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Marché chinois : droits de douane levés, mais la RDC doit passer par le GACC et qualifier ses exportateurs
Droits de douane levés, une trentaine de produits acceptés, mais des exigences sanitaires, administratives et commerciales à remplir. La RDC apprend à passer d’une ambition à une capacité réelle d’exportation.
La Chine ouvre ses portes aux produits congolais, mais sous conditions. Selon le directeur du développement des produits et assistance technique à l’Agence nationale des promotions et exportations (Anapex), Tyty Tshiumbu, tout exportateur doit s’enregistrer auprès de l’administration chinoise des douanes (GACC) pour obtenir ses numéros d’import-export. À défaut, aucun produit ne passe. L’enjeu se joue autant à Kinshasa qu’à Pékin : il consiste à bâtir une offre exportable capable de répondre à la demande d’un marché de 1,4 milliard de consommateurs.
Le contexte est favorable. Selon le directeur, la Chine a fait évoluer sa politique d’ouverture depuis 2022-2023. Les produits congolais ne bénéficiaient au départ que d’une exonération partielle des droits de douane, avant de bénéficier d’une exonération totale à partir de 2025, comme près de cinquante pays africains. Pékin entend nourrir sa population et s’approvisionner sur le continent.
Cette ouverture n’a rien d’un passe-droit. Depuis 2020, l’Anapex tente de comprendre pourquoi les produits congolais, pourtant recherchés, n’entrent pas en Chine. La réponse tient en un mot : normes. Pour la plupart, les normes n’étaient pas respectées.
FILTRE SANITAIRE, PREMIÈRE ÉPREUVE
La Chine a posé des questions précises à la RDC : quels produits, comment sont-ils cultivés, quels nuisibles les menacent, quels pesticides sont utilisés ? Des interrogations phytosanitaires, explique le responsable, car un État doit se prémunir contre l’entrée de parasites sur son territoire. L’Anapex a coordonné les réponses, le service de protection des végétaux du ministère de l’Agriculture assurant le travail technique.
Le résultat est tombé le 14 avril 2024, si la mémoire de notre interlocuteur est bonne : l’huile de palme a reçu le premier feu vert. Café, cacao, mangue, piment et manioc ont ensuite fait l’objet d’une analyse de risques. Aujourd’hui, la Chine a accepté une trentaine de produits, selon l’état d’avancement communiqué par Pékin. L’ambassadeur de Chine a confirmé, lors d’une rencontre ministérielle, l’acceptation de la mangue et du tabac.
UN SÉSAME QUI SE MÉRITE : L’ENREGISTREMENT ET LA QUALIFICATION
Reste l’étape décisive. Chaque entreprise doit s’enregistrer auprès du GACC en déclarant son identité et ses produits. La Chine valide alors, parce que la RDC est un pays éligible, et délivre les numéros d’import-export. Un partenaire chinois peut ensuite vérifier à tout moment qu’une société est apte à exporter.
Kinshasa ajoute son propre filtre. L’Anapex entend qualifier les entreprises, c’est-à-dire sélectionner des «champions» dans chaque secteur, autour desquels les autres viendront s’agréger. L’objectif est de former des exportateurs durables plutôt que des opérateurs occasionnels. Il reste aussi à répondre aux dernières requêtes techniques de Pékin.
L’OFFRE EXPORTABLE, VÉRITABLE TALON D’ACHILLE
Le principal obstacle est interne. «La vraie problématique, c’est l’offre exportable», martèle le responsable. Aucun Congolais ne peut, seul, exporter ne serait-ce que 5.000 tonnes. Les acheteurs chinois annoncent des intentions de 10 000 ou 50 000 tonnes, mais la production ne suit pas.
Pour y répondre, l’agence a créé deux outils. Les «cercles de qualité» identifient les exigences de chaque marché pour chaque produit. Les «groupes d’intérêts communs» rassemblent producteurs, financiers et exportateurs, afin de mutualiser moyens, espaces de stockage et savoir-faire.
LE PIMENT, FILIÈRE PILOTE
La filière piment sert de laboratoire. Un contrat de 180.000 tonnes par an sur cinq ans, dont les cahiers des charges sont stricts, a servi de point de départ. Le client veut du piment séché de type «bec d’oiseau», avec des spécifications précisées dans le contrat. «Vous ne pouvez pas faire n’importe comment», avertit le responsable.
Une task force regroupe désormais 52 opérateurs économiques : financeurs, spécialistes des semences, institutions publiques et privées. Des accords de partenariat se nouent entre eux et les détenteurs du contrat, certains acteurs souhaitant participer au marché, d’autres non. L’ambition est d’envoyer les premiers conteneurs depuis le port de Matadi, puis de reproduire le modèle dans d’autres filières.
Les négociations ne sont pas closes. Le responsable dit s’être opposé à certaines clauses commerciales, notamment sur le partage des charges entre vendeur et acheteur, de la plantation au port de Shanghai. Le ministre de l’Agriculture prépare par ailleurs un accord avec le patronat sur le marché chinois.
Pour l’Anapex, la leçon est claire : les facilités douanières offertes par la Chine ne profiteront qu’à ceux qui s’organisent. Sans contrat, les producteurs ne produisent que ce qu’ils savent vendre. Avec un marché garanti et une filière structurée, l’élan peut changer d’échelle.
J.A