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Aéroport de Ndjili : « là où les employés mangent car ils y travaillent»
Jeudi 29 octobre. Je me rends à l’aéroport international de Ndjili pour accueillir la fille de mon jeune frère qui vient de Libreville. Le vol est annoncé à 9h45.
J’y suis déjà vers 8h. Précédé par deux des cousines de la Librevilloise. Je les localise, aidé par un des militaires de la Garde républicaine qui fourmillent dans cet espace aéroportuaire. Il me fournit très gentiment les informations dont j’ai besoin.
La cousine de la Librevilloise m’apprend qu’elles ont accédé à la première entrée après avoir déboursé 1.000 FC grâce à une négociation.
Nous nous pointons à la 2ème entrée. Deux gardes nous accueillent : un agent de la RVA et une policière. Ici, les choses se présentent autrement. Ils nous font comprendre que pour accéder, nous devrions débourser... 24 dollars à chacun. C’est à dire soixante-douze dollars qui, selon eux, pour la caisse RVA dont une quittance assurerait l’encaissement. A l’issue d’une petite négociation infructueuse, l’agent me confie à une policière. Je lui propose 5 000 FC. Négatif. Au début de la négociation, la policière me dit en kikongo, comme pour justifier ce qu’ils empocheraient. «Va wusadilanga, va udilanga» (entendez « Là où vous travaillez, c’est là que vous devez manger»). Le message est tout clair !
A elle aussi je propose le même montant : 5 000 FC. Qu’elle refuse, bien sûr, également. La négociation ayant échoué, elle fait rapport à celui qui paraît son chef: «il me propose 5 000 FC, même pas 15 000 FC», lui dit-elle à voix basse.
En raison de l’échec des «pourparlers, l’agent nous «chasse» en nous lançant : «Allez vous mettre à côté, là où vous voyez d’autres personnes venues attendre leurs proches.»
Nous ne devons que prendre notre mal en patience. Une patience de plus d’une heure.
Dans cette longue attente, nous regardons défiler des arrivées, bagages sur des chariots. Renseignements pris auprès d’un de ceux qui attendent leurs proches, nous chargeons un de nombreux agents autorisés à entrer et chargés de prendre les passagers qui arrivent.
«Nga mayi nanga kaka» (entendez, « Moi, seulement de l’eau»), nous dit-il, après s’être renseigné auprès de nous sur le vol dans lequel voyage notre fille. Nous prenons soin de lui montrer aussi la tenue que porte la voyageuse.
L’une des filles me demandent à se rendre aux toilettes. Renseignements pris, le service coûte....1000 FC. Moi-même, je m’y rends également, quelques minutes plus tard. Deux femmes y travaillent, en tout cas, à cette heure. Je les surprends en train d’écouter de la musique de Fally Ipupa qu’une d’elles fredonnent joyeusement. Sans doute, heureuses de «manger là où elles travaillent».
Sur le chemin du retour, j’assiste à une scène. Un passager qui débarque en se dirigeant vers sa Jeep noire en stationnement. Il rabroue vertement un des jeunes gens emmerdeurs qui fourmillent l’aéroport, qui ne se lassent pas de demander de l’argent. «Yango bino boyokaka te? Boza ba niama...?») (entendez, «Mais vous, êtes-vous sourds ? Êtes-vous des animaux...»).
La remarque a été si cinglante que le pauvre n’a pas eu le courage de poursuivre son harcèlement, regardant l’homme avec dédain. Dépité de ne pouvoir « manger là où il preste».
Quelques minutes plus tard, le garçon de course vient nous annoncer que la voyageuse est arrivée mais qu’un de ses bagages est introuvable. Ce n’est qu’une fausse alerte car la vraie information est que le bagage en question est bien là mais qu’elle contient des articles à vendre. C’est du moins ce que me raconte un agent en civil qui accompagne la fille. L’agent, tout souriant, me demande de lui soudoyer les pattes pour qu’il libère le bagage. Un sourire dont il faut se méfier car il cache une opiniâtreté de «manger à tout prix là où il travaille». Il me propose alors de lui donner...20 dollars. Une énième séquence de négociation qui aboutit. Je lui remets un billet de 10 dollars. Sans avoir oublié de prendre son numéro de téléphone. On ne sait jamais. Je ne suis pas à mon tout dernier tour à cet aéroport !
Malheureusement, pour moi, en présence d’un agent de la RVA en tenue. Il se colle à moi comme une sangsue jusqu’à la sortie. Où deux billets de 1000 FC et deux autres de 500 FC finissent par être engloutis dans sa poche. Je prends soin de prendre son numéro de téléphone. Il me le passe, content de l’avoir permis de «manger là où il preste».
A peine je me sépare de l’agent que le garçon qui «ne se contente que de l’eau», à qui les filles qui m’accompagnent ont remis 3000 FC, se dresse devant moi en m’annonçant que je dois lui ajouter le pourboire. Malheureusement, nous nous séparons sans qu’il me soutire d’autres francs congolais.
Le dernier round de ce grand combat reste le voyage retour de l’aéroport à la place Victoire. Un taximan nous propose 25 000 FC la course en raison de 5000 FC par personne et la grosse valise de la voyageuse. On conclut le marché à 23 000 FC.
Il est presque 14 heures lorsque le taximan nous dépose à Bongolo. Bien déplumés. Heureux d’avoir aidé certains travailleurs de l’aéroport international de Ndjili à «manger là où ils travaillent» quotidiennement!
Un reportage d'André KALONJI/CP