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Aidée par la Chine : L’Afrique résiste à la guerre commerciale et redessine sa carte des échanges mondiaux
Malgré les nouveaux droits de douane imposés par les États-Unis, les économies africaines accélèrent la diversification de leurs partenaires commerciaux et consolident leur intégration régionale. Porté par la vigueur des échanges avec la Chine, la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et l’ouverture vers de nouveaux marchés, le continent transforme une contrainte extérieure en levier de repositionnement économique.
Le décret signé le 31 juillet par le président américain Donald Trump, instaurant de nouveaux droits de douane sur les exportations de 69 partenaires commerciaux, a rebattu les cartes du commerce international. La plupart des pays africains sont désormais frappés par des taxes de 15 % sur leurs exportations vers les États-Unis, tandis que d’autres, notamment l’Afrique du Sud, doivent faire face à des droits pouvant atteindre 30 %.
Cette offensive protectionniste marque une rupture avec les principes de l’Africa Growth and Opportunity Act (AGOA), qui, depuis vingt-cinq ans, accordait un accès préférentiel aux produits africains sur le marché américain. Désormais, ce mécanisme de coopération laisse place à un régime fondé sur la réciprocité commerciale et des barrières tarifaires plus contraignantes.
LA CHINE S’IMPOSE COMME LE PRINCIPAL PARTENAIRE ÉCONOMIQUE
Pour autant, le choc demeure mesuré. La raison est simple : les États-Unis ne constituent plus le principal débouché commercial du continent. Selon le Rapport sur le commerce africain 2025 de la Banque africaine d’import-export, la part de l’Amérique du Nord dans les exportations africaines est passée de 17 % en 2010 à seulement 7 % en 2023. Les échanges avec les États-Unis ne représentent plus qu’environ 67,4 milliards de dollars, soit près de 5 % du commerce extérieur africain. À l’inverse, l’Asie, l’Europe, le Moyen-Orient et le commerce intra-africain concentrent désormais plus de 90 % des flux commerciaux du continent.
Dans cette recomposition, la Chine s’impose plus que jamais comme le principal partenaire économique de l’Afrique. En 2024, les échanges commerciaux sino-africains ont atteint 295,6 milliards de dollars, un record historique enregistré pour la quatrième année consécutive. Pékin conserve ainsi son rang de premier partenaire commercial de l’Afrique pour la seizième année d’affilée.
Cette relation repose sur une complémentarité économique de plus en plus affirmée. Les matières premières agricoles et minières africaines alimentent l’industrie chinoise, tandis que les investissements, les infrastructures, les équipements industriels et les technologies chinoises accompagnent la transformation économique du continent. Même dans un contexte de tensions commerciales mondiales, les importations chinoises en provenance d’Afrique continuent de progresser, offrant un débouché stratégique aux exportateurs africains.
UN ACCÈS À ZERO DROIT DE DOUANE AUX PRODUITS ISSUS DES 53 PAYS AFRICAINS
Le partenariat a franchi un nouveau cap avec la décision de Pékin d’accorder un accès à zéro droit de douane sur 100 % des lignes tarifaires aux produits issus des 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec la Chine. Pour de nombreux économistes, cette mesure représente une réponse concrète aux incertitudes du commerce mondial. Elle réduit le coût d’accès au marché chinois tout en envoyant un signal politique fort : celui d’un partenariat fondé sur le partage des opportunités de croissance.
Parallèlement, l’Afrique accélère la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), tout en intensifiant ses échanges avec l’Union européenne, l’Inde et les pays du Golfe. Cette stratégie de diversification renforce la résilience du continent face aux chocs extérieurs et favorise l’émergence de chaînes de valeur régionales capables de soutenir l’industrialisation africaine.
L’économiste camerounais Nformi Eugene Tawe estime que cette évolution ouvre une nouvelle séquence pour les économies africaines. «À l’ère du chaos mondial provoqué par la politique commerciale de Donald Trump, l’initiative chinoise offre des opportunités majeures aux commerçants africains», souligne-t-il, invitant le continent à approfondir davantage ses partenariats avec l’Asie.
Loin d’être freinée par la montée du protectionnisme mondial, l’Afrique semble ainsi transformer cette crise en opportunité. En diversifiant ses marchés, en consolidant son intégration économique et en multipliant ses alliances commerciales, le continent pose les jalons d’une nouvelle architecture de son commerce extérieur, plus équilibrée, plus résiliente et davantage tournée vers les grands pôles de croissance du XXIème siècle.
Didier KEBONGO