Dernière minute
Société
À Lubumbashi, c’est une double joie dimanche 28 juin. Alors que les Léopards se sont qualifiés pour les 16es de finale de la Coupe du monde, les autorités éducatives ont publié les résultats de l’Examen d’État pour la province éducationnelle du Haut-Katanga 1, édition 2025-2026, suscitant…
Culture
Forum éco
Enjeux de l’heure
Kinshasa a accueilli la clôture d’une session de formation technique dédiée à la plateforme E-Contrôle, un outil numérique destiné à moderniser les opérations de contrôle économique, renforcer la…
Étranger
Le Maroc a été élu, vendredi à l’unanimité, en tant que Commissaire de la Commission Africaine de l’Énergie Nucléaire (AFCONE), pour une période de trois années.
Cette élection a eu lieu…
Nation
La RD Congo se retrouve, une fois de plus, au cœur d'un délicat équilibre entre urgence sanitaire et tensions politiques. La décision du gouvernement d'interdire les manifestations publiques dans…
Le VPM Shabani interdit les manifestations politiques en raison du risque d'Ebola
La RD Congo se retrouve, une fois de plus, au cœur d'un délicat équilibre entre urgence sanitaire et tensions politiques. La décision du gouvernement d'interdire les manifestations publiques dans plusieurs provinces, dont Kinshasa, sur fond de résurgence du virus Ebola, vient rebattre les cartes d'un calendrier politique déjà particulièrement chargé.
Dans un télégramme officiel rendu public le vendredi 26 juin, le vice-Premier ministre en charge de l'Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a ordonné la suspension de tout rassemblement de masse dans les zones jugées à risque. Meetings, marches, sit-in ou activités politiques publiques sont désormais proscrits, sans exception, jusqu'à nouvel ordre. Une décision présentée comme un rempart sanitaire, mais qui ne manque pas de soulever des interrogations sur sa portée politique dans un moment déjà sous haute tension.
Les autorités invoquent la proximité de certaines provinces avec des foyers épidémiques et la mobilité importante des populations, facteurs susceptibles de favoriser la propagation du virus Ebola. Dans les faits, Kinshasa et plusieurs provinces de l'Est sont placées sous surveillance renforcée, avec des obligations strictes de suivi sanitaire et de reporting quotidien.
Le climat loin d'être apaisé
Mais comme souvent en politique congolaise, le timing interroge. À peine annoncée, cette mesure tombe en pleine montée en puissance d'une mobilisation annoncée par la Coalition Article 64 pour la défense de l'ordre constitutionnel, la C64. Cette plateforme de l'Opposition, qui regroupe notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund, entend organiser une marche pacifique à Kinshasa, avec un sit-in prévu au Palais de la nation.
Dans leur démarche, les opposants invoquent l'article 26 de la Constitution et affirment vouloir "exprimer l'attachement au respect de l'État de droit" tout en remettant un mémorandum au président de la République, Félix Tshisekedi. Mais dans les coulisses, le climat est loin d'être apaisé : chacun campe sur ses positions, et le dialogue semble, pour l'heure, au point mort.
La majorité présidentielle, de son côté, ne mâche pas ses mots. Le secrétaire général de l'UDPS, Augustin Kabuya, dénonce une stratégie de déstabilisation et évoque des risques de dérives violentes, voire d'infiltration. Une lecture sécuritaire qui contraste avec celle de l'opposition, laquelle insiste sur le caractère strictement pacifique de sa démarche.
Dans ce climat de méfiance réciproque, chaque camp avance ses pions, et la communication politique se transforme en véritable partie d'échecs. D'un côté, la C64 appelle à la mobilisation populaire, estimant que le pouvoir a failli à ses obligations constitutionnelles. De l'autre, la Majorité invoque la responsabilité et la prudence, brandissant une urgence sanitaire.
Situation loin d'être anodine
Il faut dire que la situation est loin d'être anodine. L'annonce récente d'un cas d'Ebola ayant transité par la RDC vers la France a ravivé les inquiétudes des autorités sanitaires, qui redoutent une résurgence incontrôlée. Dans un pays où les infrastructures de santé demeurent fragiles, la prévention est devenue un mot d'ordre, presque un leitmotiv.
Pour autant, la coïncidence entre mesures sanitaires et calendrier politique nourrit inévitablement les soupçons. Dans l'opinion, certains y voient une manière de "couper l'herbe sous le pied " de l'Opposition, tandis que d'autres estiment que le gouvernement joue simplement la carte de la prudence. Comme souvent, la vérité se situe peut-être entre les deux.
Du côté de la coalition, la mobilisation est maintenue dans le discours, même si l'incertitude plane sur sa tenue effective. L'Alliance pour le changement, formation de Jean-Marc Kabund, appelle à la participation citoyenne, tout en réaffirmant le caractère pacifique de la marche. Mais là encore, les tensions verbales entre acteurs politiques laissent planer une ombre sur la sérénité du processus.
Au regard de cette situation, le pays avance sur une ligne de crête. Entre impératif sanitaire et expression démocratique, l'équilibre est fragile, presque précaire. À vouloir trop tirer sur la corde, le risque est grand de la voir se rompre.
Car en politique comme ailleurs, il suffit parfois d'un grain de sable pour enrayer la machine. Et à Kinshasa, chacun semble marcher sur des œufs, dans un climat où la prudence est devenue mère de sûreté, mais où la méfiance, elle, continue de gagner du terrain.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO