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*“ _La reconnaissance du Génocost ne prendra tout son sens que si elle s'accompagne de justice_ ”
À l'occasion de la Journée nationale du « Génocost », célébrée ce 2 août, le prix Nobel de…
Journée nationale du “Génocost”: Mukwege réclame un tribunal pénal spécial pour la RDC
*“ _La reconnaissance du Génocost ne prendra tout son sens que si elle s'accompagne de justice_ ”
À l'occasion de la Journée nationale du « Génocost », célébrée ce 2 août, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a lancé un plaidoyer en faveur de la création d'un tribunal pénal spécial pour la République démocratique du Congo, de la mise en œuvre d'une justice transitionnelle et de l'abandon du projet de révision de la Constitution. Selon lui, le devoir de mémoire ne peut être dissocié de la lutte contre l'impunité et de la recherche d'une paix durable.
Dans sa déclaration, le gynécologue congolais a rendu hommage aux « millions de femmes, d'hommes et d'enfants » victimes directes et indirectes des conflits qui ravagent le pays depuis près de trois décennies. Il a également salué les survivants, les déplacés internes, les victimes de violences sexuelles et les familles endeuillées.
Denis Mukwege salue la reconnaissance officielle du 2 août comme Journée nationale du « Génocost », mais il estime que cette avancée symbolique doit désormais être suivie d'actions concrètes. « Cette reconnaissance ne prendra tout son sens que si elle s'accompagne d'une volonté politique de mettre fin aux causes profondes du conflit et de garantir aux victimes la justice, la vérité, les réparations et les garanties de non-répétition », affirme-t-il.
LE PRIX NOBEL DÉNONCE UN “CLIMAT D'IMPUNITÉ PERSISTANT”
Le lauréat du prix Nobel de la paix 2018 dénonce la poursuite des massacres de population s, des déplacements forcés, des violences sexuelles, du recrutement d'enfants soldats, des exécutions sommaires et du pillage des ressources naturelles dans l'est du pays. Il cite notamment les tueries attribuées aux rebelles des ADF à Beni et à Mambasa, dénonçant un « climat d'impunité persistant » qui continue d'alimenter les violences.
S'appuyant sur les rapports des Nations unies, les enquêtes d'organisations internationales et les travaux de la société civile, Denis Mukwege soutient que les conflits demeurent étroitement liés à l'exploitation illicite des ressources naturelles et aux interventions d'acteurs étrangers. Il affirme que les conclusions les plus récentes du Groupe d'experts de l'Onu confirment que « le contrôle des zones minières demeure l'un des principaux moteurs de la guerre impliquant l'armée rwandaise et ses alliés du M23 et de l'AFC ».
Le médecin congolais insiste toutefois sur les responsabilités internes. Il déplore « les complicités internes, la corruption, le bradage des ressources nationales, l'affaiblissement des institutions et l'absence de réformes profondes de la justice, de la sécurité et de la gouvernance publique », qu'il considère comme autant de facteurs ayant favorisé la perpétuation de la crise.
MUKWEGE AVERTIT LE POUVOIR SUR UNE “DÉSTABILISATION INTERNE CONFLICTOGÈNE”
Sur le plan politique, Denis Mukwege s'oppose fermement au projet de révision de la Constitution. Il estime que, malgré les réserves exprimées par une partie de la société civile, des Églises et de l'opposition, « le pouvoir en place tient malgré tout à changer cette dernière pour prolonger le mandat du président Félix Tshisekedi ». Il exhorte les autorités à y renoncer, avertissant qu'un tel projet pourrait conduire à « une déstabilisation interne conflictogène ».
Il a réitéré son plaidoyer en faveur d'une justice transitionnelle, tout en appelant à la mise en place d'une stratégie nationale fondée sur les poursuites judiciaires. Ce qui constitue un mécanisme de recherche de la vérité, les réparations pour les victimes, la préservation de la mémoire, les réformes institutionnelles et les garanties de non-répétition. Denis Mukwege renouvelle également son appel à la création d'un tribunal pénal spécial pour la RDC et de chambres spécialisées mixtes afin de juger les crimes les plus graves commis sur le territoire congolais.
Enfin, Denis Mukwege plaide pour l'édification d'un mémorial national à Kinshasa et de lieux de mémoire dans les provinces les plus touchées par les conflits. Il appelle également à renforcer la traçabilité des minerais stratégiques, à démanteler les circuits illicites d'exploitation et d'exportation et à promouvoir leur transformation locale afin que les richesses naturelles de la RDC cessent d'alimenter les conflits et deviennent enfin un moteur de développement au bénéfice des Congolais.
Jérémie ASOKO