Dernière minute
Société
Le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a ordonné à l’Auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) d’ouvrir une enquête judiciaire après la diffusion d’une vidéo montrant de graves violences présumées impliquant des…
Culture
Forum éco
Enjeux de l’heure
* Des voix se lèvent pour la nomination de Lisanga Bonganga, Gabriel Mokia, Yves Kabaidi et Dorcas Adikoko au sein de l'équipe gouvernementale.
Dans l'opinion, les rumeurs sur le…
Étranger
À la tribune du Forum diplomatique d’Antalya 2026, le Président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a livré une intervention dense et structurée, au croisement des enjeux…
Nation
Le Courant des Démocrates Rénovateurs, CDER, avance avec une ligne claire : organiser, structurer et s'unir autour de la vision de son initiateur, Jean-Lucien Busa. Une orientation assumée par ses…
La CENAREF mobilise contre le blanchiment des capitaux
Dans un climat politique et économique tendu où la République démocratique du Congo négocie à la fois un accord de paix historique avec le Rwanda et des partenariats stratégiques avec les États-Unis dans le secteur minier, un autre front, moins visible mais tout aussi capital, s'est ouvert : celui de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
C'est à ce sujet qu'Adler Kisula, secrétaire exécutif de la Cellule nationale de renseignements financiers (CENAREF), a tiré la sonnette d'alarme hier mardi 1er juillet dans la salle Congo, à Pullman Kinshasa, lors d'une table ronde de haut niveau réunissant magistrats, banquiers, régulateurs et experts en criminalité financière. Son message est clair : la RDC doit impérativement accélérer la mise en œuvre de son plan d'action pour espérer quitter la liste grise du Groupe d'action financière (GAFI) et éviter le spectre de la liste noire, aux conséquences redoutables.
Plan d'action de 23 mesures
Inscrite depuis octobre 2022 sur la liste grise du GAFI qui surveille les pays présentant des failles stratégiques en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux, la RDC s'était engagée à corriger le tir à travers un ambitieux plan d'action de 23 mesures à réaliser d'ici mai 2025. Deux ans plus tard, le bilan reste mitigé : 56% des actions sont exécutées, 34% en cours et 8% encore à l'abandon, a reconnu Adler Kisula.
Parmi les avancées notables : l'adoption de la loi sur la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, la désignation de la CENAREF comme autorité de régulation, et la mise en place de textes d'application. Mais des points cruciaux restent en souffrance, notamment l'identification effective des circuits de financement du terrorisme et le renforcement des enquêtes financières.
Le maintien de la RDC sur cette liste grise a déjà des répercussions concrètes. Adler Kisula a rappelé que cette situation freine les investissements étrangers, restreint l'accès aux financements internationaux et menace la stabilité macroéconomique du pays. "La RDC ne peut pas se permettre de figurer aux côtés de pays comme l'Iran ou la Corée du Nord. C'est notre crédibilité internationale qui est en jeu", a martelé le patron de la CENAREF.
Lenteur juridique
Le débat a également donné la parole à des panélistes chevronnés, parmi lesquels Léon Wanguku, responsable de l'audit interne à la Banque Centrale du Congo, et Edmond Isofa, Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa-Gombe. Celui-ci a reconnu les lenteurs judiciaires et appelé à une meilleure collaboration entre services de contrôle et parquet, condition indispensable pour sanctionner efficacement les infractions financières.
Interpellé sur l'absence de sanctions visibles dans des dossiers de détournement pourtant médiatisés, le magistrat a souligné les limites du système actuel : "Ces infractions dites à col blanc se commettent dans l'ombre des bureaux et nécessitent des enquêtes croisées entre services administratifs et justice. Trop souvent, les dossiers n'arrivent même pas au parquet", a-t-il déploré.
Au-delà des critiques, cette rencontre a surtout été l'occasion de réaffirmer l'engagement collectif. Stélas Nima, coordinatrice nationale du Comité consultatif de lutte contre le blanchiment, a salué l'élan de transparence et de pédagogie déployé par la CENAREF, tandis que Paulin Mawa, directeur des entreprises et professions non financières, a insisté sur la nécessité d'impliquer davantage les secteurs économiques dits à risque.
Partenaire technique de longue date, la coopération allemande (GIZ) a été chaleureusement remerciée pour son accompagnement technique et institutionnel.
En septembre, un rapport sur la décision finale de GAFI
La CENAREF a promis de présenter en septembre prochain un rapport d'étape sur les progrès réalisés et sur la décision finale du GAFI. D'ici là, Adler Kisula exhorte les autorités et les secteurs public et privé à redoubler d'efforts : "C'est une course contre la montre, mais c'est aussi une opportunité historique pour renforcer notre dispositif de gouvernance et asseoir une économie crédible et intègre", a-t-il conclu.
Jérémie ASOKO