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Ville morte du 3 juin : Kabund, Katumbi et Fayulu unissent leurs voix contre la révision constitutionnelle
* Kabund accuse Tshisekedi de vouloir modifier la Constitution non pas pour répondre au social du peuple mais pour un pouvoir sans limite
* Pour Katumbi : "Les Américains n'ont pas dit que la Constitution doit être changée"
* Fayulu met en garde contre la balkanisation et le pouvoir à vie.
L'opposition hausse le ton et appelle les Congolais à rester chez eux pour dénoncer ce qu'elle considère comme une dérive du pouvoir de Tshisekedi. À quelques heures de la journée "ville morte" annoncée pour ce mercredi 3 juin, les principales figures de l'opposition congolaise ont lancé une offensive politique coordonnée contre le projet de révision constitutionnelle attribué au pouvoir de Félix Tshisekedi. Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi et Martin Fayulu ont tour à tour appelé les Congolais à observer massivement cette journée de paralysie, présentée comme un acte de résistance démocratique face à ce qu'ils dénoncent comme une tentative de confiscation du pouvoir.
Depuis plusieurs années, l'opposition congolaise aura rarement affiché une telle convergence de discours. Derrière des sensibilités politiques différentes, les trois leaders développent une même thèse : le changement de la Constitution constituerait une menace pour l'alternance démocratique et ouvrirait la voie à une concentration excessive du pouvoir.
KABUND INVOQUE L'HISTOIRE DES LUTTES CONGOLAISES
Premier à monter au front, Jean-Marc Kabund, président de l'Alliance pour le changement (A.Ch.), a choisi d'inscrire son appel dans le registre de la mémoire collective.
Dans un message adressé aux habitants de Kinshasa, celui qui se présente comme l'héritier du "Tshisekedisme authentique" a évoqué les grandes séquences de l'histoire politique du pays : la lutte pour l'indépendance, la résistance au régime Mobutu, le combat contre les agressions étrangères ainsi que l'opposition aux tentatives de prolongation du pouvoir sous l'ancien régime.
Pour Kabund, les Congolais se trouvent aujourd'hui face à un nouveau rendez-vous avec leur histoire.
L'ancien président intérimaire de l'UDPS accuse directement Félix Tshisekedi de vouloir modifier la Constitution non pour répondre aux préoccupations sociales de la population, mais pour ouvrir la voie à un pouvoir sans limites institutionnelles.
"Aujourd'hui encore, vous êtes face à votre destin", lance-t-il, avant d'appeler les habitants de la capitale à rester chez eux afin de manifester leur rejet de ce qu'il qualifie de "coup d'État constitutionnel".
Conscient des difficultés économiques auxquelles sont confrontés quotidiennement les ménages congolais, Kabund reconnaît le sacrifice que représente une journée sans activité économique. Il invite néanmoins la population à transformer cette contrainte en acte patriotique destiné à défendre les acquis démocratiques.
KATUMBI : "LES AMÉRICAINS N'ONT PAS DIT QUE LA CONSTITUTION DOIT ÊTRE CHANGÉE"
De son côté, Moïse Katumbi a adopté un ton particulièrement offensif.
Dans un message vidéo largement relayé sur les réseaux sociaux, le président d'Ensemble pour la République a dressé un réquisitoire sévère contre le bilan du pouvoir en place.
L'ancien gouverneur du Katanga estime que la population congolaise subit depuis huit ans une accumulation de difficultés économiques et sécuritaires sans amélioration tangible de ses conditions de vie.
"Le programme de mensonges est à sa fin", affirme-t-il, dénonçant une gouvernance qu'il juge incapable de répondre aux attentes des citoyens.
Katumbi s'est également attaqué à l'un des arguments régulièrement avancés dans le débat sur les réformes institutionnelles. Réagissant aux affirmations selon lesquelles certains partenaires occidentaux soutiendraient une révision de la Constitution, il a catégoriquement rejeté cette hypothèse.
"Les Américains n'ont pas dit que la Constitution doit être changée", a-t-il martelé, accusant le pouvoir d'instrumentaliser le soutien international pour justifier un projet controversé.
L'opposant appelle ainsi les Congolais à observer massivement la journée "ville morte" afin d'exprimer leur rejet de toute modification constitutionnelle qu'il considère comme contraire aux aspirations populaires.
FAYULU MET EN GARDE CONTRE LA BALKANISATION ET LE POUVOIR À VIE
Dans un message adressé aux forces de sécurité, Moïse Katumbi a également exhorté policiers et militaires à privilégier leur mission de protection de la population plutôt que la répression des manifestations citoyennes.
Martin Fayulu a, lui aussi, réaffirmé son soutien à la mobilisation du 3 juin. Fidèle à son discours centré sur la souveraineté nationale et la défense des institutions démocratiques, le président de l'Ecidé présente cette journée comme une démonstration de rejet de plusieurs menaces qu'il estime peser sur l'avenir du pays.
Dans son intervention, le "soldat du peuple" Fayulu appelle les Congolais à rester chez eux pour exprimer simultanément leur opposition à une éventuelle balkanisation de la RDC, à toute modification de la Constitution et à la perspective de voir un dirigeant s'installer durablement au pouvoir.
"Que personne ne sorte", a-t-il déclaré, invitant les citoyens à faire de cette journée une démonstration pacifique de leur attachement à l'alternance démocratique.
Au-delà des discours, la journée du 3 juin apparaît comme un test grandeur nature pour une opposition qui cherche à retrouver une capacité de mobilisation populaire après plusieurs années de fragmentation.
L'enjeu est double : d'une part, mesurer la capacité réelle de la coalition C64 et de ses alliés à mobiliser les citoyens autour d'un mot d'ordre commun. D'autre part, envoyer un signal politique fort au pouvoir sur le rejet présumé d'une réforme constitutionnelle que l'opposition présente comme une menace pour l'équilibre démocratique.
Cette démonstration de force intervient dans un contexte national marqué par la persistance de l'insécurité dans l'Est du pays, les difficultés socio-économiques et les débats récurrents sur l'avenir des institutions.
LE 3 JUIN, UN NOUVEAU BAROMÈTRE DE LA BATAILLE POLITIQUE
Par leurs appels respectifs, Kabund, Katumbi et Fayulu cherchent manifestement à transformer la journée ville morte en référendum populaire informel contre toute perspective de révision constitutionnelle.
Reste à savoir si cet appel trouvera un écho suffisant auprès d'une population confrontée aux impératifs quotidiens de survie économique.
Une chose est néanmoins certaine : en plaçant la question constitutionnelle au centre du débat politique national, l'opposition ouvre un nouveau front dans sa confrontation avec le pouvoir. Elle fait du 3 juin un véritable baromètre de sa capacité de bataille, mobilisation et d'influence sur l'opinion publique du pays.
Jérémie ASOKO.