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Sommet de Doha : l’UA salue un pas décisif vers la paix entre Kinshasa et Kigali
L’Union africaine (UA) a exprimé sa satisfaction quant aux résultats du sommet de Doha, qui a réuni le mardi 18 mars, les présidents congolais, Félix Tshisekedi, et rwandais, Paul Kagame, sous la médiation de l’Émir du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani. Cette rencontre, destinée à apaiser les tensions entre les deux pays, est perçue comme une avancée significative vers la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs.
Dans un communiqué publié hier mercredi 19 mars, le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a salué l’engagement des deux chefs d’État en faveur du dialogue et d’une résolution pacifique du conflit qui mine l’Est de la RDC depuis trois décennies. Cette initiative s’inscrit dans la lignée des précédents processus diplomatiques, notamment ceux de Luanda et de Nairobi, qui promeuvent des solutions africaines aux crises africaines.
L’UA se réjouit particulièrement de la réaffirmation par Tshisekedi et Kagame d’un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel. Cette position vient renforcer les engagements pris lors du sommet de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) à Dar es Salaam, le 8 février dernier. Toutefois, la mise en œuvre concrète de ces engagements reste un défi majeur, alors que les hostilités sur le terrain entre l’armée congolaise et les groupes armés, dont le M23 et AFC, se poursuivent.
Une médiation qatarienne qui interpelle
L’implication du Qatar dans la facilitation de ce dialogue illustre une tendance croissante des puissances du Golfe à jouer un rôle diplomatique en Afrique. En remerciant l’Émir Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, l’Union africaine reconnaît l’importance des partenariats extérieurs dans la gestion des conflits africains, sans pour autant occulter le rôle clé des organisations régionales.
Cependant, cette médiation qatarienne interroge et interpelle sur la capacité des institutions africaines à résoudre elles-mêmes leurs crises. Si l’UA salue cette dynamique de concertation, elle devra veiller à ce que le règlement du conflit reste centré sur les intérêts et les réalités locales, évitant ainsi une dépendance excessive vis-à-vis d’acteurs extérieurs.
Vers une paix durable ou un sursis diplomatique ?
L’appel de l’UA à maintenir l’élan de Doha souligne la fragilité du processus de paix. L’histoire récente des relations entre Kinshasa et Kigali rappelle que les déclarations d’intention ne suffisent pas à transformer durablement le climat régional. Les précédents accords, souvent suivis de violations, ont laissé place à un scepticisme ambiant.
La réussite de cette initiative repose désormais sur des actions concrètes : un cessez-le-feu effectif, le retrait des groupes armés, et une coopération renforcée entre les gouvernements congolais et rwandais. L’UA devra également redoubler d’efforts pour garantir le respect des engagements pris, en impliquant davantage les acteurs locaux et en favorisant un dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes, y compris la société civile et les communautés affectées par le conflit.
Si le sommet de Doha marque une avancée symbolique, il ne constitue qu’une étape dans un processus de paix encore semé d’embûches. L’Union africaine et ses partenaires ont donc la responsabilité de transformer cet élan diplomatique en un véritable tournant historique pour la région des Grands Lacs.
Jérémie ASOKO