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DANS UNE INTERVIEW ACCORDEE A FRANCE 24, Mgr Donatien Nshole : "Si nous sommes écoutés, on pourra éviter le pire"
Secrétaire général et porte-parole de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), Mgr Donatien Nshole a accordé un entretien à France 24, depuis Nairobi, au Kenya, où il s'est rendu avec d'autres religieux congolais, avec qui il parcourt la sous-région pour trouver une solution à la crise qui secoue l'est de la République démocratique du Congo. Une région où se déploient les troupes du Mouvement du 23 mars (M23), soutenues par l'armée rwandaise.
Déterminée à ramener la paix dans la région par des voies pacifiques, la délégation de l'Episcopat catholique et de l'Eglise du Christ au Congo (ECC) estime nécessaire d'associer aux consultations toutes les parties impliquées au conflit. Y compris, bien entendu, les Congolais qui militent au sein du M23, que les autorités de Kinshasa considèrent comme "des supplétifs du Rwanda".
"Ce sont quand même nos compatriotes… On ne saura pas avoir la paix sans eux", fait remarquer le prélat catholique dans cet entretien diffusé le mercredi 19 février dernier. Ci-dessous l'intégralité de cette interview que le quotidien Forum des As a décryptée pour vous.
Yves KALIKAT et Jérémie ASOKO
France 24 : …La guerre au Nord-Kivu se poursuit maintenant au Sud-Kivu. Pensez-vous que rien ne l'arrêtera ?
Mgr Donatien Nshole : Nous sommes des hommes de foi et d'espérance. Nous pensons que si nous sommes écoutés, et que tout le monde s'engage dans la direction que nous souhaitons ramener nos compatriotes, on pourra éviter le pire.
Vous essayez, avec votre délégation, de forger ce qu'on appelle un Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs. Vous avez présenté cette initiative au chef de l'État, Félix Tshisekedi, le 3 février. Alors, vous dites qu'il vous a encouragé, mais il ne s'est pas vraiment exprimé. Vous a-t-il dit, oui ou non : ''Allez-y ! Allez voir, même mon opposition, même les rebelles, même mes ennemis ?''
En tout cas, il a pris suffisamment du temps pour nous écouter. Il a posé quelques questions d'éclaircissement. Notamment, comment quel rapport faisons-nous avec ce que nous proposons et ce qui se fait au niveau de la sous-région. Et par rapport à la consultation, à l'implication du M23 que nous avons proposée, lui, il a fait une objection. Estimant, en effet, que les M23 ne sont que ''des supplétifs du Rwanda''. Nous, nous avons dit que ''ce sont quand même nos compatriotes qui sont là… On ne saura pas avoir la paix sans eux''. Et nous n'avons pas non plus exclu la possibilité de voir le président Paul Kagame. Donc, il n'a pas dit non. On a justifié notre demande. Et à la fin, il a trouvé que c'était une initiative louable, qu'il appréciait, qu'il accueillait avec beaucoup d'humilité, pour reprendre ses propres mots. Et puis, il a dit : ''Bon, donnez-moi le temps de m'imprégner de votre feuille de route. Le temps que vous consultiez les autres, on pourra se revoir après plus ou moins deux semaines''.
Donc, vous êtes en effet allés voir ceux qu'il considère comme des terroristes avec qui il ne veut pas discuter, le M23. Vous avez vu, à Goma, Corneille Nangaa, le chef de l'Alliance Fleuve Congo, l'aile politique du M23. Vous avez été accusés très vivement par le parti de Félix Tshisekedi d'amener séditieusement à la table de négociation le M23. Comment ça s'est passé avec les rebelles ? Est-ce qu'ils vous ont dit qu'ils étaient prêts à discuter ? Ou est-ce qu'ils veulent aller à Kinshasa, comme Corneille Nangaa l'a dit ?
À en croire leurs paroles, ils sont ouverts à l'initiative qu'ils apprécient. Ils ont promis de nous donner formellement leur cahier de charges. Ils nous ont expliqué les raisons pour lesquelles ils ont pris les armes… Et comme je l'ai dit autrefois, je ne suis pas leur porte-parole pour le dire maintenant. Mais bref, ils étaient ouverts. Et avec les conditions qu'ils ont posées, qu'ils mettront par écrit.
Il y a eu aussi la rencontre avec Paul Kagame. Vous êtes allé à Kigali voir Paul Kagame. Quand on sait les rapports orageux entre lui et Félix Tshisekedi, certains vous accusent, au Congo, de parler avec le diable, avec l'ennemi !
Ecoutez ! N'oubliez pas que nous sommes d'abord des religieux. Il s'agit des églises qui s'engagent au fort de leur foi qui leur demandent même d'aimer les ennemis. Il faut plutôt combattre ce qui les rend nos ennemis et aimer les ennemis. Donc, nous ne parlons pas en termes d'ennemis. Vous allez vous rendre compte que, depuis que la crise a éclaté, contrairement aux années passées, nous n'avons pas condamné le M23 ni M. Kagame. Mais, ce n'est pas qu'on n'a pas des choses à leur reprocher ! Tout comme on n'a pas à reprocher à nos gouvernants ! Parce que nous sommes dans une position où nous voulons que les gens se parlent. Et ce seraient contre-productif d'accuser. Donc, de notre point de vue, les sanctions dans la dynamique que nous engageons seraient contre-positives.
Que vous a dit Paul Kagame lors de cet entretien ? Ça a duré ! Plus de deux heures, d'après mes informations. Est-ce qu'il vous a dit qu'il était prêt à discuter, prêt à rencontrer Félix Tshisekedi ? Ou il vous a dit : ''Ecoutez, moi, je vais continuer à soutenir les groupes que je soutiens en RDC ?''
L'objet de notre entretien, c'était justement de demander son implication pour qu'on trouve des solutions aux problèmes qui se posent par la voie pacifique. On lui a expliqué les tenants et les aboutissants de notre initiative. Il a beaucoup apprécié. Il a même dit qu'il encourage les religieux d'aller de l'avant là où, eux, les politiciens ont échoué à cause de leurs intérêts égoïstes. Il a parlé en ces termes-là. Donc, il a encouragé l'initiative. Et, de son point de vue, il trouve qu'il y a vraiment à se parler entre Congolais. Et puis, au niveau de la sous-région aussi, on peut se parler pour qu'on trouve une solution pacifique.
Est-ce que ça veut dire qu'il est prêt à rencontrer Félix Tshisekedi ? Est-ce que vous lui avez dit que ce serait important ?
Il ne l'a pas dit en ces termes, mais il est ouvert à la dynamique telle que nous l'avons exposé. C'est-à-dire, nous aurons à parler entre nous Congolais. Mais, on devrait avoir une jonction avec ce qui se fait au niveau de la sous-région. Ce qui nous a amenés, entre autres, à venir à Nairobi.
Oui, vous avez donc rencontré le président kenyan, William Routo, qui est à la tête de l'organisation des États d'Afrique de l'Est, qui a été aussi impliqué dans la situation. Est-ce que lui et d'autres que vous avez rencontrés ou que vous allez plutôt rencontrer pensent que vous êtes le dernier espoir parce que les solutions diplomatiques traditionnelles ont échoué ?
Ils n'ont pas parlé du dernier espoir, mais ils pensent que c'est une initiative qui peut beaucoup apporter dans les blocages actuels. Le président Routo, non seulement il nous a encouragés, mais il a promis son implication pour que ce qui sera sorti comme consensus des Congolais soit aussi porté au niveau de la sous-région.
Vous avez aussi rencontré des opposants congolais à Kinshasa, mais aussi à Bruxelles ces derniers jours. On a aussi entendu le président Tshisekedi, non seulement accuser le Rwanda, mais également son prédécesseur Joseph Kabila d'être le grand ordonnateur de ce qui se passe en ce moment à l'Est. Est-ce que dans ce cadre-là, une réconciliation nationale est réellement possible quand on entend ce genre d'accusation ?
Mgr Nshole : Je crois que les politiciens ont leur façon de faire. Nous, comme religieux, société civile, nous avons aussi notre façon de faire. Nous n'avons pas des éléments pour affirmer ce que le président à affirmer. Mais pour nous, il reste essentiel que l'on se retrouve autour d'une table pour se parler et un consensus est possible s'il y a une bonne volonté.
France 24
RD Congo : "On ne saura pas avoir la paix" sans le M23, dit Mgr Donatien Nshole - En tête-à-tête