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Beni: l'enseignement primaire enregistre plus de femmes et les hommes abandonnent !
À Beni, le déséquilibre entre femmes et hommes dans l’enseignement primaire s’accentue et inquiète les responsables scolaires. Lors d’un entretien accordé samedi 22 novembre, un directeur de l’EP Tuha, Adelard Lusenge, explique que cette domination féminine trouve son origine dans les études secondaires. «Dans l’option pédagogie générale, ce sont les filles qui sont toujours les plus nombreuses. Les garçons sont très peu représentés, et cela se reflète directement dans nos écoles», affirme-t-il.
Selon lui, la forte présence des enseignantes crée cependant plusieurs défis quotidiens dans les établissements. Le directeur note que les maîtresses font souvent face à des obligations familiales difficiles à contourner. «Elles s’absentent fréquemment pour des raisons liées à la maladie, que ce soit pour elles-mêmes, pour leurs enfants ou pour leurs maris. Ces réalités entraînent beaucoup d’interruptions dans les cours», explique-t-il, précisant que les écoles doivent régulièrement chercher des remplaçants pour maintenir la continuité pédagogique.
Les enseignants masculins, de leur côté, se montrent généralement plus réguliers, mais ils désertent massivement le métier. Le directeur souligne que les raisons sont essentiellement économiques. «Les hommes quittent parce que le salaire est trop faible. Ils préfèrent aller dans les champs ou faire la moto, parce que là-bas, l’argent arrive vite et en quantité plus élevée», déclare Adelard Lusenge. Plusieurs écoles de la ville enregistrent déjà des départs définitifs de professionnels pourtant formés en pédagogie.
Au coeur du problème, le faible niveau de rémunération
Le faible niveau de rémunération est au cœur du problème. «C’est la cause numéro un de cette fuite des enseignants. Avec ce que l’État nous donne, beaucoup ne savent même pas comment nourrir leur famille. Comment voulez-vous qu’ils restent ? », s'interroge le directeur. Même ceux qui persistent dans l’enseignement doivent cumuler d’autres activités après les cours pour compenser ce manque.
Cette situation fragilise directement la qualité de l’apprentissage des enfants, qui se retrouvent parfois sans encadrement stable. Le directeur estime qu’un changement profond est nécessaire pour éviter l’effondrement du système éducatif de base dans la région de Beni.
Pour lui, la solution est simple : «Si le gouvernement revoit les salaires à la hausse, les hommes reviendront, et les femmes travailleront dans de meilleures conditions. Sans cela, la situation va continuer de se détériorer. »
Dans une ville déjà confrontée à de nombreux défis sécuritaires et sociaux, l’école primaire ne peut, selon plusieurs acteurs locaux, continuer à fonctionner dans un tel déséquilibre. Les responsables scolaires appellent l’État à agir rapidement pour préserver l’avenir des enfants et stabiliser un secteur qui repose aujourd’hui sur des conditions de plus en plus précaires.
Pascal NDUYIRI, au Nord-Kivu