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(Chronique de Jacques Fumunzanza)
Arbres abattus, espaces verts grignotés : la capitale congolaise voit son patrimoine végétal reculer sous la poussée du béton. Du Boulevard du 30 juin à…
Kinshasa : Requiem pour les arbres
(Chronique de Jacques Fumunzanza)
Arbres abattus, espaces verts grignotés : la capitale congolaise voit son patrimoine végétal reculer sous la poussée du béton. Du Boulevard du 30 juin à Limete, jusqu’à la Baie de Ngaliema et la forêt de Ma-Vallée, les derniers poumons verts de Kinshasa sont sous pression. Kinshasa étouffe sous le béton. À mesure que la ville s’étend, ses arbres disparaissent et ses espaces verts rétrécissent. Pour le chroniqueur de la ville, Jacques Mfumu Nzanza, cette pression urbaine menace progressivement l’identité végétale de la capitale. Une alerte qui remet au premier plan la nécessité de préserver les derniers îlots de verdure et de restaurer les espaces naturels historiques de la mégapole.
FDA
Les arbres kinois ont été tués déracinés, puis éloignés de leurs habitats naturels: les forêts, les jardins botaniques et les parcs. Il y avait également des arbres et des plantes ornementales qui arboraient les grandes artères. Mais ceux-ci ont aussi disparu au profit du béton armé. L'essence la plus représentée était l'acacia. Mais aux côtés de bien d'autres plus exotiques y prospéraient de même.
La protection de la nature et des paysages de la ville est placée sous l'autorité, apparemment théorique, des services urbains de l'Environnement et de la Conservation de la Nature. Ce qui est une très bonne chose. Mais hélas ! Où sont-ils passés en effet, ces services? Et où sont en fait ces arbres placés sous leur protection ? Combien d'arbres compte encore Kinshasa aujourd'hui? Tout comme le décompte des citadins, personne n'est en mesure de donner leur nombre exact. Des millions, certainement. Et insuffisants malgré tout pour une bonne respiration des habitants d'une ville dont la population se compte en une vingtaine de millions.
Il fut un temps où le règlement de la ville interdisait d'abattre un arbre sans autorisation préalable des services ad hoc, même pas celui de sa propre parcelle. Il y a eu Mobutu. Un homme qui rêvait laisser à son nom la réputation d'un grand défenseur de la nature. Sous lui, tout était "présidentiel". Sans doute pour inspirer respect et donner du prestige. Oui, c'est bien Mobutu qui créa la "Ceinture Verte Présidentielle", le "Parc Présidentiel du Mont Ngaliema" et le "Parc Présidentiel de la N'Sele". Le Maréchal-Président du Zaïre avait certainement visité les célèbres jardins londoniens et les parcs français. Il était aussi hanté par la vision des jardins à l'italienne.
Aux origines, à Léopoldville, aujourd'hui Kinshasa, c'est Ferdinand de Boek (De Boeck), qui, le premier, a témoigné son goût pour des espaces verts à l'intérieur même de la ville. Avant De Bock, ce fut Henry Morton Stanley qui planta des manguiers pour donner de l'ombrage au petit marché installé au terminus de la Route des Caravanes. Stanley voulait la Station de Léopoldville, dite Stanley Pool Station, coquette et verdoyante. A l'ouest, du côté de l'Avenue Prince Baudouin, actuelle avenue Kasa-Vubu, fut inauguré en 1938, face au Jardin Botanique et un jardin "zoologique" familièrement appelé "Le Zoo" par les Kinois.
Grâce à sa faune variée, le Zoo était l'autre aire préférée des enfants et des familles qui venaient regarder avec curiosité, amusement, émerveillement et frayeur parfois, des ours, des lions, des léopards, des oiseaux, des crocodiles, des chimpanzés, des serpents, parmi lesquels tenait la vedette le tant célèbre et amusant gorille surnommé "Marcel".
Ces deux jardins, botanique et zoologique, demeurent encore un grand patrimoine écologique. Il faut absolument les restaurer pour le plaisir et la respiration des Kinois, des scientifiques et des environnementalistes.
Sur un autre espace, des jardins botanique et zoologique du Mont-Ngaliema sont des créations mobutiennes. Sur une partie du domaine après la démolition de quelques maisons s'offrait à l'œil une ornementation unique et variée culminant à 75 m. Ce site nouveau se distingue par sa richesse architecturale et florale.
Sur une autre partie du domaine, au flanc nord-est du mont un parc zoologique complète le décor de la nature. Ce parc du Mont Ngaliema n'est plus que l'ombre de ce qu'il était il y a plus de vingt ans.
Il y avait aussi ce que l'on appelait la "Ceinture Verte", des espaces réservés aux activités maraîchères à Bandalungwa, à Cecomaf, au quartier 13 à N'Djili, le long de la rivière Tandis que les constructeurs immobiliers ont de nos jours vite fait d'envahir. D'autres espaces, comme le Bosquet du Palais du Peuple formé d'acacias, de Limba et d'eucalyptus des quartiers 1 et 7 à N'Djili ont longtemps donné de l'ombre et des repères aux quartiers.
Les arbres du Boulevard Lumumba à Limete, et du 30 Juin à la Gombe, ainsi que ceux de l'Avenue Colonel Mondjiba, ont été déracinés au profit du macadam. La promesse de les replanter ici ou ailleurs n'a pas été tenue.
Les arbres fruitiers de Kimwenza, les arbres de la forêt du Cercle Hippique, les arbres du Lac de Ma-Vallée voient leur espace se réduire. Les arbres, vieux de 70 à 100 ans, à la Baie de Ngaliema, ont aussi été abattus pour laisser place à des constructions d'immeubles très imposants.
Grâce à la vigilance des autorités académiques, les acacias et autres espèces du Plateau de l'Université de Kinshasa résistent contre l'abattage et l'occupation anarchique grâce à la construction d'un mur d'enceinte.
Les forêts, elles, tentent désespérément de subsister. À trente kilomètres du centre-ville, dans la commune de Mont-Ngafula, large de 359 km², s'étend la forêt-galerie de la rivière Ngombesi, un affluent de la rivière Lukaya.
En 1958, Paul Hardy, un sujet belge, avec l'aide de trois cents ouvriers, creuse un lac artificiel, profond de 10 mètres. Son inauguration officielle eut lieu le 15 août 1958. C'est le "Lac Hardy". Lequel deviendra le "Lac de Ma-Vallée" à la proclamation de l'Authenticité Zaïroise. Son étendue est de cinq cents hectares, dont 29 hectares de surface lacustre.
En 2002, le parc a accueilli des singes Bonobos, une espèce rare dont la forêt équatoriale de la rive gauche du fleuve Congo, près de Bolobo, est l'unique habitat au monde.
Le domaine de chasse de Bombo-Lumene est un parc et une réserve naturelle de faune et de flore de savane. Il est parsemé de forêts-galeries des deux rivières, Bombo et Lumene, qui ont donné le nom au domaine.
A ce décor végétal et forestier, il ne faut pas oublier d'ajouter cet outre géant et mythique arbre, le Baobab, fréquemment menacé d'abattage par les demandeurs immobiliers.
Il y a trois baobabs identifiés à trois endroits différents de la ville. Le tout premier, plus que centenaire, est celui du Beach Ngobila, à la Gombe. Sa portée historique est méconnue des Kinois. Un deuxième Baobab est celui de l'Avenue de l'Avenir, à la Baie de Ngaliema, à côté de la concession CBCO. Il symbolise le lieu de l'ancien village de Ngaliema qui, le premier, avait signé un pacte avec le Blanc H.M. Stanley, pour l'établissement de la Station de Léopoldville. Le troisième Baobab, de référence, se trouve sur la route de l'Avenue de la Libération, entre Ngiri-Ngiri et Selembao.