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Création du FRN : ni la C64 ni Ambongo ne condamnent nommément Kabila
Alors que l’ancien président est désormais associé au Front pour la refondation de la nation (FRN), la Coalition Article 64 et le cardinal Fridolin Ambongo privilégient la recherche d’une solution politique à la crise congolaise, sans formuler de condamnation nominative à son encontre dans leurs récentes prises de position.
La question mérite d’être posée : pourquoi la Coalition Article 64 (C64) et le cardinal Fridolin Ambongo, deux acteurs qui plaident pour une sortie de crise en RDC, n’ont-ils pas explicitement condamné Joseph Kabila dans leurs récentes interventions sur la situation politique et sécuritaire du pays ?
Réunie à Rome, en Italie, du 25 au 27 octobre, la C64 a annoncé son intention de rencontrer séparément le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila afin de rechercher une issue congolaise à la crise. Dans sa déclaration finale, lue par Delly Sesanga, la plateforme de l’opposition a plaidé pour un dialogue national inclusif, estimant qu’aucune solution militaire ne permettrait de résoudre durablement la crise.
Pourtant, alors que Joseph Kabila crée le Front pour la refondation de la nation (FRN), la déclaration de la coalition ne le désigne pas nommément pour condamner son éventuelle responsabilité dans le recours aux armes. La C64 condamne, de manière générale, la conquête du pouvoir par la force et affirme appliquer la même exigence constitutionnelle aux autorités en place et aux mouvements armés. Une position de principe qui ne s’accompagne toutefois pas d’une mise en cause explicite de l’ancien chef de l’État.
UNE CONDAMNATION DE PRINCIPE, MAIS SANS DÉSIGNATION NOMINATIVE
La nuance est importante. La C64 ne s’est pas abstenue de condamner le recours aux armes. Elle a réaffirmé son opposition à toute conquête du pouvoir par la force, tout en rejetant les manœuvres susceptibles de prolonger le pouvoir présidentiel au-delà des limites constitutionnelles. Elle place ainsi les autorités de Kinshasa et les mouvements armés face à une même exigence de respect de la Constitution.
Cependant, l’absence de référence explicite à Joseph Kabila et au FRN dans cette condamnation ouvre un débat sur la portée politique de cette démarche. Alors qu’une partie de l’opinion pouvait s’attendre à une dénonciation plus directe de l’ancien président, la coalition a choisi de privilégier une approche globale de la crise et de maintenir ouverte la perspective de discussions avec les principaux protagonistes.
Cette orientation pose une question de fond : jusqu’où le souci de promouvoir un dialogue inclusif peut-il aller sans conduire à une clarification des responsabilités politiques dans la crise actuelle ?
AMBONGO PRIVILÉGIE ÉGALEMENT LA VOIE DU DIALOGUE
De son côté, le cardinal Fridolin Ambongo a dénoncé le blocage du dialogue national en RDC lors d’une rencontre interreligieuse organisée à Assise, en Italie, par la communauté Sant’Egidio. L’archevêque de Kinshasa a notamment regretté que le processus soit paralysé par des préalables, des lignes rouges et des exclusions.
«Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue», a-t-il déclaré, selon un compte rendu publié le 28 octobre par Enquete.cd. Le prélat a également estimé que la seule réponse militaire ne suffirait pas à mettre durablement fin à l’insécurité dans l’Est du pays.
Dans cette intervention, l’accent est mis sur la nécessité de relancer les discussions, d’éviter les exclusions et de s’attaquer aux circuits d’exploitation et de commercialisation des minerais qui contribuent, selon lui, à la prolongation des conflits.
Toutefois, dans les éléments rapportés de cette prise de parole, le cardinal ne formule pas de condamnation nominative de Joseph Kabila. Son message porte avant tout sur les conditions d’un dialogue susceptible de contribuer à la résolution de la crise.
LE DIALOGUE PEUT-IL SE PASSER D’UNE CLARIFICATION DES RESPONSABILITÉS ?
La convergence entre ces deux prises de position tient à la priorité accordée à une solution politique négociée. La C64 veut rencontrer les principaux acteurs politiques, tandis que le cardinal Ambongo appelle à lever les obstacles au dialogue. Tous deux mettent en avant la nécessité de sortir de l’impasse par la discussion plutôt que par une réponse exclusivement militaire.
Promouvoir un dialogue inclusif signifie-t-il suspendre la condamnation politique des acteurs impliqués dans la crise ?
La recherche d’une solution négociée n’exclut pas nécessairement la dénonciation des violences ni l’exigence de responsabilité. Inversement, une condamnation politique ne suffit pas, à elle seule, à créer les conditions d’un accord.
L’enjeu consiste donc à concilier la recherche de la paix, le respect de la Constitution, la protection des populations et la clarification des responsabilités de chaque partie.
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO