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10 ANS APRÈS L’ASSASSINAT DE KAMUINA NSAPU, la SCED appelle à la vérité, à la justice et à la réparation des victimes du Kasaï
Dix ans après la mort du chef coutumier Jean-Prince Mpandi, dit Kamuina Nsapu, les blessures du conflit qui a ravagé le Grand Kasaï demeurent profondes. À l’occasion de cet anniversaire, célébré le 12 août 2026, la Société congolaise pour l’État de droit (SCED) appelle à renforcer les efforts en faveur de la vérité, de la justice et de la réparation des victimes des violences qui ont secoué plusieurs provinces du centre du pays.
Le 12 août 2016, Jean-Prince Mpandi était tué dans son village, dans le territoire de Dibaya, au Kasaï-Central, lors d’une opération menée par les forces de défense et de sécurité. Cet événement, intervenu après plusieurs mois de tensions entre le chef coutumier et les autorités, est considéré comme le point de départ d’une crise sécuritaire majeure dans le Grand Kasaï.
UNE CRISE NÉE D’UN CONFLIT AVEC LES AUTORITÉS
Avant sa mort, le chef coutumier des Bajila Kasanga était au cœur d’un différend portant notamment sur la reconnaissance de son autorité coutumière et la présence des forces de sécurité dans sa région. Les tensions s’étaient aggravées au début de l’année 2016.
Après plusieurs affrontements et des tentatives de médiation, les autorités avaient exigé sa reddition. Le 12 août, une opération militaire est lancée contre son village. Selon plusieurs sources, le chef coutumier est mortellement atteint au cours de l’assaut.
La version officielle des faits a longtemps coexisté avec de nombreuses interrogations concernant les circonstances exactes de sa mort ainsi que le traitement réservé à sa dépouille.
Les Nations unies établiront par la suite que Jean-Prince Mpandi a été tué lors d’une attaque menée contre son village par les forces de défense et de sécurité.
L’EMBRASEMENT DU GRAND KASAÏ
Loin d’apaiser les tensions, sa disparition provoque une radicalisation de ses partisans. Le mouvement Kamuina Nsapu se transforme rapidement en insurrection armée. Le Grand Kasaï va vivre un embrasement inouï.
Entre 2016 et 2018, les provinces du Kasaï-Central, Kasaï, Kasaï-Oriental, Lomami et Sankuru sont touchées par une succession d’affrontements, d’exactions et de violences de grande ampleur.
Des civils sont tués, des villages incendiés, des écoles, des églises et infrastructures publiques détruites. Le conflit est également marqué par le recrutement d’enfants dans la milice Kamuina Nsapu et par de graves violations des droits humains commises par différents acteurs armés.
Les Nations unies font alors état de dizaines puis de centaines de morts, de milliers de déplacés et de nombreuses fosses communes découvertes dans la région.
L’ASSASSINAT DES EXPERTS DE L’ONU
L’un des épisodes les plus marquants de cette crise demeure l’assassinat, en mars 2017, des experts des Nations unies, l’Américain Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalán, venus enquêter sur les violences et les fosses communes liées au conflit.
Pour la SCED, le temps écoulé ne doit pas conduire à l’oubli. L’organisation estime que la justice doit continuer à rechercher l’ensemble des responsabilités dans les crimes commis pendant la crise et que les victimes doivent rester au centre du processus judiciaire.
En juin 2026, la SCED avait déjà demandé la réouverture de plusieurs dossiers liés à l’affaire Kamuina Nsapu, considérant que certaines responsabilités n’avaient pas encore été établies.
Elle soutient notamment que, dans le dossier de l’assassinat des experts de l’ONU, seuls des exécutants auraient été condamnés, sans que les éventuels commanditaires aient été suffisamment identifiés.
UNE JUSTICE ENCORE INCOMPLÈTE
Cette position intervient alors que la Haute Cour militaire a condamné, en juin 2026, 54 personnes à la peine de mort dans cette affaire.
Pour les défenseurs des droits humains, ces condamnations ne suffisent pas à clore le dossier du Grand Kasaï.
Ils estiment qu’il reste nécessaire de documenter l’ensemble des crimes commis contre les populations civiles, d’identifier toutes les responsabilités et de garantir aux victimes une réparation effective.
Dix ans après la mort de Jean-Prince Mpandi, la question dépasse donc le seul sort du chef coutumier. Elle touche à la mémoire collective d’une région profondément marquée par les violences.
LA JUSTICE TRANSITIONNELLE AU CŒUR DU DÉBAT
Dans ce contexte, la justice transitionnelle apparaît pour plusieurs acteurs comme un mécanisme susceptible de permettre aux communautés affectées de faire la lumière sur les événements de 2016 à 2018.
Un récent rapport de la Monusco consacré aux consultations populaires sur la justice transitionnelle au Kasaï-Central rappelle que le conflit est né d’un différend entre Jean-Prince Mpandi et les autorités politiques avant de dégénérer en crise régionale.
Pour les victimes et leurs familles, la réparation ne devrait pas se limiter à des indemnisations financières. Elle implique également la reconnaissance officielle des souffrances subies ; l’établissement des faits ; la poursuite des responsables et des garanties de non-répétition.
À Kananga comme dans plusieurs territoires du Grand Kasaï, les événements de 2016 restent une question sensible.
Pour beaucoup d’habitants, la mort de Kamuina Nsapu constitue un tournant majeur de l’histoire récente de la région.
L’anniversaire du 12 août 2026 rappelle ainsi une double exigence : ne pas oublier les milliers de victimes du conflit et poursuivre les démarches destinées à établir les responsabilités.
Pour la SCED, une paix durable au Kasaï ne peut être construite sur l’oubli. Elle doit, selon l’organisation, reposer sur la vérité, la justice et la réparation.
Dix ans après le déclenchement de cette crise, la question demeure entière : comment rendre pleinement justice aux victimes et refermer durablement les blessures laissées par les violences du Grand Kasaï ?
Félix MULUMBA KALEMBA