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La justice militaire alourdit les peines en appel
*Mais le mystère des commanditaires demeure.
Près de neuf ans après le meurtre des experts des Nations unies Zaida Catalan et Michael Sharp dans le village de Muoyo Musuila, au Kasaï-Central, la justice militaire congolaise vient de franchir une nouvelle étape dans ce dossier emblématique. Réunie à Kinshasa, la Haute Cour militaire a rendu, le 5 juin 2026, son verdict en appel en infligeant de lourdes sanctions à plusieurs accusés, parmi lesquels figure le colonel des FARDC Jean de Dieu Mambweni.
À l'issue de l'audience, les avocats de la défense ont indiqué que tous les prévenus concernés par cette procédure avaient été condamnés à la peine capitale. "Mon client, le colonel Jean de Dieu Mambweni, ainsi que les autres accusés, ont tous été condamnés à mort", a affirmé Me Crispin Tshipamba devant la presse.
Cette décision contraste avec le jugement rendu en janvier 2022 par la Cour militaire supérieure de l'ex-Kasaï-Occidental. À cette époque, le colonel Mambweni avait écopé de dix ans de servitude pénale pour non-assistance à personne en danger et violation des consignes militaires, sans être reconnu coupable d'avoir directement participé à l'assassinat des deux experts onusiens. Le ministère public avait estimé cette peine insuffisante et fait appel, une démarche également entreprise par la défense.
Une trantaine de personnes poursuivies
Le procès en appel s'était ouvert en octobre 2022 au sein de la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa, où sont incarcérés la plupart des accusés. Cette nouvelle audience concernait une trentaine de personnes poursuivies dans le cadre de l'assassinat de Zaida Catalan et Michael Sharp, tués le 12 mars 2017 alors qu'ils menaient une mission d'enquête sur les violences liées au phénomène Kamuina Nsapu dans le Kasaï-Central.
Lors du premier jugement, 49 des 54 prévenus avaient été condamnés à mort. Vingt-sept avaient comparu devant la Cour, tandis que vingt-deux autres avaient été jugés par contumace. Parmi les personnes reconnues coupables figuraient notamment Jean Bosco Mukanda, Vincent Manga, Constantin Tshidime Bula Bula et Thomas Nkashama, agent de la Direction générale de migration (DGM) et membre de la famille Kamuina Nsapu.
Malgré ces différentes décisions judiciaires, de nombreuses interrogations persistent. Au moment de prononcer le jugement de première instance, le président de la Cour militaire avait lui-même reconnu que les audiences n'avaient pas permis d'établir l'identité des véritables instigateurs de ce double assassinat, laissant une part essentielle de l'affaire sans réponse.
Le meurtre des deux experts de l'Onu avait provoqué une forte indignation à travers le monde et suscité l'implication de plusieurs organisations de défense des droits humains, qui continuent de réclamer une manifestation complète de la vérité ainsi que l'établissement des responsabilités à tous les niveaux.
Si l'arrêt rendu par la Haute Cour militaire constitue une avancée importante dans le traitement judiciaire de cette affaire, il ne met pas fin aux interrogations qui entourent ce drame. Presque dix ans après les faits, les familles des victimes, les parties civiles et la communauté internationale attendent toujours que soient identifiés ceux qui ont conçu et ordonné l'exécution de la Suédoise Zaida Catalan et l'Américain Michael Sharp.
Félix MULUMBA KALEMBA