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Électricité à Kinshasa : G25 à l'arrêt, eaux en baisse, la SNEL mise sur un bateau de 134 MW
Les coupures d'électricité qui perturbent Kinshasa s'expliquent notamment par l'arrêt du groupe G25 et la baisse du niveau des eaux, selon le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba. Pour desserrer l'étau, l'entreprise annonce une solution d'urgence : une centrale flottante de 134 MW, qui doit permettre de renforcer rapidement l'offre énergétique de la capitale. Mais derrière le déficit de production se pose aussi la question des impayés, notamment ceux de l'État.
Kinshasa manque de courant et la SNEL cherche à reprendre la main. Face à la dégradation de la desserte électrique dans plusieurs quartiers de la capitale, le directeur général de la Société nationale d'électricité, Teddy Lwamba, a exposé lors d'un briefing presse organisé hier jeudi 1er octobre, les difficultés qui étranglent actuellement le réseau.
Au cœur de ses explications : l'arrêt du groupe G25 et la baisse drastique du niveau des eaux, deux facteurs qui réduisent la capacité de production disponible.
"Il y a une baisse drastique du niveau d'eau", a expliqué le patron de la SNEL, précisant que cette situation entraîne l'arrêt de certaines machines. Le phénomène est particulièrement sensible pour un système électrique largement dépendant de l'hydroélectricité.
LE G25 À L'ARRÊT, 193 MW SUR LE RÉSEAU
Autre coup dur : le groupe G25, remis en service en novembre 2025 et ayant permis de réinjecter près de 193 MW sur le réseau, est actuellement à l'arrêt pour des opérations de contrôle technique.
Cette indisponibilité intervient alors que la demande demeure élevée dans la capitale. Entre le 11 juin et le 15 juillet, la SNEL avait atteint un pic d'injection de 700 MW dans le réseau de Kinshasa. Désormais, la puissance disponible oscille, selon Teddy Lwamba, entre 390 et 450 MW.
Pour soutenir momentanément la desserte résidentielle, environ 50 MW sont prélevés chaque soir sur le secteur industriel, a-t-il indiqué.
"Allez-y comprendre que ce gap a un effet sur la ville-province de Kinshasa", a expliqué le directeur général.
LE DÉLESTAGE, UNE SITUATION QUI PÈSE SUR LA VIE QUOTIDIENNE
La conséquence se mesure directement dans les quartiers. Les horaires de desserte deviennent irréguliers, obligeant les ménages et les entreprises à adapter leurs activités aux rares plages d'alimentation.
Selon les explications de la SNEL, les rotations peuvent conduire à de longues périodes de délestage. Dans certains secteurs, les coupures atteignent des niveaux particulièrement élevés.
Une situation qui affecte aussi bien les activités économiques que la vie quotidienne : conservation des produits, fonctionnement des équipements domestiques, recharge des appareils électroniques ou encore activités professionnelles.
UNE CENTRALE ÉLECTRIQUE FLOTTANTE DE 134 MW
Pour répondre rapidement à cette situation, la SNEL mise sur une solution inhabituelle en RDC : une centrale électrique flottante de 134 MW.
Le projet est développé avec Karpowership, spécialisée dans les centrales flottantes. La SNEL a annoncé que cette capacité doit être installée à Matadi afin de renforcer l'alimentation du réseau et, à terme, contribuer à améliorer la desserte de Kinshasa.
"Nous aurons 20 % d'amélioration", a assuré Teddy Lwamba à propos de l'impact attendu sur la desserte.
La solution présente surtout l'avantage de pouvoir être déployée plus rapidement qu'une nouvelle infrastructure hydroélectrique lourde. La SNEL y voit également un moyen de diversifier ses sources de production au-delà de l'hydroélectricité.
LE NERF DE LA GUERRE: LES FACTURES IMPAYÉES
Mais le déficit énergétique n'est pas le seul problème exposé par le DG de la SNEL. L'entreprise doit également composer avec une situation financière qu'il juge difficile.
Teddy Lwamba pointe notamment les factures impayées de l'État, qui représenterait, selon lui, 25 % de la consommation électrique.
"Les instances officielles ne paient pas", a-t-il affirmé, appelant à corriger ce qu'il considère comme une "incohérence institutionnelle".
À cette situation s'ajoutent, selon la direction de la SNEL, les difficultés de recouvrement auprès de certains abonnés et les branchements frauduleux. Ces derniers entraîneraient à la fois une consommation non facturée et une surcharge des installations, avec des risques de pannes et d'incendies.
LE BATEAU-CENTRALE DE 134 MW COMME RÉPONSE
Face à cette équation complexe, la SNEL défend une réponse à plusieurs niveaux : restaurer les capacités momentanément indisponibles, renforcer la production, lutter contre la fraude et améliorer le recouvrement. Le bateau-centrale de 134 MW apparaît ainsi comme une réponse immédiate au déficit actuel, tandis que la question du financement du secteur reste entière. La SNEL plaide notamment pour un mécanisme de soutien public permettant à l'entreprise d'assumer ses obligations de service public tout en fonctionnant comme une société commerciale.
En attendant, les Kinois restent suspendus au réseau électrique. Entre l'eau qui baisse, les machines qui s'arrêtent et les capacités qui manquent, la SNEL cherche désormais du courant jusque sur le fleuve pour éclairer Kinshasa.
Jérémie ASOKO