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Félix Tshisekedi plaide pour la refondation sociale et patriotique de l'armée congolaise
Face à une jeunesse attentive réunie au stade Tata Raphaël, le samedi 13 décembre, pour clôturer le village des opportunités, le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a dressé un tableau sombre sur l'état de l'armée congolaise à son arrivée au pouvoir. Un récit sans fard, appelant au sursaut patriotique, au cœur du Village des opportunités organisé par le ministère de la Jeunesse et de l'Éveil patriotique.
" Lorsque je suis arrivé à la tête de ce pays, j'ai trouvé une armée de véritables clochards ", a déclaré le chef de l'État, rompant avec le langage convenu. Derrière la formule choc, une réalité longtemps tue : des militaires envoyés au front sans rations, sans solde, sans munitions ni encadrement, sommés pourtant d'accomplir l'impossible. " Et malgré tout, il leur est arrivé de faire des miracles ", a-t-il reconnu, saluant le courage et le sacrifice des soldats du rang.
C'est précisément cette situation, jugée indigne, qui a poussé Félix Tshisekedi à placer la question sociale des militaires parmi ses priorités dès le début de son mandat. Amélioration des conditions de vie, prise en charge des familles, protection des épouses et des enfants : l'objectif, selon le président, était clair. " Permettre aux militaires de se consacrer pleinement à leur mission essentielle : la défense de la patrie. "
" LE PATRIOTISME A QUELQUE PEU DISPARU "
Mais au-delà du sort de l'armée, le discours présidentiel a pris une dimension plus large, celle d'un diagnostic sévère sur l'état du patriotisme en République démocratique du Congo. Pour Félix Tshisekedi, le mal est profond et multiforme. Il se lit dans l'incivisme urbain, visible dans les rues de Kinshasa, autrefois fièrement surnommée Kinshasa-la-Belle. Il se manifeste surtout dans la corruption, qualifiée de " cancer " qui ronge tous les secteurs de la vie nationale.
" Quand vous détournez de l'argent destiné à l'éducation, vous tuez l'avenir du pays. Quand vous détournez des fonds de la santé, vous mettez en péril tout un peuple ", a-t-il martelé, établissant un lien direct entre corruption, insécurité et affaiblissement de l'État.
Dans ce tableau sans complaisance, la jeunesse occupe une place centrale. Majoritaire et porteuse d'espoir, elle est appelée à redevenir le socle du renouveau national. " Le patriotisme a quelque peu disparu, mais il n'est pas trop tard ", a affirmé le chef de l'État, appelant à une réappropriation des valeurs civiques et nationales. À ses yeux, la survie et l'avenir de la nation passent par cette renaissance morale.
En filigrane, le message est clair : la sécurité du pays ne se résume pas aux armes et aux stratégies militaires. Elle commence par la dignité accordée à ceux qui portent l'uniforme, par la lutte contre la corruption et par un engagement collectif en faveur du bien commun. Un plaidoyer à la fois social et politique, dans un contexte sécuritaire tendu, où l'armée reste en première ligne.
Devant les jeunes de Kinshasa, Félix Tshisekedi a ainsi tenté de tracer une ligne de rupture entre l'abandon d'hier et la dignité qu'il dit vouloir restaurer. Reste à savoir si cet appel au patriotisme trouvera un écho favorable et durable, au-delà des mots, dans les actes et dans la conscience collective.
Jérémie ASOKO