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CARBURANT, SPECULATION ET FILES D'ATTENTE A LA POMPE, Kinshasa subit de plein fouet le choc du conflit Israélo-iranien
Hier Mardi, dans la capitale congolaise, la situation s'est brutalement tendue aux abords de plusieurs stations-service. Dès la matinée, les files de véhicules se sont allongées par endroits sur des dizaines de mètres, sans que les conducteurs puissent garantir d'être servis après des heures d'attente. Klaxons, bousculades et nervosité : sur le terrain, beaucoup décrivent une pression inhabituelle, avec une distribution du carburant jugée irrégulière, au point de transformer l'approvisionnement en épreuve quotidienne.
" Sans carburant, nous ne pouvons pas travailler ", a confié un motard, résumant l'inquiétude de nombreux Kinois pour qui le carburant conditionne directement l'activité et donc les revenus.
CETTE TENSION S'ACCOMPAGNE DES DERIVES
Cette tension, pourtant, ne se limite pas au simple manque ressenti dans certaines stations. Elle s'accompagne aussi de dérives rapportées par des usagers. Plusieurs conducteurs affirment que des pompistes exigeraient jusqu'à 1 000 francs congolais supplémentaires pour servir les clients.
Dans le même temps, le marché parallèle s'emballe : là où le litre d'essence était habituellement vendu autour de 3 000 francs congolais, il atteindrait désormais 4 000 à 5 000 francs selon les quartiers et les vendeurs. Une hausse qui pèse lourdement sur les ménages et accentue les inégalités, car l'accès à un produit vital devient davantage tributaire de la capacité à payer.
Mais ce qui se joue à Kinshasa dépasse largement le cadre local. La crise s'inscrit, selon plusieurs observateurs, dans un contexte de choc du pétrole mondial en gestation , alimenté par la montée des tensions entre l'Iran, les États-Unis et l'Israel.
Dans un marché globalisé, la perturbation des routes d'approvisionnement et la hausse des coûts peuvent se répercuter rapidement jusque dans les pays pourtant éloignés des zones de conflit.
La fermeture ou le blocage de passages stratégiques comme le détroit d'Ormuz, où transitent une part importante du pétrole mondial, est souvent citée comme un facteur capable de désorganiser les chaînes d'hydrocarbures à l'échelle planétaire. Même pour un pays comme la RDC, ouvert vers l'Atlantique mais dépendant de circuits internationaux de raffinage et de distribution, aucune économie n'évolue dans l'isolement.
À Kinshasa, les signaux sont déjà visibles : stations à sec par moments, distribution irrégulière, comportements opportunistes et stockage préventif. À mesure que s'installent les incertitudes, la rareté perçue s'amplifie et finit par nourrir une forme de défiance. Or, au-delà du carburant en lui-même, c'est tout le fonctionnement quotidien qui est menacé.
Le transport, le prix des denrées de base et, plus largement, le coût de la vie peuvent être entraînés dans un même mouvement lorsque l'essence devient plus chère ou plus difficile à obtenir. Dans ce contexte, si la situation devait durer, l'effet pourrait s'intensifier dans les jours et semaines à venir, avec des conséquences sociales et économiques de plus en plus difficiles à contenir.
Face aux inquiétudes, le gouvernement affirme qu'il ne s'agit pas d'une pénurie nationale. En visite aux installations de SEP Congo, dans la commune de la Gombe, la ministre d'État en charge des Hydrocarbures, Acacia Bandubola, a tenu à rassurer l'opinion publique, en assurant que les stocks d'essence et de gasoil seraient disponibles, aussi bien pour la capitale que pour l'intérieur du pays. Le directeur général de SEP Congo, Malick Ndiaye, a repris cette ligne, indiquant que la couverture des besoins serait assurée et que des cargaisons seraient attendues dans les prochaines semaines pour renforcer les niveaux de stockage et soutenir la continuité de la distribution.
SUMINWA INSTRUIT LE GOUVERNEMENT
En parallèle, des mesures dérogatoires sont présentées comme nécessaires pour anticiper les conséquences de la tension géopolitique au Moyen-Orient et protéger le pouvoir d'achat. À ce sujet, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a instruit les membres du gouvernement concernés de prendre toutes dispositions afin de suspendre, pendant une durée de 45 jours, le principe de plafonnement du différentiel de transport.
L'objectif, selon les autorités, est de limiter l'impact des surcoûts sur les prix à la pompe, tout en encadrant les redevances et en réduisant certaines taxes perçues aux frontières, notamment afin d'alléger les charges pesant sur les produits en transit. Les mesures visent également à mieux maîtriser le fret et les assurances dans le calcul du prix moyen frontière avant distribution à l'intérieur du pays.
Pour autant, entre les explications officielles et le vécu des habitants, l'écart reste perceptible. Même lorsque les autorités soutiennent que la situation est globalement maîtrisée, la réalité des files d'attente et les plaintes sur la distribution nourrissent la perception d'une crise en cours. Plusieurs usagers dénoncent aussi une hausse des tarifs de transport, qu'ils relient aux difficultés d'approvisionnement. Dans une ville où le transport représente une dépense essentielle, toute variation se répercute immédiatement sur les budgets déjà fragiles.
Ainsi, Kinshasa se retrouve au centre d'un phénomène qui agit à deux niveaux : d'un côté, la nécessité de répondre à un contexte énergétique international incertain ; de l'autre, l'urgence de réguler plus efficacement le secteur local pour empêcher que les tensions perçues ne se transforment en véritable crise sociale.
Derrière les files qui paralysent la ville, ce n'est donc pas uniquement un problème de carburant : c'est un avertissement. Celui d'une dépendance aux chocs externes, et d'un système d'approvisionnement dont la résilience est mise à l'épreuve. Alors que les semaines à venir pourraient déterminer l'évolution du dossier, la principale question reste la même pour les habitants : comment passer d'un discours rassurant à une réalité concrète visible au quotidien, station après station, dans les rues de Kinshasa.
Christian-Timothée MAMPUYA