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Procès du général Philémon Yav : la Haute Cour militaire passe aux plaidoiries malgré le retard du rapport du CNC
À Kinshasa, le procès opposant le ministère public au lieutenant-général Philémon Yav Irung a franchi, hier mardi 21 avril 2026, un tournant décisif devant la Haute Cour militaire. Suspendue dans l’attente d’un rapport clé, la procédure reprend désormais son cours, sur fond de tensions entre les parties et d’incertitudes persistantes.
Face à l’accusé, poursuivi pour trahison et incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir ou à la discipline, le ministère public est représenté par l’auditeur général près la Haute Cour militaire, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi. Au cœur de l’audience : l’examen du rapport du Conseil national de cyberdéfense (CNC), chargé d’analyser les téléphones du prévenu pour y déceler d’éventuelles preuves.
Le document attendu n’a pas été produit
Mais le document tant attendu n’a pas été produit. Dans une correspondance lue à l’audience, le CNC sollicite un nouveau délai, évoquant des contraintes techniques liées au niveau de sécurité des appareils analysés.
«Les difficultés rencontrées à ce stade ne résultent ni d’un manque de diligence, ni d’une inertie, mais exclusivement du niveau élevé de sécurité des terminaux concernés. Un délai complémentaire s’avère dès lors indispensable afin de poursuivre les investigations dans le respect des règles de l’art, des exigences de prudence et des normes procédurales», précise le service.
Une justification qui n’a pas manqué de susciter un vif débat. Le ministère public a pointé l’absence de précision quant à la durée de cette prolongation, tout en rappelant que les difficultés rencontrées seraient en partie liées au refus du général Yav de communiquer les mots de passe de ses téléphones. L’auditeur affirme néanmoins disposer d’autres éléments, notamment des témoignages, dont celui du général Peter Cirimwami.
Face à ces arguments, la défense monte au créneau. Elle dénonce un manque de preuves et appelle la Cour à faire primer le principe de célérité. Pour les avocats du prévenu, détenu depuis quatre ans, il est temps de clore la phase d’instruction et de statuer. Ils affichent leur détermination, allant jusqu’à brandir leurs notes de plaidoirie pour démontrer leur état de préparation.
Le ton se durcit également du côté du parquet, qui promet un réquisitoire «sévère» et se dit prêt à affronter la défense sur le terrain judiciaire.
La cour tranche et renvoie les plaidoiries au 5 mai prochain
Prenant acte de cette impasse, le premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant-général magistrat Joseph Mutombo Katalayi Tiende, a clos le débat en pointant le caractère imprécis de la demande du CNC.
«Le représentant du CNC, vous allez dire à vos chefs que nous avons pris acte de leurs notes, mais nous estimons que le délai est trop vague et on ne sait pas s’y fier, et donc vous allez nous remettre les objets qui vous ont été envoyés pour expertise», a-t-il déclaré.
Conséquence immédiate : la Cour décide de passer à l’étape suivante du procès. Le réquisitoire du ministère public et les plaidoiries de la défense sont fixés au 5 mai 2026, marquant l’entrée dans la phase décisive de cette affaire.
Arrêté en septembre 2022, Philémon Yav Irung, ancien commandant de la troisième zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo, est soupçonné d’avoir entretenu des liens avec l’entourage de James Kabarebe. Cette zone stratégique couvre plusieurs provinces de l’Est, théâtre de tensions sécuritaires récurrentes.
Surnommé «le Tigre», le général Yav est également au cœur de débats politiques plus larges. Certaines figures, dont Joseph Kabila, évoquent une supposée marginalisation d’officiers issus du Grand Katanga sous l’ère Félix Tshisekedi une thèse rejetée par l’armée, qui affirme agir strictement dans le cadre de la loi.
À mesure que l’échéance du 5 mai approche, ce procès dépasse le seul cas individuel du général Yav. Il s’impose comme un test majeur pour la justice militaire congolaise, entre exigence de vérité, pression politique et impératif de crédibilité institutionnelle.
Jérémie ASOKO