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Patrick Muyaya donne une leçon de communication en temps de guerre au CHESD
Le samedi 12 avril, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, a troqué le pupitre du gouvernement contre la chaire de l'intelligence stratégique, face à une centaine d'auditeurs du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD). Un rendez-vous de haute portée intellectuelle et politique, centré sur un thème brûlant d'actualité : " Connaissance des médias et communication de crise".
Ce n'a pas été une simple conférence. Mais un véritable exercice de décorticage, un moment de transmission, et aussi d'alerte, livré avec la verve et la précision d'un homme qui a vécu, au front, les soubresauts des crises nationales. Entre expérience personnelle, analyse géopolitique et pédagogie stratégique, le ministre a électrisé l'auditoire avec un discours raffiné.
Communication de crise : l'arme invisible mais décisive
D'entrée de jeu, Patrick Muyaya a posé le cadre : " La communication est comme la sécurité. Elle obéit à une discipline de fer et intervient avant, pendant et après la crise. " Une analogie percutante, qui place la parole au même rang que la Kalachnikov dans la bataille pour la stabilité nationale.
Il a évoqué, non sans émotion, les premières crises qu'il a dû affronter dès sa nomination : l'état de siège à l'Est et l'éruption du Nyiragongo. Deux contextes à haute tension où la parole publique devait rassurer, cadrer et anticiper la panique. " Chaque crise exige sa propre grammaire communicationnelle ", a-t-il insisté.
Devant des stratèges en devenir, le ministre n'a pas mâché ses mots sur les ravages de la désinformation à l'ère numérique. Il a dénoncé la prolifération d'" experts autoproclamés ", ces internautes qui sapent le travail des médias professionnels. " Si vous ne donnez pas la bonne information, vous laissez la place à la mauvaise ", a-t-il martelé.
Et face à cette jungle virtuelle, il a lancé un appel clair : faire confiance aux médias publics la RTNC, l'ACP et aux rares médias privés qui tiennent la barre de l'éthique. Loin de la langue de bois, Muyaya assume son parti pris : la communication doit être offensive, alignée sur la vérité stratégique.
RDC vs Rwanda : guerre hybride, front médiatique
Le clou de son intervention fut sans doute l'analyse percutante du conflit à l'Est, qu'il a qualifié de " guerre hybride ". Selon lui, " le Rwanda mène une guerre économique pour sa survie, utilisant le mensonge comme stratégie d'influence ". Il accuse Kigali d'orchestrer une guerre de l'information, via une armée numérique redoutable et une propagande ciblée, dont les discours de haine ne sont que la partie visible de l'iceberg.
Muyaya a mis en garde : " Le poison rwandais, c'est le mensonge habillé en vérité, distillé dans les cerveaux congolais via des plateformes numériques sophistiquées. "
Une stratégie globale contre une guerre totale
Face à cette guerre multiforme, la RDC, selon le ministre, ne reste pas les bras croisés. " Nous avons ouvert plusieurs fronts : militaire, diplomatique, judiciaire, économique, mais aussi et surtout médiatique ". Une cellule de crise a même été mise sur pied après le discours du Chef de l'État du 29 janvier, pour contrer la désinformation étrangère et ses relais internes.
Le ministre en a profité pour rappeler aux futurs hauts cadres militaires que dans les relations internationales, seuls les intérêts comptent pas l'émotion, encore moins l'apitoiement.
Leçons de crise et appel au sursaut patriotique
Pour clore son propos, Patrick Muyaya a livré une synthèse limpide de la méthode gouvernementale face aux crises : prise de conscience, collecte d'informations fiables, mesure de l'impact, choix des bons canaux, diffusion intensive des messages et évaluation post-crise. " La pire des stratégies, c'est le déni ", a-t-il averti, dans un ton grave mais lucide.
En quittant la tribune du CHESD, le ministre n'a pas seulement partagé un savoir. Il a livré une arme. Celle de la parole maîtrisée, de la vérité bien ficelée, de la riposte médiatique intelligente. Dans une République en proie aux turbulences, cette arme pourrait bien faire la différence.
Et si l'on veut gagner la guerre de demain, il faut d'abord remporter celle des récits.
Jérémie ASOKO