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Opposition revigorée : quand la rue rend à l'UDPS la monnaie de sa pièce
La politique congolaise possède parfois un sens de l'ironie déconcertant. Ceux qui ont longtemps vécu de la rue sont aujourd'hui contraints de vivre avec elle.
Pendant plus de trente ans, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a fait des avenues son Parlement, des marches son bulletin de vote et des villes mortes son arme de persuasion massive. Sous Mobutu, sous Laurent-Désiré Kabila et sous Joseph Kabila, le parti d'Étienne Tshisekedi a transformé chaque interdiction en défi politique, chaque répression en carburant populaire et chaque arrestation en tribune nationale. Aujourd'hui, les rôles semblent s'inverser.
La rue qui hier embrassait l'UDPS commence progressivement à lui tourner le dos. Les pavés qui portaient autrefois ses revendications résonnent désormais aux slogans de ses adversaires. Comme un boomerang politique, la contestation revient à son expéditeur.
Les événements du 3 juin et du 12 juin 2026 constituent peut-être les premiers chapitres de ce retournement.
D'abord la journée ville morte. Ensuite le sit-in. Deux séquences politiques qui, indépendamment des débats sur leur ampleur réelle, ont produit un effet inattendu : elles ont remis l'opposition au centre du jeu.
Longtemps considérée comme une opposition en fauteuil roulant, fragmentée, désorientée et privée d'oxygène politique, l'opposition congolaise semble avoir retrouvé les béquilles qui lui manquaient pour se remettre debout. Et le paradoxe est saisissant.
À force de vouloir démontrer sa faiblesse, le pouvoir lui a peut-être offert la preuve de son existence.
En politique, il n'y a pas de meilleur certificat de vie qu'une réaction du pouvoir.
L'OPPOSITION N'EST PLUS ABSENTE
Lorsqu'un régime mobilise son appareil sécuritaire, active ses relais de communication et consacre plusieurs jours à répondre à ses adversaires, il leur accorde involontairement ce qu'ils recherchent le plus : de la visibilité.
L'opposition n'est plus absente. Elle est redevenue audible. Elle est redevenue visible. Elle est redevenue discutable. Autrement dit, elle est redevenue politique.
Le plus frappant est peut-être l'émergence progressive d'un front qui, malgré ses divergences, commence à parler le même langage. Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga, rejoints à distance par Moïse Katumbi et Augustin Matata Ponyo, tentent de construire ce qui leur a longtemps fait défaut : une opposition qui ne soit plus seulement une addition d'ambitions, mais une convergence de contestations.
Certes, nous sommes encore loin de l'époque où Étienne Tshisekedi pouvait mettre le pays à l'arrêt par la simple force d'un mot d'ordre. Le " Sphinx de Limete" incarnait une opposition charismatique, forgée dans l'adversité et nourrie par des décennies de résistance.
À cette époque, les journées villes mortes n'étaient pas seulement observées par les citoyens. Certaines administrations elles-mêmes ralentissaient le rythme. Les mots d'ordre de l'opposition voyageaient plus vite que les communiqués officiels. Cette époque est révolue.
UDPS DÉCOUVRE LES DOULEURS PRESCRITSS À SES ADVERSAIRES
Mais son souvenir continue de hanter la vie politique congolaise. Et c'est précisément là que réside l'ironie de l'histoire. L'UDPS découvre aujourd'hui les douleurs qu'elle a longtemps prescrites à ses adversaires.
Les manifestations qu'elle défendait hier lorsqu'elle était dans l'opposition deviennent des casse-têtes lorsqu'elle est au pouvoir. Les mobilisations populaires qu'elle glorifiait autrefois sont désormais perçues à travers le prisme de l'ordre public. Le costume du contestataire a laissé place aux responsabilités du gouvernant.
Et entre les deux, la rue observe. Silencieuse parfois. Bruyante souvent. Imprévisible toujours.
Faut-il pour autant conclure que le pouvoir vacille ? Certainement pas.
La majorité présidentielle conserve les leviers institutionnels, les moyens de l'État et une implantation nationale considérable. Les manifestations du mois de juin ne constituent pas encore un séisme politique.
Mais elles révèlent quelque chose de plus subtil. Un changement d'atmosphère. Un retour du débat. Une respiration de l'opposition.
Car au fond, le véritable succès de l'opposition n'est pas encore dans les foules qu'elle mobilise. Il réside dans le fait qu'elle recommence à exister dans l'imaginaire collectif.
Et en politique, exister est souvent la première étape avant de convaincre.
Le 8 juillet prochain dira si cette dynamique est un simple feu de paille ou les premières étincelles d'un brasier politique plus durable.
Une chose est néanmoins certaine : après avoir longtemps marché seule, l'UDPS entend désormais les pas de ses adversaires derrière elle.
Et dans la grande course du pouvoir, le bruit des pas est parfois plus inquiétant que la distance qui sépare encore les coureurs.
Jérémie ASOKO