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Dialogue national : la C64 refuse de se jeter à l’eau sans garanties
*Après leur réunion de samedi chez Kabund, la coalition opte pour le silence radio.
À quelques jours d’échéances politiques décisives, la Coalition Article 64 (C64) semble jouer la montre. Entre prudence et calcul politique, la plateforme de l’opposition laisse planer le doute quant à sa participation au dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi, tout en maintenant, pour l’heure, le flou sur la tenue de sa marche prévue le 22 juillet à Kinshasa.
En effet, c’est à l’issue d’une rencontre tenue le vendredi 17 juillet 2026 avec les chefs des confessions religieuses que le Chef de l’État a ouvert la voie à un dialogue national inclusif. Une initiative attendue de longue date, réclamée à cor et à cri par les Églises, une frange de l’opposition ainsi que plusieurs organisations de la société civile. Alors que la situation sécuritaire demeure fragile dans l’Est du pays et une crise politique aux contours de plus en plus préoccupants, cette annonce apparaît comme une tentative de décrispation du climat sociopolitique.
La C64 temporise et exige des garanties
Toutefois, entre l’annonce et la concrétisation, il y a souvent un pas que certains acteurs refusent de franchir à la légère. Et la C64 ne semble pas disposée à donner carte blanche au pouvoir sans garanties tangibles. Réunis en urgence le samedi 18 juillet, les responsables de cette plateforme ont préféré botter en touche, s’abstenant de toute déclaration officielle à l’issue de leurs travaux. Une attitude qui en dit long sur les hésitations internes et les divergences de vues qui traversent cette coalition hétéroclite.
Selon des sources proches du dossier, la C64 entend juger le pouvoir sur pièces. Autrement dit, elle attend un geste fort du président de la République, notamment la signature d’une ordonnance convoquant formellement le dialogue national, avant de se prononcer de manière définitive. Pour ses dirigeants, il ne saurait être question de se contenter d’effets d’annonce : seule la matérialisation de cette initiative pourra attester de la volonté réelle du pouvoir d’engager un processus inclusif et crédible.
Marche du 22 juillet : suspense maintenu
Dans cette optique, la coalition garde ses cartes en main et réserve sa position quant au maintien ou au report de la marche du 22 juillet. Une décision qui, sauf coup de théâtre, devrait être prise ce lundi 20 juillet, à l’issue d’une nouvelle réunion des ténors de l’opposition, à en croire nos confrères de la Radio France Internationale (RFI).
Les Églises à la manœuvre
Parallèlement, les consultations menées par la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et l’Église du Christ au Congo (ECC) viennent rebattre les cartes. En coulisses, ces acteurs religieux, qui jouent les bons offices, s’emploient à rapprocher les positions des uns et des autres et à jeter les bases d’un dialogue susceptible de rassembler les différentes sensibilités politiques.
D’après plusieurs participants à ces échanges, les responsables religieux ont plaidé pour un report de la marche, estimant que les avantages d’un dialogue franc et sincère pourraient l’emporter sur ceux d’une démonstration de force dans la rue. Une approche qui ne fait toutefois pas l’unanimité au sein de la C64, où les lignes de fracture sont bien visibles.
Une opposition divisée sur la stratégie
En effet, si certains responsables prônent une stratégie du «en même temps», consistant à maintenir la pression dans la rue tout en prenant part au dialogue, d’autres, en revanche, redoutent un engrenage incontrôlable. Ces derniers craignent qu’une manifestation ne dégénère et ne vienne compromettre les efforts de décrispation en cours. Entre le marteau et l’enclume, la coalition avance donc à pas feutrés, consciente que la moindre erreur d’appréciation pourrait lui coûter cher sur le plan politique.
Pendant ce temps, sur le terrain, la mobilisation ne faiblit pas. L’ECiDé, le parti de Martin Fayulu, poursuit ses opérations de sensibilisation à Kinshasa, preuve que, malgré les incertitudes, la machine politique reste en branle.
Un dialogue encore entouré d’incertitudes
S’agissant de la préparation du dialogue, plusieurs zones d’ombre subsistent. D’une part, des divergences apparaissent déjà quant aux modalités de son organisation. Alors que le gouvernement évoque la publication prochaine d’une ordonnance présidentielle pour en fixer le cadre, certaines sources affirment que les chefs religieux auraient reçu du président une mission de consultation à mener sans attendre un tel acte formel. Une lecture qui, si elle se confirme, pourrait prêter le flanc à des interprétations divergentes.
D’autre part, la question du contenu du dialogue reste entière. Selon certains opposants, les responsables religieux auraient insisté sur le fait qu’aucun sujet ne devrait être tabou. En d’autres termes, toutes les thématiques pourraient être mises sur la table, à condition que les participants en conviennent. Dans ce contexte, l’épineuse question de la Constitution, bien que non officiellement inscrite à l’ordre du jour, pourrait s’inviter dans les débats si un consensus venait à se dégager.
Un exercice d’équilibriste pour tous les acteurs
Le processus de dialogue s’annonce d’ores et déjà comme un exercice d’équilibriste. Entre attentes légitimes, calculs politiques et impératifs de stabilité, chaque acteur avance avec circonspection. Comme le dit l’adage, «chat échaudé craint l’eau froide». À cet effet, l’opposition, échaudée par les expériences passées, refuse de se précipiter.
L’on s’interroge désormais sur le fait de savoir si, dans les jours à venir, les signaux envoyés par le pouvoir seront de nature à dissiper les doutes de l’opposition et à créer les conditions d’un dialogue véritablement inclusif. En attendant, la C64 continue de jouer la montre, gardant le suspense entier et laissant l’opinion publique en haleine.
Christian-Timothée MAMPUYA