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Raïssa Malu : » le plus grand challenge a toujours été de faire aimer la physique et les mathématiques «
Férue de vulgarisation scientifique et technologique, Professeure Raissa Malu doit être la femme la plus heureuse en cette journée du 8 mars 2023. Et pour cause, le thème de cette édition qui est axée sur le digital s’allie avec ses disciplines de prédilection : Sciences, Technologies, ingénieries et mathématiques désignées par l’acronyme STEM. Cette physicienne de formation se dit chanceuse d’évoluer dans les STEM. Son challenge est de » faire aimer la physique et les mathématiques « . Raissa Malu exhorte les Congolaises à développer des compétences digitales et à digitaliser leurs activités. Cette consultante internationale entend mettre en place un programme de formation des femmes micro-entrepreneurs à l’utilisation des outils et solution numériques.
Pr Raïssa Malu, parlez-nous de votre carrière et mentionnez un challenge auquel vous avez dû faire face ?
Je suis physicienne de formation, professeure de physique et mathématiques, auteure et éditrice, consultante internationale en éducation et directrice de l’ASBL Investing in People qui organise tous les ans la Semaine de la Science et des Technologies dont la 10e édition est prévue du 15 au 22 avril 2023. Je suis passionnée de vulgarisation scientifique et technologique, et mon travail consiste à améliorer la qualité des enseignements et des apprentissages des disciplines STEM (Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques), et à promouvoir la recherche scientifique en RDC et en Afrique.
Le plus grand challenge pour moi a toujours été de faire aimer la physique et les mathématiques.
Que représente pour vous la journée du 8 mars ou journée internationale des droits des femmes?
La journée du 8 mars est souvent perçue comme une fête, mais moi, elle me laisse songeuse.
Les hommes et les femmes n’ont toujours pas de chances égales de s’épanouir. Les femmes sont toujours les premières victimes de violences basées sur le genre. Et les sociétés sont construites pour nous compliquer la vie, au lieu de nous la faciliter.
J’aimerais que le 8 mars qu’on s’en souvienne, que l’on prenne des décisions pour que cela change et qu’on s’y tienne.
L’édition 2023 est axée sur le thème : » Pour un monde digital inclusif : innovation et technologie pour l’égalité des sexes « . Quel est votre défi ?
Selon le site d’ONU Femmes, la journée du 8 mars 2023 devrait » reconnaitre et célébrer la contribution des femmes et des filles qui promeuvent les avancées des technologies transformatrices et de l’éducation numérique « . Il s’agira d’une part, « d’explorer l’impact de l’écart entre les sexes dans le numérique sur l’élargissement des inégalités économiques et sociales » et d’autre part, de « mettre en évidence la nécessité de protéger les droits des femmes et des filles dans les espaces numériques et de s’attaquer à la violence basée sur le genre en ligne et facilitée par les TIC « .
Depuis 2011, le monde est entré dans la 4ème révolution industrielle. Cette révolution se caractérise par des technologies nouvelles, impressionnantes et déroutantes, comme l’intelligence artificielle (IA). Or, les intelligences artificielles se nourrissent des données disponibles sur Internet. Le problème chez nous est que les données ne sont pas numérisées. Les intelligences artificielles se nourrissent alors des rapports que d’autres publient sur nous et des messages que nous postons nous-mêmes sur les réseaux sociaux. Mais, ces messages si on demandait à Meta (Facebook) de nous en faire rapport, nous constaterions qu’ils sont à notre désavantage plutôt qu’à notre avantage. De plus, ils sont majoritairement postés par des hommes. Pourquoi est-ce important de contrôler la nourriture d’une IA? Parce que les entreprises, les multinationales, les gouvernements, les organisations internationales, les médias internationaux vont de plus en plus prendre des décisions et diffuser des informations basées sur des analyses faites avec l’appui des intelligences artificielles. Si ces dernières sont mal informées, nous sommes mal barrés !
Dans ce cas, la journée du 8 mars est-elle importante?
La journée du 8 mars 2023 est ainsi importante. C’est l’occasion de réfléchir ensemble pour identifier les blocages, élaborer les stratégies et promouvoir les initiatives qui accélèrent la présence dans le monde digital des femmes et des filles congolaises afin que les difficultés et inégalités du « monde réel » ne soient pas accentuées par le « monde virtuel« . A ce propos, j’aimerais promouvoir au moins une initiative : le programme Women & Digital de itot Africa à Lubumbashi qui forme les femmes micro-entrepreneurs à l’utilisation des outils et solutions numériques pour développer leurs activités. C’est le genre de programme que nous devons accélérer.
Vous évoluez dans le domaine des STEM. Est-ce un atout ou un frein d’être une femme dans ce secteur?
C’est une chance d’évoluer dans les domaines des STEM. Nous contribuons à mieux comprendre l’univers et nous avons la possibilité de développer des technologies qui améliorent les conditions de vie des populations. Dans ce travail, les femmes apportent une intelligence, un point de vue et une sensibilité uniques.
Le problème ne se situe pas au niveau des exigences des disciplines STEM, mais au niveau de la place des femmes dans la société. C’est la société qui freine les femmes, pas les sciences.
Comment jugez-vous la prestation des femmes dans les sciences par rapport aux hommes ?
Selon moi, le problème ne se pose pas de cette manière. Il ne s’agit pas de comparer les performances des femmes par rapport à celles des hommes. Selon les cas et les conditions, les performances sont en faveur d’une catégorie ou d’une autre. Il est plus judicieux de retenir que les équipes sont plus efficaces et performantes si elles sont mixtes et diversifiées. Se priver des femmes, c’est se priver d’intelligence, de sensibilité et de connaissances. C’est absurde !
Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux femmes congolaises qui réfléchissent à leur carrière en cette journée qui leur est dédiée ?
Faites ce que vous aimez et faites-le le mieux possible. Apprenez à travailler en équipe et soyez inclusive. Simplifiez-vous la vie et simplifiez-la pour les autres. Développer des compétences digitales et digitaliser vos activités. Apprenez à interroger des intelligences artificielles. Encourager vos filles et vos garçons à faire des études dans les STEM et à rester dans ces carrières!
Propos recueillis par Dina BUHAKE