face au défi auquel notre Nation est confrontée, votre rôle est plus crucial que jamais. Vous êtes les gardiens de la démocratie, les sentinelles de la vérité. Ceux qui, par leur rigueur et leur éthique, peuvent contrer ces vagues de désinformation. Vous êtes surtout les gardiens d’un espoir : celui d’un Congo libre, informé, debout.

À vous, je lance aujourd’hui un appel solennel : soyez les gardiens de notre mémoire collective. Dans les jours sombres, c’est votre plume, votre micro, votre image, qui peuvent ouvrir les chemins de la lumière. Documentez les faits, donnez la parole aux victimes, et refusez de céder à la peur ou à la manipulation. À cet égard, je salue particulièrement les efforts de ceux d’entre vous qui, malgré les risques, continuent de rapporter la vérité depuis le front et les zones sous occupation ennemie. 

Votre action est un pilier de la cohésion nationale ; un rempart contre les discours de haine. Elle est une arme pacifique mais puissante contre les ambitions impérialistes de ceux qui veulent faire de notre pays un champ de ruines et de mensonges. La nation se dressera toujours aux côtés de ses journalistes intègres, de ses médias responsables, et de toutes celles et ceux qui refusent que la vérité soit mise à genoux.

Je me réjouis sincèrement de constater que, bien au-delà des défis actuels, vous demeurez pleinement engagés dans l’esprit des réformes du cadre légal et règlementaire pour l’assainissement de notre espace médiatique.

Dans cette dynamique, je salue, d’une part, l’élection d’un nouveau Comité dirigeant à la tête de l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC), appelé désormais à jouer un rôle déterminant dans la restauration de l’ordre et de la rigueur professionnelle au sein du secteur des médias.

D’autre part, je salue également l’élaboration des textes réglementaires destinés à assurer la mise en œuvre effective des dispositions contenues dans l’Ordonnance-Loi n°23/009 du 13 mars 2023, fixant les modalités d’exercice de la liberté de presse, de la liberté d’information et de la liberté d’émission par la radio, la télévision, la presse écrite ou tout autre moyen de communication en République Démocratique du Congo. Parmi les avancées majeures introduites par cette Ordonnance-Loi, je tiens à mettre en exergue : 

-La clarification de la définition du journaliste professionnel et de l’entreprise de presse ;

 

-La reconnaissance officielle des médias en ligne, communautaires et associatifs ; 

 

-Le renforcement des pouvoirs du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication ainsi que la reconnaissance légale de l’Union Nationale de la Presse du Congo ; 

 

-L’instauration d’un régime de sécurité sociale pour les journalistes ; et, 

 

-La mise en place de mesures de soutien à la viabilité économique des médias, condition essentielle pour garantir leur indépendance. 

Ces progrès sont le fruit d’un dialogue républicain fécond, d’un engagement collectif, animé par la volonté de faire de la presse congolaise un véritable pilier de la démocratie, de la paix et de la cohésion nationale. 

J’en appelle à toutes les parties prenantes : poursuivons sans relâche cet élan de réformes amorcé depuis mon accession à la Magistrature Suprême. Œuvrons ensemble pour qu’il porte davantage de fruits, au service d’une presse réellement libre, indépendante, éthique et professionnelle, respectueuse des règles déontologiques, des bonnes mœurs et des lois de la République.

Il nous revient, dans cet esprit de responsabilité collective, de consolider les acquis, d’approfondir les réformes entreprises et de renforcer notre résilience commune. Car c’est ainsi que nous parviendrons à garantir durablement un environnement médiatique libre, sécurisé et responsable, véritable socle de la vérité, de la justice et de la démocratie en République Démocratique du Congo. 

Je conclus mon propos en rappelant cette évidence : il n’y a pas de paix durable sans liberté de la presse. Il n’y a pas de démocratie réelle sans pluralité de l’information. Il n’y a pas de République forte sans journalistes debout.

En cette journée solennelle, je vous appelle à rester vigilants, solidaires, et résolument engagés dans cette bataille essentielle pour la vérité, la justice et la dignité du peuple Congolais.

Que Dieu bénisse la République Démocratique du Congo, et que vive la liberté de la presse !

Je vous remercie.

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