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Normes urbanistiques : Kinshasa sous le poids de l'anarchie
* Des experts en urbanisme ont tiré la sonnette d'alarme hier lors du café politique organisé par la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung.
Comment améliorer le cadre de vie en République démocratique du Congo face aux défis de la mobilité urbaine, de l'assainissement et de l'aménagement des espaces publics ?" Cette interrogation a résonné avec une intensité particulière hier jeudi 25 juin au Cercle Elaïs de Kinshasa.
Au cours du café politique Uongozi, initié par la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung (FES), en collaboration avec la Dynamique des Politologues du Congo (Dypol), l'affluence a dépassé toutes les attentes.
Alors que 150 personnes étaient pré-enregistrées, ce sont finalement près de 200 participants qui ont répondu à l'appel dans une salle comble où les femmes étaient majoritaires.
L'attention était palpable dès l'ouverture des travaux. Face à cette salle "comble jusqu'à la lie", Christian Moleka, coordonnateur de la Dypol, a salué cet engouement citoyen. Pour lui, l'enjeu est de transformer cette énergie en levier de gouvernance.
Il a rappelé que la Dypol joue un rôle de passerelle, portant auprès des autorités compétentes les points de vue des habitants sur les défis urbains. Selon lui, aucun projet d'assainissement ou de planification ne peut réussir sans "embarquer la population comme un acteur central", sous peine de rester lettre morte.
Le défi de la planification au cœur du débat
Articulé autour de deux panels principaux, le café politique a permis d'approfondir les problématiques majeures de la cité. Le premier panel, consacré aux défis de la planification urbaine, a été enrichi par les analyses de deux experts.
Conseiller au ministère de l'Urbanisme et Habitat, Vanel Mudimbi a apporté un éclairage technique sur les enjeux de l'aménagement durable. Il a été rejoint par Joël Kyana Basila, Directeur adjoint de cabinet de la Ministre déléguée en charge de la politique de la ville, qui s'est plutôt exprimé ici en qualité de président national de la corporation des urbanistes congolais.
Pour Joël Kyana, le constat est sans appel : la ville subit une croissance où l'occupation du sol précède systématiquement la planification. "La planification vient souvent après que les gens ont construit, alors qu'elle devrait précéder la construction", a-t-il martelé, rappelant que l'urbanisme repose sur quatre fonctions essentielles : habiter, circuler, travailler et se divertir, auxquelles il ajoute impérativement la sécurité urbaine.
Rejetant l'argument selon lequel le désordre de Kinshasa serait une fatalité, Joël Kyana a insisté sur la rigueur administrative : "Le permis de construire doit être délivré sur la base du respect des normes et du projet urbanistique, et non simplement par le paiement d'une taxe".
Selon lui, dans une ville dotée d'instruments comme le Schéma d'Orientation Stratégique de l'Agglomération Kinoise (SOSAK), l'octroi des permis doit redevenir un outil de contrôle garantissant la cohérence du tissu urbain.
Des femmes mobilisées pour l'assainissement de la ville
L'intervention de Jeannette Bozingizi, porte-étendard de l'ONG Logos 1er et de l'Agence Congolaise de l'Environnement, a été un moment fort de la journée. Distinguée par l'ambassade des États-Unis avec le prix de la "Femme courage", elle a choisi d'intervenir debout, au milieu du podium, avant d'inviter toutes les femmes de la salle à la rejoindre.
Son plaidoyer, nourri par une expérience de pus de cinq ans à transformer la commune de Kintambo en modèle de propreté, a souligné l'urgence d'agir. "Pour me protéger, je vous protège. Pour ne pas me protéger, je vous détruis", a-t-elle lancé.
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Son combat pour la création de "poumons verts", notamment par la plantation d'acacias, propose une alternative concrète à la densification anarchique, où les constructions en hauteur se multiplient souvent au détriment de la qualité de vie.
Au terme de cette rencontre, le constat est partagé : pour que Kinshasa, plus grande métropole francophone d'Afrique, se réconcilie avec son urbanisme, elle devra bâtir un pont solide entre la rigueur de la planification étatique, telle que prônée par les urbanistes, et la vigilance citoyenne portée par les acteurs de terrain.
Yves Kalikat