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«Mobilisation citoyenne pour la paix»
(Une tribune de Séverin Adjovi)
Aujourd’hui, Séverin Adjovi, ancien Ministre, Député, Vice-président de l’Assemblée Nationale, Maire de Ouidah, Président du club Perspectives 89 et de la table ronde de Versailles et initiateur de la conférence des forces vives de 1990 au Bénin, appelle à la mobilisation pacifiste des citoyens africains. En 2000, le Bénin l’avait distingué du titre de Grande Croix de l’Ordre National du Benin après signature de l’accord de Cotonou pour le Bénin en tant que Président en exercice du conseil des ministres Acp/Ue.
Il y a plus de 2500 ans, le tragédien grec Eschyle vantait les mérites discutables de l’apprentissage de la sagesse par la souffrance. Je ne sais pas si nous sommes devenus sages, mais j’ai la certitude de nos malheurs. Après l’esclavage, les Africains ont subi la colonisation : le remplacement de leurs cultures, l’exploitation de leurs ressources et l’attribution de nationalités arbitrairement décidées à Londres ou à Paris. Puis, il y a eu la «guerre froide» et son cortège de conflits «post-coloniaux».
Aujourd’hui, nous subissons l’explosion des prix des produits alimentaires. Nous payons les conséquences de 12 années de politiques délirantes des banques centrales occidentales. L’Afrique avait-elle une responsabilité dans la production industrielle d’obligations véreuses en 2008 ? Non. L’Afrique a-t-elle eu son mot à dire sur la politique monétaire américaine ou européenne ? Non. L’Afrique est-elle responsable des catastrophes climatiques liées à la «croissance» des pays industrialisés ? Non, mais c’est toujours à nous que l’on présente la facture. La famine guette notre continent, et nous ne devons pas nous résigner à être les victimes éternelles des erreurs ou des fautes des autres.
Cette situation se voit aggravée par la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les cours de produits essentiels au continent africain. Il ne s’agit pas seulement du blé, mais aussi des fertilisants dont nous avons besoin pour assurer notre sécurité alimentaire.
Africains marqués par la souffrance, nous devons participer à l’édification de la paix pour ne pas, une nouvelle fois, subir les funestes conséquences de la politique occidentale sur nos vies déjà éprouvées.
Mais cet appel à la paix en Ukraine n’a de sens que si nous sommes également farouchement déterminés à résoudre les conflits insupportables au sein de notre grand foyer africain. À force de déléguer aux hommes politiques toutes les responsabilités, le citoyen oublie la sienne : être concerné. Je comprends fort bien que les contraintes d’un quotidien souvent extrêmement difficile ne nous engagent pas à porter une attention soutenue aux graves événements internationaux. Cependant, chaque individu, dans cette démocratie que nous appelons de nos vœux, a l’obligation morale d’être un acteur de la vie politique, c’est-à-dire d’être celui qui réfléchit et agit. Il nous faut donc, en tant que citoyens, opérer notre révolution intérieure. C’est ce que je propose à chacun d’entre vous : constituons un groupe de sages, de femmes et d’hommes de paix, pour agir sur le terrain, sous votre contrôle direct. Les réseaux sociaux le permettent : chacun sera quotidiennement témoin du travail accompli, tous pourront donner leurs avis, formuler librement leurs critiques ou leurs encouragements. De la simplicité, de l’action et de l’efficacité.
Les sujets de mobilisation ne manquent pas : la République démocratique du Congo, le Soudan, le Cameroun, la République Centrafricaine, le Burkina Faso, le Mali, et bien sûr, le Niger. La CEDEAO peine, à ce sujet, à prendre une décision potentiellement lourde de conséquences incontrôlables. Au chaos politique qui résulterait d’une intervention armée, à la durée incertaine, viendrait s’ajouter un grand péril sécuritaire. Les groupes terroristes tireraient profit de l’instabilité pour s’enraciner profondément dans le territoire, la société et les esprits fragiles. Le dialogue est la seule option envisageable. Or négocier n’est possible que si l’interlocuteur n’est pas suspecté d’avoir un agenda politique personnel ou d’agir pour le compte d’une grande puissance aux insatiables appétits.
C’est précisément là que nous pouvons intervenir. Nous, simples citoyens d’Afrique, ne représentons que nous-mêmes, nos désirs, nos espoirs et nos craintes. Nous ne sommes les obligés de personne. Nous remplissons donc les critères consubstantiels à la réussite du dialogue de paix. Il ne doit pas manquer un seul Africain pour dire enfin ce qui est vrai et faire ce qui est juste.
C’est la force de notre collectif populaire qui nous donnera le pouvoir de faire entendre notre voix pour obtenir la paix. Le panafricanisme citoyen n’est pas un rêve, c’est une nécessité.