Dernière minute
Société
Près de 200 étudiants en provenance des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, notamment des zones sous contrôle de l’AFC-M23, ont rejoint l’Université de Kisangani pour poursuivre leur cursus académique. Ce déplacement intervient après la suspension, en août dernier, des activités de plusieurs…
Culture
Forum éco
Sport
Enjeux de l’heure
Au lendemain du réquisitoire de Joseph Kabila contre la gouvernance de Félix Tshisekedi, les réactions n'ont pas tardé à fuser. Du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, au vice-Premier…
Étranger
Des rives du Nil aux pyramides de Gizeh, la capitale égyptienne se dévoile comme une ville de contrastes, où coexistent l'ancien et le moderne. Bruyante, vivante et profondément attachée à son…
Nation
Le Parlement d'enfants de Butembo-Lubero a lancé l'alerte le dimanche 11 octobre 2026. Dans plusieurs écoles de Butembo, au Nord-Kivu, le manque d'eau empêche d'utiliser les dispositifs de lavage…
APRÈS L'ADRESSE À LA NATION DE JKK : Muyaya, Fwamba et Bemba rendent la monnaie de sa pièce à Kabila
Au lendemain du réquisitoire de Joseph Kabila contre la gouvernance de Félix Tshisekedi, les réactions n'ont pas tardé à fuser. Du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, au vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba, en passant par le secrétaire général de l'UDPS, Augustin Kabuya, et l'activiste des droits de l'homme Jean-Claude Katende, les critiques fusent contre l'ancien chef de l'État. Sur le terrain économique, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, défend, chiffres à l'appui, la politique d'endettement du pouvoir actuel.
La passe d'armes entre Joseph Kabila et le pouvoir de Kinshasa est loin de connaître son épilogue. À peine l'ancien président a-t-il achevé son adresse à la nation, le vendredi 9 octobre, que les figures de proue de la majorité présidentielle sont montées au créneau pour lui porter la réplique.
Loin de se laisser impressionner par ce réquisitoire contre la gouvernance de Félix Tshisekedi, les adversaires de Joseph Kabila ont choisi de remettre en cause son bilan, sa crédibilité et ses intentions politiques.
Dans son allocution, l'ancien président congolais de 2001 à 2019 a dressé un tableau particulièrement sombre de la situation actuelle du pays. Dénonçant une République qui, selon lui, ne serait " plus une République, encore moins démocratique ", il a fustigé le tribalisme, le népotisme, la corruption, la misère grandissante et l'opulence d'une classe dirigeante qu'il juge déconnectée des réalités populaires.
Sur le plan sécuritaire, Joseph Kabila a également mis en cause la stratégie du pouvoir dans l'Est du pays, tout en réclamant un dialogue véritablement inclusif. À l'en croire, les accords conclus avec les États-Unis autour des minerais critiques ne sauraient, à eux seuls, garantir l'avenir du pays ni la pérennité du régime en place.
Concluant son intervention sur une note alarmiste, l'ancien chef de l'État a prévenu que "le Congo est en péril", appelant les Congolais à se prendre en charge. Mais dans le camp présidentiel, cette sortie médiatique est loin de faire l'unanimité. Bien au contraire, elle a provoqué une riposte en règle.
MUYAYA DÉPEINT UN "HOMME DU PASSÉ" QUI N'A "RIEN D'AUTRE À OFFRIR QUE LE CHAOS"
Le premier à dégainer est Patrick Muyaya. Le porte-parole du gouvernement n'a pas attendu longtemps pour répondre aux accusations de l'ancien président. Dans une publication sur le réseau social X, le ministre de la Communication et Médias a dressé un portrait particulièrement sévère de Joseph Kabila.
"Un homme du passé, nostalgique des méthodes antidémocratiques, fils-aîné du père (le Rwanda), complice du frère (M23/AFC) et auteur connu des crimes, condamné et sous sanctions américaines", a-t-il écrit.
La charge est lourde. Par ces mots, Patrick Muyaya entend opposer au discours de Joseph Kabila une lecture radicalement différente de la crise congolaise. Là où l'ancien président dénonce les dérives du pouvoir actuel, le porte-parole du gouvernement met en avant les accusations visant son positionnement politique et ses liens présumés avec les adversaires de Kinshasa. Sa conclusion ne laisse guère de place à l'ambiguïté : "Il n'a rien d'autre à offrir que le chaos."
Dans la foulée, Patrick Muyaya a réaffirmé l'engagement des autorités en faveur du processus de dialogue porté par Félix Tshisekedi, présenté comme une voie devant permettre de restaurer la paix et de préserver l'intégrité territoriale du pays.
BEMBA RESSORT LES CONTENTIEUX DU PASSÉ
Jean-Pierre Bemba n'a pas davantage mâché ses mots. Le vice-Premier ministre chargé des Transports et président national du Mouvement de libération du Congo (MLC) s'est, lui aussi, invité dans cette bataille de déclarations, en s'attaquant frontalement à l'ancien chef de l'État.
"Hippolyte Kanambe Kazemberembe, alias Joseph Kabila, votre allocution ne trompe personne", a-t-il lancé dans une déclaration rendue publique le samedi 10 octobre.
Pour Jean-Pierre Bemba, l'ancien président ferait preuve d'une mémoire sélective en venant aujourd'hui dénoncer des pratiques qu'il lui reproche d'avoir lui-même incarnées durant ses dix-huit années au pouvoir.
Le responsable du MLC conteste notamment la légitimité des élections de 2006 et de 2011, tout en évoquant les violences, les massacres, le pillage des ressources nationales et l'impunité qui, selon lui, ont marqué cette période.
"Vous êtes et demeurez un imposteur et un usurpateur", affirme-t-il, dans une charge qui dépasse la simple controverse sur le bilan des deux présidences.
Au-delà des mots, M. Bemba cherche à replacer le débat dans une perspective historique : à ses yeux, Joseph Kabila ne peut prétendre donner des leçons de gouvernance sans répondre des faits qui ont jalonné son passage à la tête du pays.
Cette sortie vient ainsi raviver les antagonismes entre les deux hommes, dont les divergences politiques s'inscrivent dans une histoire longue et tumultueuse.
KABUYA SALUE LA RÉPLIQUE DE FWAMBA ET INTERPELLE LE GOUVERNEMENT
À l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Augustin Kabuya a également pris position. Lors d'une causerie morale organisée le samedi 10 octobre à la permanence du parti présidentiel, à Limete, le secrétaire général de l'UDPS a salué la réaction du ministre des Finances, Doudou Fwamba, aux critiques formulées par Joseph Kabila.
"J'ai beaucoup aimé la réaction du ministre des Finances. Il a réagi spontanément, il a donné des indications, des réalisations", a-t-il déclaré.
Mais son intervention ne s'est pas limitée à un simple satisfecit adressé à l'argentier national. Augustin Kabuya a profité de l'occasion pour exhorter les autres membres du gouvernement à sortir de leur réserve et à mieux faire connaître les réalisations de leurs ministères.
"Passez à la chaîne nationale pour diffuser les images, chacun dans son domaine", a-t-il recommandé.
En filigrane, le responsable de l'UDPS reconnaît la nécessité, pour le camp présidentiel, de mieux occuper le terrain de la communication politique. Face aux critiques de Joseph Kabila, il estime que les membres de l'exécutif doivent non seulement défendre l'action du chef de l'État, mais aussi présenter de manière concrète les résultats qu'ils revendiquent.
FWAMBA DÉFEND UNE DETTE PUBLIQUE QU'IL JUGE SOUTENABLE
Sur le terrain économique, Doudou Fwamba a choisi de répondre aux critiques de Joseph Kabila en s'appuyant sur les indicateurs de la dette publique.
L'ancien président a notamment dénoncé une augmentation de l'endettement de la RDC, dont l'encours dépassait, selon les chiffres avancés, les 18 milliards de dollars américains. Il a également rappelé qu'à son départ du pouvoir, en 2019, le pays disposait, selon lui, d'une situation économique assainie au regard du poids de la dette.
Le ministre des Finances conteste toutefois l'interprétation alarmiste de ces données. Selon lui, une dette publique évaluée à 18,552 milliards de dollars en septembre 2026 ne constitue pas nécessairement un fardeau pour l'économie nationale, dès lors que son niveau demeure inférieur à 20 % du produit intérieur brut.
"Assainir la dette publique est une chose ; utiliser celle-ci comme un levier de financement des infrastructures et des priorités du Gouvernement tout en maintenant sa soutenabilité comme nous le faisons depuis 2019, résulte de la cohérence de l'action publique et d'une vision stratégique", a soutenu Doudou Fwamba.
En d'autres termes, l'argentier national estime que le débat ne doit pas se limiter au montant de la dette, mais porter également sur sa soutenabilité, l'utilisation des ressources mobilisées et les investissements qu'elles permettent de financer.
JEAN-CLAUDE KATENDE DÉNONCE UNE "PROVOCATION"
Dans les rangs de la société civile, Jean-Claude Katende, président de l'Association africaine de défense des droits de l'homme (Asadho), n'a pas, non plus, été convaincu par le discours de l'ancien président.
Dans une publication sur son compte X, le samedi 10 octobre, le défenseur des droits humains a contesté la posture adoptée par Joseph Kabila, estimant que les griefs formulés contre son successeur rappelaient des pratiques observées sous son propre régime.
"Le discours du président Kabila est une provocation. Il faisait la même chose que ce qu'il reproche à son successeur", a-t-il déclaré.
Jean-Claude Katende met ainsi en cause la crédibilité de l'ancien chef de l'État, qui a dirigé la RDC pendant dix-huit ans avant de céder le pouvoir en janvier 2019.
Dans une autre réaction, le responsable de l'Asadho s'est interrogé sur les intentions politiques de Joseph Kabila et sur les moyens par lesquels celui-ci entendrait éventuellement revenir aux affaires. Il a également réaffirmé son opposition à toute démarche qui serait contraire à la Constitution, quelle qu'en soit l'origine.
"L'aventure de 1997 ne se répétera pas", a-t-il prévenu, faisant référence à la chute du régime de Mobutu après l'offensive de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), conduite par Laurent-Désiré Kabila.
Jean-Claude Katende a, par ailleurs, remis en question le bilan de l'ancien président et la crédibilité du processus électoral de 2018, évoquant le rôle joué à l'époque par Corneille Nangaa, alors président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).
AU-DELÀ DES INVECTIVES, LA CRISE CONGOLAISE RESTE ENTIÈRE
Au fil des réactions, le débat prend des allures de confrontation politique où chaque camp entend renvoyer l'autre à ses responsabilités. Joseph Kabila dénonce une gouvernance qu'il juge défaillante, tandis que ses adversaires contestent son bilan et mettent en doute la sincérité de sa démarche.
La question du dialogue national constitue, elle aussi, un point de friction majeur. L'ancien président réclame un processus véritablement inclusif, notamment sous l'impulsion des confessions religieuses. De son côté, le Gouvernement défend la démarche engagée sous l'autorité de Félix Tshisekedi.
Reste à savoir si les protagonistes sauront dépasser les invectives pour engager une confrontation d'idées susceptible de déboucher sur des solutions concrètes.
Christian-Timothée MAMPUYA