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L'AVANT-PROJET D'ACCORD ATTENDU POUR LE 2 MAI : Washington relance le dialogue RDC-Rwanda
*Kinshasa et Kigali signent une déclaration de principes pour la paix, sous le regard de Washington.
Sous l'égide des États-Unis, la RD-Congo et le Rwanda ont signé à Washington DC, le vendredi 25 avril, une déclaration de principes en vue de poser les bases d'un futur accord de paix, dans le cadre du processus de résolution du conflit dans la région des Kivu. Ce document a été signé par les ministres des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner (RDC) et Olivier Nduhungirehe (Rwanda).
Il ne s'agit pas d'un accord de paix à proprement parler, mais d'une déclaration de principes. Celle-ci fixe une échéance au 2 mai 2025 pour la présentation d'un avant-projet d'accord de paix commun, en marge des processus de Nairobi et de Luanda, désormais regroupés sous l'égide de la Communauté d'Afrique de l'Est (CEA) et de la SADC, avec l'approbation de l'Union africaine.
Ce document pose les fondations d'un processus diplomatique structuré autour de plusieurs engagements notamment le respect mutuel de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, l'arrêt du soutien aux groupes armés, la coopération économique et le retour des déplacés.
Trump a salué " une grande avancée "
Si le Qatar a joué un rôle de facilitateur important, notamment en initiant les pourparlers entre Kinshasa, Kigali et le M23/AFC, c'est désormais Washington qui apparaît comme le véritable maître d'œuvre du processus. Quelques heures après la signature, le président Donald Trump s'est félicité de cette "grande nouvelle en provenance d'Afrique ", évoquant un " travail sans précédent "pour la paix, tout en restant évasif sur les détails.
" Des grandes nouvelles en provenance d'Afrique, où je suis également impliqué dans le règlement de guerres et de conflits violents. Je ne sais pas pourquoi tant de ces événements me reviennent, à moi et à mon administration, mais c'est le cas, et nous avons accompli un travail sans précédent pour les régler ou les mettre en position pour la paix. Restez connectés !!! ", a-t-il déclaré dans un message publié sur sa plateforme Truth Social.
Si la médiation américaine est officiellement guidée par le souci de stabiliser la région, elle sert également des intérêts stratégiques évidents. L'Est de la RDC regorge de ressources critiques pour l'industrie technologique et militaire, et Washington semble déterminé à sécuriser un accès privilégié à ces matières premières. Ce, conformément au deal de compromis minerais en échange de la sécurité proposé par la présidence Rd-congolaise à l'administration Trump.
Qatar applaudit
Le Qatar, fortement impliqué dans les récentes médiations, a également applaudi ce développement comme " une avancée positive ". En coulisses, Doha semble s'imposer comme un acteur discret mais décisif dans la diplomatie en Afrique des Grands Lacs.
Mais derrière les sourires diplomatiques de Washington, la méfiance n'est donc pas levée. La RDC, considérée par beaucoup comme victime d'une agression extérieure via le soutien du Rwanda au mouvement M23/AFC, signe ici un engagement qui pourrait être perçu comme un recul sur ses droits. D'après certaines opinions, le fait de s'orienter vers un accord sans mention explicite de réparations pour les préjudices subis, massacres, déplacements forcés ds populations , pillages de ses ressources naturelles est une source de frustration pour une partie importante de la société congolaise et des acteurs humanitaires. Cette approche donne l'impression d'une normalisation de l'agresseur, sans sanction internationale.
Mukwege, la résolution 2773 de l'Onu
Dans les milieux politiques des voix critiques s'élèvent. C'est le cas du prix Nobel de la paix, Denis Mukwege. Dans une déclaration, le célèbre toubib de Panzi à Bukavu rappelle, la résolution 2773 du Conseil de sécurité qui impose déjà le retrait des forces rwandaises et un cessez-le-feu immédiat, sans besoin de nouveaux arrangements. Pour lui, un accord sans réparation des crimes commis " banaliserait l'agression contre la RDC ".
De son côté, le professeur Martin Ziakwau, expert des dynamiques sécuritaires à l'Est de la RDC, dans une interview accordée à RFI, exprime ses doutes sur cet accord de principes. Selon lui, il pourrait bien être un cheval de Troie, permettant aux États-Unis d'asseoir leur influence sur l'Est congolais sous couvert de médiation pacifique, tout en consolidant la position économique du Rwanda, considéré comme un allié plus stable et fiable pour les investisseurs étrangers.
" Les USA pourraient retourner contre la RDC la proposition de compromis sur les minerais, en favorisant indirectement le Rwanda, qui dispose déjà d'une avance dans l'industrialisation minière et la sécurité juridique des investissements. "
Deal matières premières contre sécurité
Selon Ziakwau, les États-Unis utiliseraient la proposition congolaise d'un "deal matières premières contre sécurité" pour favoriser indirectement le Rwanda, qui dispose d'une meilleure infrastructure pour capter les futurs investissements américains. Kigali, déjà en avance avec ses fonderies et raffineries, pourrait ainsi sortir renforcé économiquement et diplomatiquement, sans avoir subi de véritables sanctions pour son rôle dans la déstabilisation de la région.
Ce professeur d'université recommande au gouvernement congolais de faire ratifier tout futur accord par le Parlement, afin de renforcer la transparence, d'associer le peuple aux choix stratégiques et d'éviter de brader la souveraineté nationale dans des négociations précipitées.
Cet accord de principe semble aussi redessiner les lignes de la diplomatie régionale. En effet, à la faveur de l'échec relatif des initiatives sous-régionales portées par l'EAC et la SADC, les puissances extérieures, notamment les États-Unis et le Qatar, ont repris la main sur le dossier, imposant de facto une solution plus internationale que régionale à cette crise.
Christian-Timothée MAMPUYA
DOCUMENT : " Déclaration de principe " entre la RDC et le Rwanda en vue du dialogue pour la paix (texte intégral)
Département d'État des États-Unis
Bureau des Affaires africaines
Le 25 avril 2025
Entre le Gouvernement de la République démocratique du Congo et le Gouvernement de la République du Rwanda (les Participants), en soutien à une voie vers la paix, la stabilité et le développement économique intégré dans l'est de la RDC et la reprise de relations bilatérales normales entre les Participants.
La signature du présent document reflète l'engagement politique des Participants tel que décrit en son sein.
1. SOUVERAINETÉ, INTÉGRITÉ TERRITORIALE ET GOUVERNANCE
* Chaque Participant reconnaît la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'autre et s'engage sur une voie permettant de régler leurs différends grâce à des moyens pacifiques, ancrés dans la diplomatie et la négociation plutôt que par un recours à la force ou à des discours hostiles.
* Chaque Participant reconnaît les frontières territoriales établies de l'autre et s'engage à s'abstenir de toute action ou de tout discours qui menace ou remet en question la validité de ces frontières.
* Chaque Participant reconnaît à l'autre le droit souverain de gouverner et d'administrer son propre territoire d'une façon qui n'enfreint pas la souveraineté ou l'intégrité territoriale de l'autre Participent.
* Les Participants s'engagent à s'abstenir de toute ingérence dans les affaires internes de l'autre.
2. PRÉOCCUPATIONS DE SÉCURITÉ
* Les Participants reconnaissent qu'ils ont tous deux des préoccupations de sécurité légitimes dans la région frontalière qu'ils partagent et s'engagent à remédier à ces inquiétudes d'une manière respectueuse de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des deux Participants.
* Les Participants reconnaissent que la paix, la sécurité et la stabilité sont essentielles afin d'accroître les échanges commerciaux légitimes et la coopération économique régionale au sens large.
* Les Participants reconnaissent leur intérêt partagé à limiter la prolifération de groupes armés non étatiques au sein et à travers leurs frontières et s'engagent à s'abstenir de fournir un soutien militaire d'État à des groupes armés non étatiques.
* Les Participants s'engagent à étudier la création d'un mécanisme commun de coordination sécuritaire afin de lutter contre les groupes armés non étatiques et les organisations criminelles qui menacent les intérêts de sécurité légitimes des Participants.
3. CADRE D'INTÉGRATION ÉCONOMIQUE RÉGIONALE
* Les Participants s'engagent envers un cadre d'intégration économique régionale faisant fond sur les efforts existants, notamment l'ICGLR, la COMESA et l'EAC, qui engendre pour les deux Participants un accroissement du commerce et de l'investissement étrangers associé aux chaînes d'approvisionnement de minerais critiques dans la région, qui renforce la transparence afin de permettre aux deux Participants de tirer davantage de prospérité des ressources naturelles de la région grâce à des partenariats économiques et des opportunités d'investissement mutuellement bénéfiques.
* Les Participants s'attendent à ce que le présent cadre s'accompagne du lancement ou de l'accroissement d'investissements considérables, dont ceux facilités par les autorités et le secteur privé des États-Unis, afin de transformer l'économie régionale dans l'intérêt de tous les pays participants.
* Les Participants s'engagent à envisager des options pour relier le présent cadre à d'autres initiatives internationales ou régionales de développement économique, y compris des projets d'infrastructure.
* Les Participants s'engagent à lancer et/ou à élargir la coopération concernant des priorités communes telles que le développement hydroélectrique, la gestion des parcs nationaux, l'élimination des risques sur les chaînes d'approvisionnement de minerais, et des chaînes de valeur transparentes, formalisées et licites de bout en bout dans le domaine minier (des mines aux métaux transformés) qui rassemblent les deux pays, en partenariat avec les autorités et les investisseurs des États-Unis.
4. RETOUR DES DÉPLACÉS INTERNES ET DES RÉFUGIÉS
* Les Participants s'engagent, avec le soutien des organes de l'ONU et des organisations humanitaires concernées, à faciliter le retour sûr et volontaire des déplacés internes dans leur commune d'origine dans l'est de la RDC après le retour de la paix dans ces zones, et des citoyens de la RDC déplacés par le conflit et actuellement présents au Rwanda ou dans d'autres pays, conformément aux obligations juridiques internationales des Participants.
5. MONUSCO, FORCES ET MÉCANISMES RÉGIONAUX
* Les Participants s'engagent à soutenir la MONUSCO conformément à son mandat et à protéger, à faciliter et à promouvoir la capacité de la Mission à protéger les populations civiles et à s'acquitter de toutes les obligations qui lui sont confiées par le Conseil de sécurité de l'ONU, y compris les fonctions qui contribuent à la mise en œuvre de la résolution 2773 du Conseil de sécurité.
* Les Participants s'engagent à protéger, à faciliter et à promouvoir la capacité de la MONUSCO ainsi que des forces et mécanismes régionaux à agir conformément à leur mandat, y compris, le cas échéant, pour un mécanisme de vérification convenu et une force d'interposition afin de faciliter l'exécution de bonne foi des présents Principes par les Participants et les groupes armés non étatiques.
6. ACCORD DE PAIX
* Conformément aux présents Principes, et dans le droit fil des Processus de Nairobi et de Luanda, désormais fusionnés dans le cadre CEA-SADC, tel qu'approuvé par l'UA avec la facilitation du président Gnassingbé, prenant en considération les discussions de Doha en cours entre le gouvernement de la RDC, le gouvernement du Rwanda et M23/AFC, et en coopération et consultation avec le gouvernement des États-Unis, les Participants s'engagent à se coordonner par l'intermédiaire des voies existantes afin de créer un avant-projet d'accord de paix pour examen commun par les Participants au plus tard le 2 mai.
* Afin de résoudre les désaccords sur le projet d'accord de paix, les Participants conviennent de se rencontrer au niveau des ministres des Affaires étrangères à Washington, une rencontre organisée par le Secrétaire d'État des États-Unis.
Signé à Washington, le 25 avril 2025, en deux exemplaires en langue anglaise.
POUR LE GOUVERNEMENT DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
Thérèse Kayikwamba Wagner, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale
POUR LE GOUVERNEMENT DE LA RÉPUBLIQUE DU RWANDA
Olivier J.P. Nduhungirehe, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale
En témoigne : LE GOUVERNEMENT DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE
Marco Rubio Secrétaire d'État
LISTE DE SIGLES
CAE - Communauté d'Afrique de l'Est
MONUSCO - Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo
ONU - Organisation des Nations Unies
RDC - République démocratique du Congo
SADC - Communauté de développement de l'Afrique australe
UA - Union africaine