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Autopsie d’un expert en environnement, Kinshasa : la prolifération des forages, une solution à la pénurie d’eau potable et une menace potentielle
A Kinshasa, la pénurie d’eau potable se pose avec acuité dans plusieurs quartiers de la ville. Pour rémedier à ce déficit, des particuliers recourent en masse à l’implantation des forages dans les quartiers résidentiels, bien souvent dans l’enclos de leurs parcelles. Jugée salutaire, cette solution est loin de sécuriser à 100% les populations bénéficiaires, quoi qu’elle répond à plusieurs besoins des ménages. L’implantation des forages requiert un strict respect de normes pour procurer de l’eau potable à la consommation et respecter l’environnement, de peur de provoquer des effets nocifs, si le suivi n’est pas garanti, estime Lambert-Joseph Mwamba, ingénieur et expert en génie environnemental. Diplômé de l’Institut Supérieur de Techniques Appliquées (ISTA/N’DOLO), il éclaire la lanterne des lecteurs de «Forum des As» à travers cette interview exclusive.
La pénurie en eau potable se pose avec acuité en République démocratique du Congo. Pour faire face à ce déficit, la population recourt de plus en plus aux forages. A Kinshasa particulièrement. Cette option vous semble-t-il adéquate en ce moment?
La pénurie d’eau potable en République démocratique du Congo est effectivement un problème majeur, particulièrement à Kinshasa, où l’accès à l’eau potable est très limité. Bien que le pays dispose de vastes ressources en eau douce, la majorité de la population n’a pas accès à une eau potable de qualité, ce qui entraîne des conséquences graves sur la santé publique et le développement.

Recourir aux forages pour accéder à l’eau potable peut sembler une solution adéquate dans le contexte actuel. Car, cela permettrait de puiser dans les nappes phréatiques, qui représentent une part significative des ressources en eau renouvelables du pays.
Cependant, plusieurs facteurs doivent être pris en compte : Les forages nécessitent un entretien régulier et peuvent tomber en panne. Ce qui pose un problème pour un approvisionnement constant. Il est crucial de mettre en place des systèmes de maintenance pour garantir leur fonctionnalité à long terme.
Par ailleurs, l’eau des nappes phréatiques peut être contaminée par des polluants, notamment dans les zones urbaines où l’infrastructure est insuffisante. Il est donc essentiel de s’assurer que l’eau extraite est potable et ne présente pas de risques pour la santé.
En outre, l’extraction excessive d’eau des nappes phréatiques peut entraîner des problèmes environnementaux, comme l’assèchement des sources et la dégradation des écosystèmes. Ce qui est contraire à la loi n°15/026 du 31 décembre 2015, relative à l’eau, notamment en ses articles 98 à 101 qui traitent de la protection des écosystèmes aquatiques.
Les forages doivent être accessibles à toutes les communautés, y compris les plus défavorisées, pour éviter d’aggraver les inégalités en matière d’accès à l’eau.
Bien que les forages puissent constituer une solution temporaire pour pallier la pénurie d’eau potable à Kinshasa, il est impératif d’accompagner cette option de mesures de gestion durable, de contrôle de la qualité de l’eau et d’entretien régulier. Une approche intégrée qui combine forages, sensibilisation à l’hygiène et amélioration des infrastructures d’eau potable serait idéale pour répondre aux besoins de la population de manière durable.
L’eau des forages est-elle propre à la consommation ?
L’eau des forages n’est pas automatiquement propre à la consommation. Bien qu’elle provienne de nappes phréatiques, elle peut contenir des contaminants, tels que des bactéries, des parasites ou des éléments chimiques nocifs qui peuvent nuire à la santé, si elle est consommée sans traitement préalable.
Avant de consommer l’eau d’un forage, il est essentiel de procéder à une analyse physico-chimique et bactériologique pour s’assurer qu’elle respecte les normes de qualité de l’eau potable.
Même si l’eau semble claire et limpide, cela ne garantit pas qu’elle soit exempte de contaminants. Des facteurs comme le stockage, la protection insuffisante ou le manque d’entretien peuvent détériorer la qualité de l’eau.
Tout propriétaire d’un forage destiné à la consommation humaine doit s’assurer que l’eau est potable et doit faire analyser l’eau régulièrement.
En résumé, pour que l’eau d’un forage soit considérée comme propre à la consommation, elle doit être soigneusement analysée et traitée si nécessaire.
Quelles sont les conditions requises pour que l’eau des forages soit propice à la consommation dans les ménages ?
Pour que l’eau des forages soit propice à la consommation dans les ménages, plusieurs conditions doivent être respectées.
Il faut veiller avant tout à la qualité de l’eau. Ce qui sous-entend, l’analyse physico-chimique et bactériologique. Avant donc toute consommation, il est crucial de réaliser des analyses physico-chimiques et bactériologiques pour vérifier la présence de contaminants, tels que des bactéries, des nitrates, ou d’autres polluants chimiques. Ces analyses permettent de s’assurer que l’eau respecte les normes de potabilité fixées par l’OMS.
Il faut, en deuxième lieu, tenir compte de la construction et de l’entretien du forage. Le forage doit être effectué par des experts qui respectent les normes de construction. Cela inclut des techniques appropriées pour éviter la contamination de l’eau.
Il faut donc un entretien régulier. Un suivi et un entretien réguliers du forage sont nécessaires pour garantir que l’eau reste propre et potable. Cela inclut la vérification de l’intégrité du forage et la prévention de toute contamination extérieure.
En troisième lieu, il est nécessaire de se faire une déclaration et de se conformer à la réglementation. Une déclaration à la mairie s’impose. Tout forage destiné à un usage domestique doit être déclaré auprès des autorités locales. Cela permet de surveiller l’impact sur les nappes phréatiques et d’assurer une gestion durable de la ressource.
Il faut, par ailleurs, le respect des réglementations environnementales. Les forages doivent, en effet, être conformes aux réglementations en matière de protection des ressources en eau, afin de minimiser les risques de pollution.
La quatrième condition à respecter, c’est l’utilisation appropriée. Utilisation pour des besoins domestiques. L’eau des forages doit être utilisée principalement pour des besoins domestiques, tels que la consommation humaine, l’hygiène et les soins.
Il est important de ne pas utiliser cette eau pour des activités qui pourraient compromettre sa qualité, comme l’arrosage de jardins traités avec des pesticides.
Pour que l’eau des forages soit propre à la consommation dans les ménages, il est essentiel de garantir sa qualité par des analyses régulières, de s’assurer que le forage est réalisé et entretenu correctement, de respecter les réglementations en vigueur, et de l’utiliser de manière appropriée.
Etes-vous d’avis que nombre de forages disséminés à Kinshasa sont érigés selon les normes ?
Il est difficile de dire avec certitude si la majorité des forages à Kinshasa sont érigés selon les normes, car plusieurs facteurs entrent en jeu.
De nombreux forages sont réalisés de manière artisanale, souvent sans respecter les normes de construction et de sécurité. Cela peut entraîner des problèmes de qualité de l’eau. Car, ces forages ne sont pas toujours conçus pour éviter la contamination par des eaux superficielles ou d’autres polluants.
En effet, l’eau provenant de ces forages peut ne pas être potable, car le creusage s’arrête souvent à la nappe phréatique, ce qui expose l’eau à divers contaminants.
La situation d’accès à l’eau potable à Kinshasa est critique, avec une grande partie de la population qui se tourne vers ces forages en raison de l’insuffisance des services de distribution d’eau. Cela crée une pression pour forer rapidement, souvent au détriment des normes de qualité et de sécurité
Bien que les forages soient une solution nécessaire face à la pénurie d’eau potable à Kinshasa, beaucoup d’entre eux ne sont pas érigés selon les normes requises. Ce qui pose des risques pour la santé publique. Il est donc essentiel d’améliorer la réglementation et la supervision de ces installations pour garantir la sécurité de l’eau consommée par la population.
Quelle est la profondeur scientifiquement recommandée pour puiser de l’eau propice à la consommation ?
La profondeur recommandée pour puiser de l’eau propice à la consommation dépend de plusieurs facteurs, notamment la qualité de l’eau et la géologie locale. En général, il est conseillé de réaliser des forages à une profondeur d’au moins 50 à 70 mètres pour garantir que l’eau soit propre et potable.
À cette profondeur, on accède souvent à des nappes phréatiques moins susceptibles d’être contaminées par des polluants de surface. Un grand nombre de puits modernes sont des puits forés qui sont creusés par percussion d’un outil dans le sol ou par l’action rotative d’un outil coupant (tarière, foreuse, trépan), tournant autour d’un axe vertical. Outil qui brise et mâche les roches dont les résidus sont remontés le plus souvent par des boues à la surface. Ils peuvent atteindre jusqu’à 300 m de profondeur. Les puits peu profonds, qui varient généralement de 5 à 15 mètres, peuvent recueillir de l’eau, mais celle-ci est souvent plus exposée à la pollution et peut ne pas être adaptée à la consommation
Par conséquent, pour un usage alimentaire, il est préférable de privilégier des forages plus profonds, qui permettent d’obtenir une eau de meilleure qualité.
Il est également essentiel de procéder à des analyses régulières de l’eau extraite pour s’assurer qu’elle respecte les normes de salubrité en vigueur.
Pensez-vous que les forages ont un impact sur la nappe phréatique ?
Oui, les forages peuvent avoir un impact significatif sur la nappe phréatique. Voici quelques points à considérer:
Lorsque les forages sont réalisés de manière intensive, ils peuvent entraîner une surexploitation des nappes phréatiques. Cela signifie que l’eau est extraite plus rapidement qu’elle ne peut être rechargée par les précipitations ou d’autres sources. Ce qui peut provoquer une baisse du niveau de la nappe phréatique. Cette situation peut mener à des problèmes, tels que l’assèchement des puits et la dégradation des écosystèmes aquatiques environnants.
Les forages peuvent également augmenter le risque de contamination de l’eau souterraine. Si les forages ne sont pas correctement construits ou entretenus, des polluants de surface peuvent s’infiltrer dans les nappes phréatiques. De plus, l’extraction d’eau peut perturber les couches géologiques, permettant à des contaminants de se déplacer plus facilement vers les sources d’eau potable.
L’impact des forages sur la nappe phréatique peut également affecter l’équilibre écologique des zones environnantes. Les changements dans le niveau de la nappe phréatique peuvent influencer la végétation, la faune et les habitats aquatiques, entraînant des conséquences à long terme sur la biodiversité.
L’impact des forages sur la nappe phréatique doit être soigneusement géré pour éviter des conséquences négatives sur l’environnement et la disponibilité de l’eau à long terme. Une approche durable et une surveillance régulière sont essentielles pour minimiser ces impacts.
Quels sont, selon vous, les dangers qui peuvent subvenir dans un environnement parsemé de forages, érigés dans l’enceinte des maisons d’habitation ou à côté de grandes bâtisses ?
Les forages érigés dans des environnements résidentiels, notamment à proximité des maisons ou de grandes bâtisses, peuvent présenter plusieurs dangers potentiels.
Un des principaux risques associés aux forages est la contamination des eaux souterraines. Si un forage est mal réalisé ou mal entretenu, il peut permettre à des polluants de surface, tels que des produits chimiques ou des déchets, de s’infiltrer dans la nappe phréatique. Cela peut rendre l’eau impropre à la consommation et poser des risques pour la santé des habitants.
La création de forages peut également entraîner des problèmes d’affaissement du sol. Si l’extraction d’eau est excessive, cela peut provoquer un affaiblissement des structures environnantes, notamment des fondations des maisons. Cela est particulièrement préoccupant dans les zones où le sol est déjà instable.
La proximité des forages par rapport aux habitations et autres infrastructures peut poser des risques de sécurité. Par exemple, un forage mal sécurisé peut entraîner des accidents, notamment pour les enfants ou les animaux domestiques. De plus, les vibrations et le bruit générés par les pompes peuvent perturber la vie quotidienne des résidents.
Il est crucial que les forages respectent les réglementations en vigueur. Dans de nombreux pays, des distances minimales doivent être respectées entre les forages et les habitations, ainsi que d’autres installations sensibles. Ne pas se conformer à ces règles peut entraîner des sanctions et des problèmes de santé publique.
En somme, bien que les forages puissent offrir une solution pour accéder à l’eau potable, leur implantation dans des environnements résidentiels nécessite une attention particulière pour éviter des conséquences néfastes sur la santé, la sécurité et l’environnement. Une planification adéquate et le respect des normes de sécurité sont essentiels pour minimiser ces risques.
Propos recueillis par Dina BUHAKE Tshionza