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Mundial 2026 : les Léopards en huitièmes de finale
Il est des soirées qui s’inscrivent dans la mémoire collective comme des fulgurances de destin, des instants suspendus où le football, ce grand théâtre des émotions humaines, écrit ses plus belles pages. À Atlanta, au Mercedes-Benz Stadium, la République démocratique du Congo a vécu l’une de ces nuits où tout vacille avant de s’illuminer. Menés, bousculés, parfois à la limite de la rupture, les Léopards ont fini par renverser l’Ouzbékistan (3-1) au terme d’un scénario digne des grandes épopées sportives. Une victoire arrachée au prix du courage, de la patience et d’un mental d’acier.
Le début de match avait pourtant des allures de douche froide. À peine les premières minutes écoulées, les Congolais étaient déjà avertis. Et très vite, le couperet est tombé. Le capitaine ouzbek Eldor Shomurodov, d’une inspiration aussi soudaine que clinique, a trouvé l’ouverture d’un geste lumineux, laissant la défense congolaise sonnée comme après un uppercut pris à froid. Le stade s’est figé, et avec lui, des millions de supporters congolais suspendus au fil du match.
La RDC, crispée, brouillonne, a longtemps donné le sentiment de jouer contre elle-même. Les intentions étaient là, mais les jambes tremblaient, comme si le poids de l’histoire – ce retour en Coupe du monde après plus d’un demi-siècle d’absence – pesait sur chaque contrôle, chaque passe, chaque prise de décision. Même une tentative d’égalisation par Nathanaël Mbuku a été réduite au silence par la rigueur de la VAR, comme un rappel cruel que rien ne serait offert.
La mi-temps du doute et le réveil congolais
À la pause, le doute s’était invité dans les esprits. Mais dans le vestiaire, quelque chose s’est sans doute brisé… ou reconstruit. Car, les Léopards sont revenus avec une autre allure, une autre énergie, comme si le tonnerre avait enfin décidé de gronder.
Le second acte a alors pris des allures de siège méthodique. Les Congolais ont poussé, insisté, harcelé, sans jamais céder à la précipitation. Yoane Wissa, en homme providentiel, a sonné la révolte. Omniprésent, tranchant, il a d’abord provoqué les frissons dans la défense adverse avant de transformer lui-même le penalty de l’égalisation. À cet instant précis, le match a changé de visage. Le doute a quitté les Congolais pour se glisser dans les rangs ouzbeks.
Et comme souvent dans ces moments charnières, le destin a basculé sur un détail, une accélération, une inspiration. Fiston Mayele, remplaçant Cédric Bakambu, surgissant au cœur de la surface, a donné l’avantage aux Léopards dans une explosion de joie contenue depuis trop longtemps. Les Congolais tenaient enfin leur revanche sur le scénario.
Mais, ce n’était pas terminé. Car, les grandes équipes ne se contentent pas de renverser, elles achèvent. Et Yoane Wissa, décidément homme du match, a scellé le sort de la rencontre dans le temps additionnel, d’une frappe sèche et implacable, comme un point final posé avec autorité sur une page d’histoire.
Trois buts à un. Le score est sec, presque sévère pour l’adversaire, mais il symbolise surtout la résilience d’une équipe qui a refusé de céder. La RDC, troisième de son groupe, arrache ainsi une qualification historique pour la phase à élimination directe de la Coupe du monde 2026. Un exploit retentissant. Une première qui résonne comme une renaissance après 52 années de sommeil !
Goma et Kinshasa en liesse
Au-delà du terrain, cette qualification a traversé les frontières pour embraser les cœurs. À Kinshasa, la joie s’est répandue comme une traînée de poudre. Les rues se sont remplies de chants, de klaxons, de danses improvisées, dans une atmosphère de liesse populaire où les différences s’effacent devant l’unité nationale. Dans certains quartiers, la nuit s’est transformée en fête populaire, presque irréelle. Une fête de football que les lauréats de l’Examen d’Etat qui célébraient leur réussite sont venus renforcer.
À Goma également, malgré les réalités difficiles du quotidien, la victoire a fait naître un rare moment de communion. Le football, une fois encore, a joué son rôle de ciment social, offrant une parenthèse d’espérance à une population en quête de respiration.
Cette qualification, arrachée dans la douleur, mais célébrée dans la joie, porte en elle une symbolique forte. Celle d’un pays qui refuse de renoncer, d’une équipe qui apprend à grandir dans l’adversité, et d’un peuple qui retrouve, le temps d’un match, le goût des grandes ambitions.
Les Léopards avancent désormais vers le seizième de finale avec une conviction nouvelle. Face à l’Angleterre, le défi sera immense, presque vertigineux. Mais après avoir renversé l’Ouzbékistan, une certitude s’impose : cette RDC-là n’est plus là pour subir l’histoire, mais pour la défier.
Et comme le dit si bien l’adage du football, souvent cruel mais parfois généreux, «tant que le coup de sifflet final n’a pas retenti, tout reste possible».
Christian-Timothée MAMPUYA