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Contribution au combat contre la recrudescence de la haine tribale dans la province du Haut-Katanga
(Par Edouard Umba Ilunga, Analyste politique)
1. La cohésion nationale est l’affaire de tous.
Mon point de vue sur cette situation aux ingrédients explosifs est exclusivement motivé par la conviction selon laquelle la cohésion nationale, étant la condition sine qua non du développement national, chaque congolais, où qu’il se trouve, se doit d’apporter sa contribution à sa préservation au mieux de l’intérêt général.
C’est dans cette perspective qu’en ma qualité de patriote pacifique, je me sens interpeller par l’Association congolaise pour l’accès à la Justice (ACAJ), présidée par Me Georges Kapiamba, l’un des pionniers des mouvements associatifs de défense des droits humains dans notre pays. C’est à ce titre qu « il invite ses compatriotes, de bord opposé, à dégager un consensus pour combattre la recrudescence de discours de haine et la flambée du tribalisme dans le pays». Ce qui, pour en parler en termes explicites, s’adresse plus particulièrement à la province du Haut-Katanga où le fléau du tribalisme lui semble s’être manifesté sous une forme tellement inquiétante que le Chef de l’État, qui est le garant constitutionnel de l’unité et de la cohésion nationales, a dû prendre l’initiative de tenir, en avril dernier, une Table ronde interprovinciale axée sur la paix, le vivre-ensemble et la réconciliation entre katangais et kasaiens au Katanga. Il a donc saisi cette occasion pour rappeler solennellement aux uns et aux autres la tolérance et le respect mutuel qui impliquent d’accepter de laisser les membres d’une communauté venue d’ailleurs pratiquer leurs cultures ancestrales qui les distinguent de celles des communautés autochtones.
L’ennui est qu’à l’issue de six jours de ces travaux, ayant donné lieu à des échanges d’arguments contradictoires, ces assises interprovinciales, appelées à faire, en toute objectivité, un diagnostic exhaustif aux fins d’une thérapie appropriée, ont accouché d’une proposition de paix à laquelle seule la partie Kasaïenne semble avoir souscrit sans la moindre réserve. Quant à la partie katangaise, sentant le rapport des forces en présence en sa défaveur, elle semble avoir officiellement donné son approbation de façade derrière laquelle on la voit ravaler ses revendications, tout en continuant, au fond d’elle-même, à camper sur ses positions initiales.
C’est parce que l’on s’en est aussitôt rendu compte que S.E Mgr Fulgence MUTEBA, l’Archevêque Métropolitain de Lubumbashi, a pris l’initiative de tenir, dans cette même ville, du 17 au 19 Mai 2022, un autre Forum pour l’unité et la réconciliation des katangais.
Sans vouloir porter un jugement prématuré sur le sens politique de ce deuxième Forum, il me semble qu’il est, à première vue, une tentative de déplacer le curseur pour indiquer, à l’opinion publique tant nationale qu internationale, le lieu où se situerait, selon ses organisateurs, le vrai problème à résoudre alors que, de toute évidence, il se pose ailleurs. Mais quoi qu’il en soit, face à l’ambiguïté de la situation qui en résulte, des deux choses l’une:
Soit, on prend acte du consensus qui s’en dégage en faveur du maintien du statu quo, on sable le champagne pour fêter la signature de la paix des braves et après la fête, chacun rentre chez soi avec la satisfaction du devoir accompli. Ce qui, à l’analyse, revient à faire la politique de l’autruche qui, selon la légende, refusant de regarder attentivement le danger qui le guette, cache sa tête sous le sable espérant ainsi échapper au péril qu’il court et qui menace sa sûreté.
Soit, au contraire, on prend le taureau par les cornes, on s’efforce d’aller au-delà des apparences cherchant à savoir pourquoi, après une si longue période de vraie accalmie au bénéfice des uns et des autres, on assiste soudainement à la montée, dans le Haut-Katanga, des tensions alimentées par une cohabitation devenue difficile entre les communautés katangaise et Kasaïenne. Tensions toujours en surchauffe en Afrique en période préélectorale.
A ce propos, à mon humble avis, choisir la première proposition, qui est celle de la facilité, équivaudrait à opter pour «la raison du plus fort qui, étant toujours la meilleure», est le propre de tout régime dictatorial.
Ce qui, heureusement, me semble inconcevable dans une démocratie comme la nôtre, doublée d’un État de droit qui est l’une des priorités du quinquennat du Président Félix Antoine Tshisekedi et dont le grand mérite est de toujours se référer aux enseignements de l’histoire en vertu desquels on sait que la soumission de la partie la plus faible de l’une des composantes d’un peuple à la loi du plus fort a toujours été une solution temporaire qui risque, à la longue, de menacer la cohésion nationale qui est un bien commun que chaque congolais, à son niveau de responsabilité, se doit d’en préserver les conditions au mieux de l’intérêt général.
Il est clair que, face à la montagne de problèmes d’incompréhension réciproque que cette situation, à haute charge émotionnelle, représente, il ne faut surtout pas se laisser aller au découragement. Car, on a beau, aujourd’hui, prêcher dans le désert, les années à venir en diront long.
2. Le respect des équilibres existants.
Une bonne lecture objective de cette situation conflictuelle en vue d’aider à corriger ce qui doit l’être révèle qu’une paix forcée ou imposée par un abus de position dominante, voire même hégémonique donne toujours aux extrémistes de toute espèce, tapis dans l’ombre, de la partie qui se sent lésée dans ses intérêts l’occasion rêvée de fourbir secrètement leurs armes, attendant impatiemment le jour où le pouvoir changera de main, pour passer à l’action, traquer inlassablement leurs soi-disant fauteurs de troubles et faire inutilement couler le sang des innocents.
Il est, à cet égard, regrettable que les participants à la Table ronde interprovinciale entre les ressortissants du Grand Katanga et ceux du Grand Kasaï, dont la mission première était de s’en préoccuper, aient pu choisir d’ignorer, à dessein, les leçons de l’histoire sur ce point précis.
Ce qui est d’autant plus incompréhensible que la cohésion nationale, à laquelle chacun de nous est attaché comme à la prunelle de ses yeux, suppose toujours le respect des équilibres socio-économiques à préserver à tout prix de façon à ce que chaque congolais, où qu’il se trouve, puisse se procurer dans sa province d’habitation des opportunités d’affaires ou d’emploi pouvant lui permettre de contribuer dans son secteur d’activité à son développement, d’envisager son avenir avec confiance et même de jouir du bien-être auquel il aspire si profondément, qu’il ne ressent plus le besoin d’aller à l’aventure ailleurs en quête des moyens de concrétiser son espoir d’une vie meilleure.
Ce qui, de façon plus explicite, revient à dire qu’à l’intérieur de chacune de nos 26 provinces, le déplacement de ses ressortissants d’une région à une autre est un droit fondamental dont l’exercice leur est juridiquement garanti. La liberté de mouvement de chacun d’eux devant s’exercer, sur toute l’étendue du territoire national, sans entraves.
Mais comme il n y a pas de règle générale sans exception, il convient de préciser que cette liberté de mouvement ne doit s’exercer qu’à condition de le faire dans le respect des équilibres socio-économiques existants, fondés sur des mécanismes de régulation destinés à assurer la cohabitation pacifique des différentes composantes de la population provinciale ayant des traditions culturelles radicalement différentes.
C’est la raison pour laquelle dans tous les pays du monde, il existe des lois sur l’immigration qui, en fonction des fluctuations de la conjoncture économique, trient sur le volet, favorisent ouvertement ou, au contraire, restreignent l’entrée, dans le pays concerné, des étrangers qui viennent s’y établir généralement pour y trouver un emploi.
Lorsque ce mouvement d’immigration s’inscrit dans les limites de la capacité d’absorption de ces nouveaux arrivants par l’Économie nationale, leur intégration se fait généralement sans aucun accroc sérieux.
Mais dans le cas contraire, on assiste à l’éclosion des mouvements d’extrême droite qui imputent aux étrangers la responsabilité de tout ce qui va mal dans le pays, plus particulièrement dans les domaines de l’augmentation du taux de chômage et celui de la criminalité, et qui militent, pour y remédier, pour leur retour dans leurs pays respectifs dans les plus brefs délais.
C’est ce qui se voit, au rythme de la dégradation de leurs vies économiques, dans bon nombre de pays occidentaux et même d’Afrique, comme récemment en Afrique du Sud.
Face à ce drame humain, à l’exception des protestations de principe pour se donner bonne conscience entendues ici et là, rares sont ceux qui dans le monde crient à la discrimination raciale ou à la xénophobie à la vue du monde occidental qui se barricade chez lui par peur d’être submergé par cette foule immense de candidats à l’immigration qui ne reculent devant rien et qui bravent tous les dangers imaginables de la traversée de l’Atlantique et de la Méditerranée juste pour pouvoir gagner leurs vies à la sueur de leurs fronts dans l’un ou l’autre pays occidental qui accepte de les accueillir et de régulariser leurs situations administratives. Ce qui, généralement, se fait en faveur d’un nombre raisonnable d’entre eux à l’exclusion du plus grand nombre, en fonction de la recevabilité des dossiers et de la capacité d’accueil de chaque pays concerné.
C’est en vertu de cette loi de la sélection politique que Mr Boris Johnson, Premier Ministre britannique, a récemment demandé et obtenu de son homologue rwandais, Paul Kagame, de lui envoyer son trop plein de demandeurs d’asile, en provenance de tous les coins à problèmes de la planète, dont son pays ne sait que faire, moyennant une rétribution annuelle de 144 millions d euros.
A cet effet, il importe de préciser que le Rwanda n’en est pas à son premier coup d’essai, s’étant déjà illustré dans ce domaine en acceptant de recevoir, en échange des espèces sonnantes et trébuchantes, des demandeurs d’asile en provenance d’Israël.
Mais pour revenir à nos moutons, si Mr Boris Johnson s’est illustré par la violation flagrante des règles fondamentales du droit d’asile, ce n’est ni par racisme, ni par xénophobie ou encore moins par inhumanité mais plutôt par crainte d’une déstabilisation de la vie interne de son pays, déjà économiquement compliqué du fait de l’apparition soudaine d’une multitude de nouveaux réfugiés qui viendraient perturber le marché de l’emploi au risque d’affecter le niveau de vie des britanniques et, par voie de conséquence, de compromettre ses chances de réussite électorale dont dépendent sa vie politique et celle de son parti.
3. Gouverner, c’est prévoir.
Il résulte de ce qui précède que c’est le fait de n’avoir pas tenu compte des mécanismes destinés à réguler les équilibres nécessaires à la cohabitation pacifique avec les communautés autochtones qui est la source des maux dont on se plaint. Ce qui, d’ailleurs, ne peut être reproché aux nouveaux arrivants dans la mesure où lorsqu’une maison habitée brûle la nuit et est consumée par les flammes, il est normal que ses occupants se précipitent chez leur plus proche voisin y trouver refuge sans se préoccuper de quoi que ce soit d’autre.
Il n’empêche que plus cet hébergement forcé de ces sinistrés perdure, plus le mode de vie de ceux qui leur ont généreusement offert l’hospitalité subit le contrecoup de ce désastre et plus des mécontentements, sous diverses formes, se manifestent dans une maison où la promiscuité fait que ses occupants se marchent sur les pieds. Car les équilibres internes qui existaient, avant cet événement tragique, à la satisfaction générale, ont déjà été brutalement rompus au détriment de ceux qui auraient pu, sans la survenance des conséquences tragiques de ce sinistre, continuer sereinement à mener une vie normale.
On peut donc en déduire que c’est beaucoup moins le tribalisme que le non respect des équilibres aussi rassurants que sécurisants qui existaient qui est la source d’escalade des tensions intercommunautaires dues à l’exode massif des Kasaïens vers la province du Haut-Katanga qui soulève chez les autochtones des interrogations préoccupantes, fait couler beaucoup d’encre et de salive et auxquelles les participants à la Table ronde du mois d’avril dernier étaient sensés apporter des réponses appropriées et apaisantes pour chacune des parties en conflit.
Car, à force de faire la politique de l’autruche, on court, malheureusement, le risque, au cas où les circonstances s y prêteraient, de laisser le champ libre aux extrémistes de tout poil qui nous feront voir de quel bois ils se chauffent. Ce qui, malheureusement, implique toujours de faire couler le sang des innocents. Comme ce fut le cas, hier, au Katanga, de 1960 à 1962 avec l’opération «Kifiakiyo » et de 1992 à 1994 avec l’opération «Bilulu».
Il est, à ce propos, à noter que celle-ci avait été pilotée par deux hommes de paille katangais du Maréchal Mobutu, Mr Jean Nguz Karl-I-Bond et Mr Gabriel Kyungu Wa Kumwanza qui éprouvaient une haine viscérale à l’encontre de Mr Étienne Tshisekedi Wa Mulumba et les membres de sa communauté Kasaïenne qui étaient pour lui, dans son combat politique, d’un très grand soutien à leur détriment. Ce n’était donc pas par tribalisme puisque la première femme de Mr Nguz Karl-I-Bond étaient Kasaïenne avec laquelle il avait eu 5 ou six enfants. Il en a été de même, sauf erreur de ma part, pour Mr Gabriel Kyungu Wa Kumwanza qui figurait parmi les treize parlementaires qui, au péril de leurs vies, avaient eu le courage d’engager un combat acharné pour la démocratie.
La preuve en est que trente ans plus tard, alors que l’émotion était toujours vive et les plaies morales toujours ouvertes, le même Gabriel Kyungu Wa Kumwanza, en dépit de son rôle de premier plan joué, sans état d’âme, dans l’épuration ethnique des Kasaïens du Katanga, deviendra, contre toute attente, jusqu’à la fin de sa vie, le meilleur allié politique dans le Haut-Katanga du Président Félix Antoine Tshisekedi.
Il est clair que cette alliance politique insolite ne s’est pas construite sur une base morale solide génératrice de la paix du cœur et d’une réconciliation sincère mais plutôt a été le fruit d’une stratégie politique adaptée aux circonstances du moment. C’est cette nécessité d’adaptation permanente qui explique le fait que, partout en Afrique, lorsque les leaders politiques s’entendent sur le mode de gestion et de partage du pouvoir étatique, les membres de leurs communautés respectives s’entendent également et travaillent main dans la main. Édouard Umba Ilunga Analyste politique.