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Deux heures à pied, du rond-point Victoire à la 7ème rue/Limete !
De 18h40 à 20h, j'ai marché du rond-point Victoire à la 7ème rue, dans la commune de Limete, le samedi 28 février. Malgré moi, mais ivre de volonté, faute de moyens de transport, alors qu'il n'était qu'environ 19h.
Il est environ 18h 40 lorsque mon ami et frère Gabi me dépose à la très bruyante et bouillante place de Victoire. La vue de cet endroit très populaire à cet instant est fort décourageante pour toute personne désireuse de se rendre dans le district de la Tshangu : une foule immense en attente d'un moyen de transport, un taxis-bus "207", assailli par des dizaines de personnes prêtes à embarquer, puis un autre, une dizaine de minutes plus tard, envahi aussitôt par d'autres personnes. Quelques motocycles stationnés annoncent le trajet à parcourir devant des gens partagés entre décision de les prendre et doute en raison du tarif exorbitant exigé.
" Kingasani ya suka: 400", " Quartier 1: 300", "Bibwa: 500", vocifèrent les receveurs, agrippés aux portières, hautains. Il faut multiplier par 10 les tarifs annoncés ! Femmes, hommes, jeunes et vieux libres ou chargés, attendent, impatients ou fatigués, un moyen de transport. Sous l'oeil vigilant d'une kyrielle de pickpockets prêts à opérer. La place Victoire est d'ailleurs mal famée en matière de vols, de jour comme de nuit !
Las d'attendre un moyen de transport improbable qui ne vient pas, je résous de me déplacer jusqu'à pont Cabu (faussement appelé pont Gabi), un arrêt où embarquent aussi de nombreux passages.
L'EMBOUTEILLAGE VA DE PONT CABU JUSQU'À SAINT RAPHAEL
Je ne suis pas seul à prendre cette décision. C'est à la suite d'autres Kinois que je me dirige sur ce carrefour. Une fois sur place, mon courage est annihilé par la vue d'un monde fou attendant vainement un moyen de transport. Et la vue d'une longue file de véhicules et de motos obstruant la voie anéantit presque ma volonté et me désarçonne quasiment.
Je reprends toutefois mon courage et continue ma marche dans la chaleur vespérale de ce samedi que je n'oublierai jamais. Entre pont Cabu et l'église de Sony Kafuta, je dépasse un "couple" dont le " mari" encourage sa " compagne" en ces termes : " une fois à l'entrée de la rivière Kalamu, il n'y aura plus d'embouteillage car cette entrée et sortie est à la base de cet embouteillage". Que non!
C'était sans compter avec les surprises du samedi où convois de mariés et autres encombrements de circulation provoquent des bouchons monstres tant décriés régulièrement. En effet, l'embouteillage va au-delà de cet endroit indiqué par l'homme.
SAINT RAPHAEL : VOIE LIBRE MAIS SANS VEHICULES
Ma détermination m'encourage à aller jusque devant la paroisse Saint Raphaël, un arrêt où stationnent de nombreux véhicules, surtout en temps normal.
Une fois de plus, la déception est totale : pas assez de véhicules en vue, sinon une autre foule immense en attente désespérée d'un moyen de déplacement, et. quelques motos stationnées, alors que d'autres, chargées, filent à vive allure, Un bus Transco stationné est envahi par une nuée de personnes. Son intérieur est fort suffocant. Je préfère garder le peu souffle qui me reste qu d'aller suffoquer dans ce bus archiplein ! Mais à la différence que la voie est maintena,t libre sans véhiciles
Je m'y arrête cependant quelque trois minutes. Question de respirer un peu. J'aperçois, sous la passerelle, une jeune femme au téléphone. "Oui, je suis debout ici à saint Raphaël. Il n'y a pas de transport…. Tu as déjà quitté cet endroit ?", s'indigne la dame qui téléphone à une personne sur laquelle reposait son dernier espoir. Quelques femmes, éreintées, sont assises, calmes, presque sans espoir, mais attendant quand même leur tour.
DERNIER ROUND POUR LA 7ème RUE
Je recharge ma dernière quantité d'énergie pour le dernier round. Objectif : la 7ème rue. J'arrive en face de HJ Hospital où opère un de milliers de chargeurs qui pullulent les arrêts de Kinshasa et qui aident à compliquer le transport. " Balula"(Tourne), ordonne-t-il, tout joyeux à un taxis-bus roulant à vide sur l'autre bande. N'y trouvant pas mon compte, je continue mon chemin, tout suant, mais encore très en jambe.
4ème rue, 5ème rue, je les franchis en compagnie de quelques très rares marcheurs, alors que, excepté quelques rares motos chargées roulent à vive allure sur une chaussée quasiment déserte, aucun véhicule de transports en commun en vue.
Je pousse un œuf de soulagement lorsque j'atteins la 7ème rue.. Un coup d'œil à ma montre-bracelet m'indique 20h 01: deux heures de marche harassante. Je réalise que je dispose encore des ressources pour participer à une compétition de marche !
" Millé millé De bonhomme", crie un receveur. Je ne me fais pas prier deux fois ni ne réfléchis pour m'engouffrer dans ce taxis-bus. Moi qui vais jusqu'à la Tshangu, je ne suis pas encore au bout de mon calvaire. Au moins, à cette étape, je viens de franchir le gros du calvaire.
Un reportage de Kléber KUNGU