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Procès Kabila : les avocats de l’État réclament 24 milliards USD de dommages et intérêts
La Haute Cour militaire a entamé hier jeudi, la phase des plaidoiries dans le procès historique opposant l'auditeur général des FARDC à l'ancien président Joseph Kabila Kabange.
Les avocats des parties civiles, représentant la RD-Congo ainsi que les provinces du Nord et du Sud-Kivu, ont réclamé, dans leur réquisitoire contre l'ex-chef de l'État, qu'ils accusent d'avoir "saigné" le pays, le paiement de plus de 24 milliards de dollars américains au titre de dommages et intérêts, pour compenser les préjudices matériels, financiers et humains subis par le pays, notamment dans l'Est de la RDC. Les avocats ont évoqué les destructions de biens, la perte de ressources financières, la perturbation des infrastructures, ainsi que l'occupation de villes et villages par le groupe rebelle M23, soutenu par l'armée rwandaise.
Lors de cette séance, les conseils de la République démocratique du Congo, ainsi que ceux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ont présenté leurs arguments et demandé des mesures drastiques à l'encontre du prévenu. Ils ont notamment sollicité que l'infraction de trahison, dont Joseph Kabila est poursuivi, soit requalifiée en "espionnage", au motif que l'ancien chef de l'État serait en réalité un ressortissant étranger, répondant au nom de Hyppolite Kanambe, adopté par le président Laurent Désiré Kabila. Selon les avocats, cette requalification tiendrait compte de la nationalité du prévenu et de l'atteinte qu'il aurait portée aux intérêts de la RDC, pendant qu'il a dirigé pendant 18 ans.
Confisquer les biens de Kabila
Selon la partie civile, Joseph Kabila a sciemment soutenu l'armée rwandaise et le M23 dans la déstabilisation de l'Est du pays, causant des pertes incalculables.
"La République démocratique du Congo a perdu l'usage de deux aéroports, beaucoup d'enfants ont été privés d'éducation à cause de l'occupation des rebelles, beaucoup de nos compatriotes ont été tués, nos sœurs, nos femmes, nos mamans", a dénoncé Me Jean-Marie Kabengela.
L'avocat est allé plus loin, soutenant que l'ancien président a importé "des milliers de Rwandais pour remplacer les Congolais massacrés" et installé des chefs coutumiers étrangers dans plusieurs villages.
De ce fait, il propose la confiscation des biens de Joseph Kabila, estimant que ces biens pourraient servir à indemniser les victimes et renforcer la sécurité publique. Il a également évoqué la présence supposée de ressortissants étrangers installés dans les villages congolais et la responsabilité présumée de Kabila dans ces situations.
Dans une plaidoirie au ton accusateur, le chef du collectif d'avocats des parties civiles, Me Richard Bondo, a décrit Joseph Kabila comme "l'homme derrière toutes les atrocités que subissent les Congolais de l'Est depuis plus de trois décennies".
Une défense absente mais offensive politiquement
Me Samuel Dimwene, un autre avocat des parties civiles, a accusé l'ancien président d'avoir nourri l'intention de nuire jusque dans ses stratégies politiques.
Le procès se déroule sans la présence du prévenu, dont le défaut a été acté. Ses proches dénoncent une cabale politique. Le PPRD, parti de Joseph Kabila, qualifie le procès de "mise en scène". "L'objectif est d'écarter un acteur politique majeur de l'opposition congolaise, à la place d'une démarche qui devait plutôt privilégier la paix et la cohésion nationale", a dénoncé Ramazani Shadary, secrétaire permanent du parti.
À l'issue de cette journée marquée par des accusations lourdes, la Haute Cour militaire a suspendu l'audience. Elle reprendra le vendredi 22 août avec le réquisitoire du ministère public, très attendu dans ce dossier.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO