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Patrick Muyaya appelle les étudiants à porter le narratif de la paix
Sous le chapiteau comble de l'Université de Kinshasa, bercée par les ovations des étudiants et des professeurs, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a livré un exposé d'une rare densité, articulant avec force la dynamique de pacification de l'Est de la République démocratique du Congo à celle d'un redressement économique régional fondé sur la transparence, l'intégration et la souveraineté.
Présenté comme un "esprit libre" par le modérateur, Patrick Muyaya a su imposer un discours lucide, informé et résolument tourné vers les solutions structurelles. Au cœur de son intervention : l'accord en cours de finalisation, dont le point 6 évoque une intégration économique bilatérale avec le Rwanda, cristallise à la fois des espoirs et des tensions. Mais le ministre insiste: "la paix durable ne pourra émerger que si elle s'ancre dans une économie régularisée, débarrassée des circuits illicites qui alimentent la guerre".
Dans une approche assumée de souveraineté narrative, Muyaya réaffirme que l'État congolais doit désormais être l'auteur de sa propre histoire, mais aussi l'architecte de son modèle économique. La guerre des récits devient ici la prémisse d'une guerre contre les économies de prédation. "Lorsque l'on coupe les circuits illicites, on coupe aussi les sources de financement de la violence", a-t-il lancé avec fermeté.
L'économie peut unir ce que la politique divise
Au-delà des mots, c'est une vision pragmatique que Muyaya a défendue : bâtir une paix durable grâce à des projets d'intégration économique transfrontalière structurants, à l'instar de ceux de la CPGL dans les années 1970. En évoquant les centrales hydroélectriques comme Ruzizi, ou encore les sociétés comme Cinélac qui alimentent les pays voisins en électricité grâce à des infrastructures congolaises, il rappelle que l'économie peut unir ce que la politique divise.
Mais aujourd'hui, le contexte est plus rude. Les conflits autour des ressources naturelles dans la région des Virunga, l'exploitation illégale du gaz du lac Kivu ou la captation des revenus du tourisme lié aux gorilles congolais par le Rwanda sont des points de crispation majeurs. Pour Muyaya, ces tensions sont les symptômes d'un modèle économique déséquilibré que l'accord vise à assainir.
"Ce modèle va tuer l'économie de prédation..."
L'accord de principe évoqué par le ministre s'inscrit dans une logique de rupture : audit des ressources régionales, traçabilité, transparence et sécurisation des investissements. Les États-Unis, partenaires dans cette démarche, entendent injecter des capitaux dans une économie régularisée, mettant fin aux zones grises qui nourrissent les rébellions.
"Ce modèle va tuer l'économie de prédation actuelle. Le Rwanda n'a pas applaudi l'accord, et ce n'est pas un hasard", souligne Muyaya, allusion directe à la gêne manifestée à Kigali. Selon lui, la stratégie du président Tshisekedi est claire: transformer les conflits en opportunités économiques partagées, mais à partir d'une posture de souveraineté assumée.
Devant un auditoire engagé, Patrick Muyaya a aussi lancé un appel à l'intelligence congolaise : "Vous êtes les petites lumières qui doivent porter ce narratif de la paix". La bataille pour la paix, insiste-t-il, se gagnera autant par les discours que par les comportements économiques. Il annonce une tournée dans d'autres universités du pays pour diffuser ce message stratégique.
À Kinshasa, en ce jour de juillet, ce n'est pas un simple discours politique qui a été prononcé. C'est une esquisse de doctrine économique au service de la paix, portée par une parole d'État. Dans un pays longtemps rongé par l'exploitation illicite de ses ressources, faire du développement un outil de souveraineté devient plus qu'une ambition : une nécessité historique.
Jérémie ASOKO