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Le CSAC alerte sur la sous-représentation des femmes dans les médias audiovisuels
Le vice-président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), Bruno Mbolison, a livré hier lundi les conclusions de deux rapports de monitoring sur l’état des médias en RD-Congo. Deux enquêtes, menées respectivement de janvier à février et en avril 2025, qui dressent un tableau préoccupant de la déontologie journalistique, du pluralisme politique, mais surtout de la représentation des femmes dans les médias audiovisuels.
Devant des journalistes, Bruno Mbolison a rappelé que l’objectif de cette rencontre n’était pas de sanctionner, mais de «communiquer des données essentielles» au regard des missions du CSAC, telles que définies aux articles 8 et 9 de sa loi organique. «Le Conseil a pour mission de garantir la liberté de la presse et de promouvoir les valeurs nationales», a-t-il insisté. Parmi ces valeurs, la promotion de la femme, la protection des enfants, des groupes minoritaires et des personnes vivant avec handicap.
Sur un panel de plus de 200 médias répartis dans dix provinces, l’étude a passé au crible trois critères essentiels : le professionnalisme des patrons de presse, l’indépendance des rédactions et le pluralisme des opinions. Bilan en demi-teinte: à peine 49 % des médias garantissent un minimum de diversité politique, et seuls 47% affichent une réelle autonomie de fonctionnement.
«Ces chiffres parlent d’eux-mêmes», a commenté Bruno Mbolison, avant de nuancer: «Le professionnalisme, évalué à 67 %, reste tributaire d’une formation continue encore trop rare».
À travers ce diagnostic, le CSAC tire la sonnette d’alarme: sans indépendance, les médias deviennent les instruments des forces politiques ou économiques, sapant l’essence même de la profession journalistique. «Lorsqu’un média n’est pas libre, c’est la démocratie elle-même qui est en danger», a martelé Mbolison.
Une représentation des femmes encore marginale
La seconde enquête, quant à elle, s’est focalisée sur la représentation des femmes et la prise en compte des thématiques de genre dans les médias audiovisuels de Kinshasa. Là encore, le constat est amer. L’indice global de parité de genre ne dépasse pas 44 %. Plus alarmant encore : l’image de la femme dans les contenus médiatiques est jugée souvent stéréotypée, peu valorisante et rarement équitable.
Seuls 37 % des contenus étudiés véhiculent une image positive des femmes, tandis que 55 % évitent les stéréotypes sexistes. Un progrès modeste, mais insuffisant, surtout à l’ère numérique. Bruno Mbolison a pointé du doigt l’influence des réseaux sociaux, notamment TikTok, où la femme est «surreprésentée à plus de 70%, mais dans des postures souvent sexualisées, réductrices, ou éloignées de toute forme d’expertise».
Il regrette que, sur ces plateformes, «il est rare de voir quatre vidéos d’affilée mettant en scène des femmes en tant qu’expertes, chercheuses, ou professeures d’université. Ce sont souvent des spécialistes de la danse, ou des expressions superficielles». Un phénomène toléré – à tort – sur les réseaux sociaux, mais qui ne devrait pas se normaliser dans les médias traditionnels, selon lui.
Un cadre juridique existant, mais peu appliqué
L’analyse s’inscrit pourtant dans un cadre légal clair. L’article 14 de la Constitution consacre le principe de parité, et la loi n°15/013 de 2015 sur la parité impose une représentation équitable dans les institutions. En matière électorale, des incitations existent, mais sans caractère contraignant. Le CSAC, bien qu’il ne soit pas spécialisé dans la promotion du genre, rappelle qu’il a le devoir de veiller au respect des valeurs humaines, notamment la dignité de la femme, comme l’indique l’article 9 de sa loi organique.
Bruno Mbolison souligne que cette régulation par le genre est d’autant plus cruciale que les médias façonnent les représentations collectives. «Les femmes ne doivent pas être cantonnées à des rôles d’ornement ou de divertissement. Elles doivent être visibles en tant que décideuses, éditorialistes, productrices de contenu, mais aussi expertes dans tous les domaines», a-t-il déclaré, appelant à une révision du contenu et du personnel des rédactions.
Un plaidoyer pour un journalisme sensible au genre
Dans cette perspective, le CSAC plaide pour une généralisation du «journalisme sensible au genre», qui ne se limite pas à la présence numérique des femmes, mais qui garantit leur traitement égalitaire dans l’information. Cela implique de revoir les angles éditoriaux, les formats de reportage, le choix des intervenants, mais aussi la composition des équipes rédactionnelles.
Les analystes du Centre de Monitoring des Médias du Congo (CMMC), qui ont coordonné cette enquête avec l’appui technique de l’Observatorio du PAVI et le financement de l’Union européenne, ont adopté une méthodologie rigoureuse basée sur des standards internationaux. Ils ont mesuré l’utilisation de stéréotypes, l’égalité de visibilité, la pertinence des discours sur les violences faites aux femmes, ou encore l’usage d’un langage inclusif.
Des recommandations claires pour une réforme durable
Le rapport recommande d’intensifier les formations des journalistes aux questions de genre, d’intégrer l’égalité dans les chartes éditoriales, d’encourager la présence des femmes aux postes de direction dans les médias, et d’assurer une régulation plus stricte des contenus sexistes sur les réseaux sociaux.
Le CSAC entend soumettre ces résultats non seulement aux professionnels des médias, mais aussi aux institutions décisionnelles : Parlement, gouvernement central et exécutifs provinciaux. «Il faut que les instruments juridiques cessent d’être de simples chapelets de bonnes intentions», a insisté Bruno Mbolison.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO