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Kinshasa : l’Hôpital de Kinkole sous siège, quand la peur remplace les soins
Ce qui devait être un refuge pour les malades s’est transformé en zone de chaos. À Kinkole, l’hôpital général de référence vit des heures sombres, pris en étau entre insécurité, tensions sociales et abandon progressif de ses missions vitales. Dans la nuit du 14 au 15 avril, l’impensable s’est produit à l’Hôpital Général de Référence de Kinkole. Un groupe d’hommes armés de machettes, de flèches et d’autres armes blanches a fait irruption dans l’enceinte hospitalière.
Le service de chirurgie a été directement pris pour cible. Soignants, patients et gardes-malades ont été contraints de se barricader, terrés dans les salles, dans une atmosphère de panique totale. Selon le docteur Mopondo Bokianga Jarama Martin, les assaillants identifiés comme des Kulunas issus des groupes relocalisés de Pakadjuma ont pénétré par effraction, semant la terreur sans toutefois atteindre certains bureaux administratifs.
Depuis plusieurs semaines, la situation ne cesse de se détériorer. Les populations déguerpies de Pakadjuma, installées à proximité ou au sein même de l’hôpital, cohabitent difficilement avec les structures sanitaires. Résultat : affrontements réguliers entre gangs, circulation de stupéfiants, marchés pirates improvisés, insalubrité généralisée, et un climat d’insécurité permanent. Dans ces conditions, le personnel médical n’est plus en mesure de travailler sereinement. « Trop, c’est trop », alertent les agents, dépassés par une situation devenue incontrôlable.
Les échauffourées du 15 avril ont laissé des traces profondes : 2 morts par balle, 12 blessés, dont 3 graves, plusieurs cas de vols visant patients, soignants et stagiaires. Les blessés ont été évacués vers l’Hôpital militaire de Kokolo sur instruction des autorités locales. Mais au-delà des chiffres, c’est une véritable psychose qui s’installe. La majorité du personnel soignant a déserté les lieux, craignant pour sa sécurité.
Cette situation rappelle tristement les violences survenues par le passé à l’hôpital de Kisenso, où des soignants avaient été victimes d’agressions graves. Aujourd’hui à Kinkole, le scénario semble se répéter, avec une intensité inquiétante. Ce qui devait être une solution humanitaire, la relocalisation des déguerpis s’est transformé en une crise sécuritaire majeure.
Et pourtant, cet hôpital est loin d’être ordinaire. L’Hôpital Général de Référence de Kinkole : offre des soins gratuits à plus de 20 000 personnes, fonctionne grâce à un système d’eau de forage, constitue un point d’accès vital pour des populations souvent démunies. Aujourd’hui, ce patrimoine sanitaire est menacé. Ses équipements sont exposés, ses services paralysés, et l’accès aux soins gravement compromis.
Face à cette situation explosive, les appels se multiplient. Le docteur Mopondo, également cadre syndical, plaide pour une intervention rapide et adaptée. Car au-delà de la sécurité, c’est toute la mission de santé publique qui est en jeu. Dans un contexte déjà marqué par des risques sanitaires comme le choléra, laisser un hôpital sombrer dans le chaos serait lourd de conséquences. À Kinkole, la blouse blanche tremble. Entre violences, peur et abandon, l’hôpital vacille. Et avec lui, l’espoir de milliers de patients qui n’ont nulle part où aller. Pendant que la menace d’une occupation totale des lieux plane, une question demeure : combien de temps encore un hôpital peut-il survivre sans sécurité ?
B-One